José Bové lance «L'appel de Clermont»
13/11/2009 | 16:11
© MidiNews 2009

Parce que, si les grandes décisions en matière d’agriculture se prennent au niveau de l’Europe, la dimension la plus pertinente pour une politique agricole cohérente reste la Région, José Bové a choisi de lancer son plaidoyer pour une nouvelle politique agricole commune depuis le petit village de Clermont, en Ariège.

Entouré de Joël Dupuy, maire de Clermont, de Gérard Onesta, tête de liste régionale d’Europe Ecologie, et de François Calvet, représentant l’Ariège, le député européen, pour qui «les élections régionales de mars prochain apparaissent comme une opportunité majeure de promouvoir une agriculture écologique faisant le lien entre le local et le global», estime que la politique agricole qui sera mise en place en 2013 par l’Europe doit s’appuyer sur quatre piliers :

- Produire en qualité et en quantité pour assurer la souveraineté alimentaire de l’Europe ;
- Produire des aliments de qualité, diversifiés, à un coût acceptable ;
- Faire vivre de leur travail, ceux qui travaillent la terre ;
- Ne pas détruire l’agriculture des autres pays et des autres paysans.

Pour cela, il décline dans la salle de la mairie les propositions concrètes des écologistes en matière d’agriculture:

• S ‘appuyer sur un schéma régional de cohérence écologique qui prenne à bras le corps la question foncière et les équilibres entre l’urbain et le rural ;
• Remettre la question alimentaire au centre des préoccupations : qualité, sécurité, souveraineté ;
• Faire de la solidarité le principal levier de développement économique de l’agriculture : entre consommateurs et producteurs, entre paysans du Nord et paysans du Sud . . .
• Impulser une vigoureuse politique de soutien à l’installation de jeunes paysans en agriculture biologique ;
• Inciter la recherche et la formation agronomique à multiplier leur action et leur apport à la révolution agro-écologique de l’agriculture ;
• Encourager le respect et la réhabilitation de la biodiversité ainsi que la diminution par quatre de la production de gaz à effet de serre par l’agriculteur ;
• Maintenir par tous les moyens un tissu de services publics et d’équipements dans les territoires ruraux.

Puis il conclut «C’est 2013 ou jamais. Si nous ratons cette échéance, c’est la fin des paysans, c’est  l’avènement d’une logique industrielle sans paysans ! Et il existe un levier: Les Conseils Régionaux !»

Cet appel, véritable programme pour l’agriculture de demain, tant au niveau européen qu’au niveau local, n’a pas été lancé à Clermont par hasard.


«José aime bien se démarquer des autres leaders qui choisissent les grandes métropoles pour leurs déclarations» explique Gérard Onesta, qui poursuit, plus sérieusement: «C’est surtout une façon de montrer que la réforme de l’agriculture passe aussi par les petites exploitations de montagne [...] Vous noterez que le choix de François Calvet, agriculteur, comme tête de liste pour l’Ariège, n’est pas non plus dû au hasard»

Pour le chef de file d’Europe Ecologie Midi Pyrénées, cette déclaration montre que l’agriculture sera bien au cœur de la campagne du printemps prochain, tout comme ce village de moins de cent habitants est aujourd’hui au cœur de la politique.

« L’agriculture structure la société : En maintenant la vie dans les campagnes, elle aide au maintien des services publics, par son fonctionnement même, elle crée de la solidarité, par l’arrêt de la désertification et l’installation de population à la campagne, elle  peut aider à résoudre le problème des banlieues, de même que le développement harmonieux d’une agriculture de qualité aidera à la résolution des problèmes de réchauffement climatique [...]

Le modèle économique actuel est en train de crever, nous devons imposer un nouveau modèle !
»

Puis, suivant José Bové, «l’action valant toujours mieux que les grands discours», les participants sont invités à se rendre à la ferme de Christophe et Florence Gouaze, à Lescure, pour écouter l’expérience de ce jeune couple.

Lui, héritier d’une longue tradition de paysans, elle, «infirmière parisienne», ont choisi de se battre, «d’évoluer», terme qu’ils préfèrent à celui de «changer», parce que c’était «ça ou disparaître»

Avec 80 hectares et 60 vaches, ils sont ainsi à l’origine de l’appellation «Bœuf Fermier du Couserans», ont mis au point, avec d’autres agriculteurs locaux, un réseau de vente directe, pour une meilleure valorisation des produits, mais aussi comme acteur important de l’économie locale, et sont sur la voie de l’obtention du label AB – Agriculture Biologique -, garant de la qualité de leur production.

Cette rencontre fût l’occasion de parler des aides accordées à l’agriculture et qu’il faudra, de l’avis général des participants, entièrement refondre dans la perspective de la nouvelle PAC qui verra le jour en 2013.

José Bové ne pouvait qu’être d’accord, lui qui vient d’être chargé d’une mission au sein du parlement européen sur un thème qu’il connaît bien: «Quel avenir pour la production agricole ? Comment garantir un revenu décent pour les agriculteurs tout en garantissant un approvisionnement de qualité pour le consommateur ?»

Premier bilan intermédiaire en janvier 2010, rapport final en juin de la même année.  

«Soyez assuré que je donnerai au parlement européen, co-décisionnaire avec la commission de Bruxelles, matière à réfléchir sur ce sujet !» promet le successeur à Strasbourg de Gérard Onesta.

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auteur: Bernard Pastourel | publié le: 13/11/2009 | 16:11 | Lu: 22608 fois