Pestivirose de l'isard: vacciner les brebis pour sauver les isards
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La pestivirose de l’isard c’est une histoire qui dure malheureusement depuis trop longtemps dans le département de l’Ariège.
Apparu sur le massif à la fin des années 90, le virus a fait d’importants dégâts jusqu’en 2002 et continue à impacter le renouvellement de cette espèce emblématique des Pyrénées.
Un virus très proche pour deux espèces qui partagent les montagnes
Le pestivirus de l’isard, officiellement identifié en 2002 par le Dt Jean-Pierre Alzieu, directeur du laboratoire départemental, appartient à l’ensemble des pestivirus apparentés à la border disease des ovins (BD en abrégé et en particulier à la BDV4).
Son passage d’une espèce de ruminants à l’autre est fréquent et bien documenté. Le plus souvent, ces passages viraux se traduisent par la production d’anticorps, sans symptômes visibles. Deux formes de mécanisme d’action de ces virus, la première dite horizontale ou postnatale est contractée par contact direct (principalement oral et respiratoire) et génère un syndrome de type grippal aboutissant à la production d’anticorps.
Ces individus séropositifs (que ce soit chez les isards ou chez les ovins) sont considérés comme immunisés. Le second mécanisme d’action consiste à une transmission verticale, d’une mère contaminée au fœtus qui naitra porteur du virus et le diffusera de façon intense durant sa vie: ces IPI (infectés permanents immunotolérants) constituent de véritables bombes à retardement selon les mots de Jean-Pierre Alzieu.
«Malgré la sagesse de la Fédération des chasseurs qui a réduit ses plans de chasse ou les a adaptés en fonction de l’état des populations, nous sommes confrontés à un véritable problème»
Quels enseignements à tirer des études réalisées?Le virus a une véritable incidence sur les hardes d’isards, selon les observations le taux de régénération naturelle est inférieure à 15%, source de chute progressive des effectifs. Et depuis 2008 le taux d’isards IPI prélevé à la chasse varie de 2 à 5%.
Une enquête sérologique effectuée en 2011-2012 sur 6500 ovins transhumants a révèlé une proportion très élevée d’ovins séropositifs vis-à-vis de la BD en estive avec quasiment aucune estive épargnée.
Des questions se sont posées quant à l’origine du virus circulant: est-il déjà présent dans les élevages avant estive, s’est il propagé, amplifié par la circulation inter-cheptel ou encore est-ce le fruit d’échanges possibles entre ovins et isards?
Pour y répondre une étude spécifique (financée par le laboratoire départemental et le groupement de défense sanitaire, en partenariat avec l’Ecole Vétérinaire de Toulouse) a été menée en 2013 à l’échelle de deux massifs, celui du Montcalm et celui d’Orlu.
A travers ces travaux, on a pu démontrer que sur les moutons transhumants, il y a des souches relativement proches et que moutons et isards pourraient échanger ces souches virales.
«Aujourd’hui le débat de savoir qui de l’isard ou du mouton a été le premier infecté est totalement dépassé, précise Jean-Pierre Alzieu. Ce qui compte par-dessus tout c’est de protéger les cheptels ovins ariégeois de la Border disease. La vaccination constitue le moyen majeur d’arrêter la circulation virale en particulier en estive.
Nous allons mettre en place des zones tests sur le massif d’Orlu que nous avons déjà beaucoup investigué et vacciner les ovins transhumants qui le fréquentent. Nous espérons le faire dès le printemps 2015. Jusqu’à présent cela n’a pas été possible pour des raisons essentiellement budgétaires.
Aujourd’hui tout le monde est en ordre de marche (Fédération des chasseurs, conseil général, groupement sanitaire) pour instruire le dossier. Il nous faudra trois ou quatre ans pour avoir des résultats concrets et quelques années pour reconstituer le cheptel d’isards»
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