Tandis que 49 emplois sont à nouveau en sursis chez Avelana, nous sommes allés rencontrer d'anciens salariés qui ont quitté l’entreprise en juillet dernier, lors de la dernière vague de licenciements.
Six mois après leurs départs, quel bilan font-ils?
Comment affrontent-ils la «galère» de la cellule de reclassement, du Pôle Emploi, et d’un changement de vie brutal qu’ils n’ont pas choisi?
Car derrière un ajustement des effectifs au carnet de commandes, il y a des vies, des existences bouleversées, chamboulées, brisées parfois.
Marie-Louise et Michel Boyer ont vu la situation se détériorer.
Ils ont préféré demander leur départ volontaire pour créer leur propre société «Arc en ciel», spécialisée dans la recharge de cartouches d’encre.
Difficile pour celle qui a adoré son métier de contremaître pendant 32 ans de passer à autre chose, «ça a été dur. Même encore maintenant, j’ai du mal à passer devant l’entreprise, ça me fait trop mal au cœur»
Pour son mari Michel, le changement a été moins rude, «finalement, j’ai l’impression de me rapprocher de ce que je voulais vraiment faire.
Mon métier d’ouvrier était un peu répétitif»
Soutenu par leur fils et leur belle-fille, le couple entame une nouvelle vie, bien loin de celle rythmée par les heures passées à l’usine.
Et en demandant leur départ volontaire, ils ont changé de parcours en échappant à une étape douloureuse: celle de la lettre de licenciement.
Lorsqu’elle a reçu la sienne en cette journée d’été, «ça a été l’horreur, le cauchemar» confie Christiane Marty, ancienne «visiteuse-piqurière»
Elle s’était dit comme ça: «si je suis licenciée, je prendrai un chat»; le matou se faufile aujourd’hui entre ses jambes.
Les semaines défilent autour des rendez-vous avec la cellule de reclassement et Pôle emploi.
Mais pour cette femme qui a derrière elle 24 ans d’usine, difficile de «retourner à l’école» comme elle dit.
«Je suis une formation informatique, et je vais essayer de me tourner vers la garde d’enfants» confie-t-telle un peu navrée.
Navré, Eric Cerra l’est aussi 6 mois après avoir été licencié.
Pour ce grand sensible qui a du mal à retenir ses larmes, cette entreprise était un peu plus qu’un travail: une famille dans un certain sens.
«Y’avait de l’amitié», répète-t-il souvent.
Cet ancien magasinier a trouvé un contrat de 3 mois grâce à l’aide d’un ami.
Mais il se termine dans quelques jours, laissant à nouveau béante la blessure du licenciement, comme une plaie qui ne veut pas se refermer.
C’est avec une franchise sans détour qu’il arrive à mettre des mots simples sur sa douleur, «j’ai l’impression que je fais un rêve, que je vais me réveiller […] que je suis encore chez Avelana, comme si mon ombre était encore là-bas»
Mais ses yeux brillent quand il raconte comment son père l’a emmené travailler la première fois. Il avait 16 ans, «c’était un samedi matin»
Que se passe-t-il après?
Chaque personne a une manière différente de réagir face à un évènement pareil.
Un soutien familial, la possibilité de rebondir, et le tempérament de chacun façonnent les destins.
Mais dans un contexte économique trouble, difficile de retrouver un travail pour ces gens qui ont souvent 50 ans passés.
Surtout quand on sait qu’il y a quelques jours, une ancienne salariée d’Avelana (53 ans) s’est vue renvoyer son Curriculum Vitae, avec la mention de son âge explicitement surlignée au marqueur fluo.
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Avelana: les premières lettres de licenciement entre les mains des salariés
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