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Comme tous les sportifs, Gérard Onesta, tête de liste régionale pour Europe Ecologie, se lève tôt: dès six heures.
Mais en cette période, pas question de footing ou autre activité sportive, l’heure est à la lecture des messages, du courrier, de la presse.
La matinée est partagée entre une rencontre avec le MEDEF «une première», une interview exclusive avec nos confrères du Nouvel Observateur, puis une intervention télévisée sur la chaîne toulousaine TLT.
Le repas est en fait un déjeuner de travail avec ses collaborateurs avant le départ pour l’Ariège.
A noter que la tête de liste Europe Ecologie conduit lui-même sa Peugeot 307: «j’ai refusé durant mes dix ans de vice présidence du parlement européen la voiture avec chauffeur qui m'étaient attribuée.
Je ne vais pas changer maintenant […]
Vous noterez que je prends ma voiture faute de transport en commun vers le Couserans! [il n’y a pas de bus pour le retour dès la fin d’après-midi NDLR]»
Nous retrouvons le leader écologiste à quinze heures pour une spécial «Face à la Presse locale» chez notre estimé confrère Radio Couserans, en compagnie de Jean Louis Péguillan, chef d’antenne, et Christophe Lachaise pour La Dépêche.
La conversation que l’on peut écouter dans son intégralité sur www.radiocouserans.com porte sur le désenclavement du Couserans.
Gérard Onesta s’insurge: «Mais qui vous a mis dans la tête que vous étiez une bande d’enclavés !»
Devant l’insistance des journalistes, il concède que l’on peut améliorer les voies de communication «mais sûrement pas par une «deux fois deux voies»
Ce qu’il faut ici, c’est réinstaller le chemin de fer! Et ne me dites pas que c’est impossible:
Si l’on peut mobiliser une bande de terre de plus de cent mètres de large pour une 2X2 voies, on peut trouver à moindre frais un ruban de dix mètres seulement pour créer une voie de chemin de fer !»
Surprise quant à la position de l’ex-député vert européen quant au désenclavement par le sud: «mais nous ne sommes pas opposés à une traversée vers l’Espagne par le Couserans»
Dès l’interview «dans la boite», direction La Bastide de Sérou, pour une intervention publique destinée plus particulièrement à la presse départementale sur le thème de l’agriculture.
Flanqué de Francois Calvet, agriculteur bio en Couserans, et tête de liste Europe Ecologie pour l’Ariège, Gérard Onesta développe sa conception du développement sur le territoire Midi Pyrénées:
«Le gros problème dans cette région est la métropole de Toulouse qui phagocyte le reste du territoire en siphonnant les départements alentours de plus de quinze mille habitants par an, avec un taux de croissance de 300%, et en trustant plus de 40% des emplois»
Pour rééquilibrer le territoire, il y a plusieurs pistes: «Attention je vais dire un gros mot: Paysan! Il faut réintroduire les paysans dans le biotope»
En d’autres termes, et faisant référence à un sujet toujours d’actualité en Couserans, «il faut organiser un lâcher de paysans, mais pas de paysans slovènes, de jeunes du pays qui ne demandent qu’à s’installer. Et je sais qu’il y en a !»
Il y a quelques années, un ancien président de région avait pour slogan «Pas de Pays sans Paysans», Europe Ecologie ajoute «Pas de Paysans sans terres»
Aussi «la région organisera l’installation d’agriculteurs, si possible en bio, sur l’ensemble du territoire qui se verra ainsi redynamisée par la base»
Autre source de rééquilibrage: l’exploitation des énergies renouvelables: «nous avons tout ici, le soleil, le vent, la biomasse […]
Il faut exploiter ces gisements d’énergies et d’emplois […] A ce propos, je rappelle que nous avons trois priorités: l’emploi, l’emploi, et l’emploi !»
Puis, toujours à La Bastide, Gérard Onesta rencontre des apiculteurs inquiets venus lui faire part de leurs craintes pour l’avenir: depuis quelques années, mais surtout depuis deux ans, les abeilles meurent en grande quantité.
«En 2008, ce sont 40% des ruches qui sont mortes sur le département, et le bilan de 2009 apparaît plus catastrophique encore, avec près de 50% de pertes sur certains ruchers» explique cet apiculteur qui, bien qu’exerçant son métier depuis plus de vingt ans, s’est entendu répondre par les instances sanitaires «c’est parce que vous ne connaissez pas votre métier !»
«Ce qu’il faut bien comprendre, poursuit ce jeune agriculteur qui ne sait pas s’il va finaliser son installation, c’est que les abeilles ne sont pas seulement pourvoyeuses de miel, elles ont également une fonction de pollinisation qui ne peut être compensée d’aucune autre manière. S’il n’y a plus d’abeilles, il n’y a plus de plantes»
«Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre», disait en son temps Albert Einstein.
Même si l’on ne saurait être aussi précis quant au délai, il est clair que la disparition des abeilles serait catastrophique pour notre planète.
L’ancien vice président du parlement européen connaît bien ce problème, lui qui a eu souvent l’occasion de présider les travaux du programme Reach (Enregistrement Evaluation et Autorisation des Produits chimiques), qui oblige les industriels à une information précise du public sur les risques provoqués par les produits employés.
«Ce qui est dommage, s’indigne Gérard Onesta, c’est que ce programme ne va répertorier et évaluer la dangerosité que de trente mille produits chimiques sur cent mille recensés à ce jour !»
La pause repas se fait autour de produits locaux pris dans la salle même de La Bastide de Sérou, avant le départ pour Pamiers où la tête de liste est attendue pour une rencontre-débat sur le thème de la compatibilité entre le développement économique et l’écologie.
Participe également à ce débat le socialiste Michel Teychenné, «mon ami», insiste Gérard Onesta, en sa qualité d’universitaire spécialisé dans le tourisme.
Difficile de refuser toute forme de tourisme quand on sait que cette activité dégage un chiffre d’affaires de quatre milliards et demi d’euros sur Midi-Pyrénées et fait venir en Ariège un million et demi de visiteurs par an!
Durant cette rencontre avec les citoyens (ils étaient une centaine dans la salle), chacun s’est appliqué à défendre un tourisme doux, ou diffus, compatible avec la notion de développement durable, voire passif pour ce qui concerne le leader écologiste:
«Si l’on estime que le tourisme est l’instant privilégié au cours duquel on change totalement d’activité, on rompt avec le quotidien, ou l’on se retrouve soi-même, alors on peut faire du tourisme passif, en restant chez soi.
Pour ce qui me concerne, j’ai fait beaucoup de tourisme ainsi, à réfléchir, lire, écouter ou faire de la musique, sans sortir de chez moi»…
Avant d’avouer tout de même que, durant ses dix années de vice présidence du parlement européen, il avait visité cinquante cinq pays, et pas un seul en vélo ou pédalo… «On a chacun ses contradictions !»
Michel Teychenné voit très bien en Ariège un tourisme diffus, à l’inverse du tourisme de masse que certains, le CAPI par exemple, tentent d’installer dans le département: «il s’agit d’une vision passéiste qu’il faut combattre […]
Le tourisme représente pour notre département deux mille cinq cents emplois directs et quasiment autant d’emplois induits […]
Le problème est que pour 31.000 lits banalisés, il y en a environ cent mille au titre de résidences secondaires»
Gérard Onesta verrait bien du tourisme en ballon: «le ballon, gonflé à l’hélium, ferait office d’hôtel et pourrait se poser en douceur à n’importe quel endroit du monde sans faire de dégât»
Puis, plus réaliste: «le problème est que les installations touristiques, peu utilisées dans l’année, sont en fait surdimensionnées, ce qui rend ce tourisme de masse particulièrement coûteux à tous points de vue, à commencer par les effets sur l’environnement.
Le tourisme concentre, en fait, les nuisances dans le temps et dans l’espace»
Pourtant, le prétendant à la présidence de la région se veut raisonnable et pragmatique: «il ne faut pas exagérer les dégâts dûs au tourisme.
Il y a bien d’autres activités qu’il faudra stopper avant de s’attaquer au tourisme, tels l’industrie des armes, le nucléaire et bien d’autres»
Et comme, pour paraphraser J.P. Sartre, l’écologie est aussi un humaniste: «le tourisme permet la découverte de l’autre. Il ne fait pas se priver de cela.
Le propre de l’être humain est d’être à la recherche de l’autre, c’est important !»
En outre, cet architecte urbaniste fait confiance au progrès: «je ne doute pas que d’ici quelques années, nous aurons trouvé des techniques permettant de voyager sans impacter sur l’environnement ou les ressources fossiles»
S’il n’a pas eu de problèmes sur la route, Gérard Onesta a du rentrer dans ses foyers, à Toulouse, un peu avant minuit…
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