Comparution, ce mercredi matin, au tribunal correctionnel de Foix, du jeune chauffard qui a fauché, dans la nuit du 3 au 4 septembre, pendant les fêtes de Foix, deux piétons à la sortie du pont de Saint Girons, les tuant tous les deux.
Rappel des faits: Il est deux heures et quart du matin, le feu d’artifice de la fête de Foix est terminé, et un couple de jeunes retraités, Mr Lagarde et sa compagne Mme Simon, regagnent leur voiture, garée à la sortie de la ville, après le pont de Saint Girons.
Non loin de là, une voiture déboule, en trombe, «en faisant crisser les pneus», dira un témoin, et, emportée par une vitesse excessive, rate le virage et fauche les deux montelois.
Monsieur Lagarde frappe le pare-brise et est projeté à quelques mètres du choc, tandis que Mme Simon est projetée contre le mur, et se fracasse le crane sur une boite aux lettres.
La mort est quasi immédiate, pour l’un comme pour l’autre.
L’enquête immédiatement diligentée montre que le chauffeur de la voiture en cause, Tom L, 25 ans, présente un taux d’alcool de 0,73 grammes par litre de sang (taux maximum autorisé : 0,5 g/l NDLR), et roulait à une vitesse excessive, de l’ordre de 65 à 70km/h.
Avec sa fiancée et trois amis, il avait commencé la soirée à Pamiers par la consommation d’une bouteille de Vodka.
Il estime pour sa part en avoir bu deux verres.
Puis, c’est la fête dans la cité comtale, et l’absorption de cinq ou six bières supplémentaires.
Vers deux heures du matin, Tom L, sa fiancée et un ami resté avec eux, fatigués, décident de rentrer.
«Pas question de conduire, tu as trop bu», estime la jeune fille.
Le couple se dispute et elle part à pied rejoindre la fête, tandis que Tom promet d’attendre un peu avant de prendre le volant.
Promesse vite oubliée: très énervé, «jaloux parce que je sois repartie à la fête» , Tom L. récupère sa voiture, démarre en trombe, et c’est le drame «j’ai bien vu les deux personnes qui marchaient, je n’ai pas pu les éviter!»
Les deux corps gisent sur le macadam «Il n’aurait pas pris le volant si j’étais resté avec lui», culpabilise la fiancée, effondrée.
Les faits ne sont pas contestés. D’ailleurs ils sont incontestables.
«Vous avez anéanti deux vies, plaide Me Dedieu pour la partie civile, mais vous en avez brisé vingt: Toute sa famille qui n’est pas là, pour cause de funérailles!»
Puis il lit deux lettres de deux des quatre enfants du couple.
«Je veux savoir pourquoi ... » demande une fille, tandis qu’un autre enfant parle du «mal indescriptible causé…. Vous avez causé la destruction des fondations d’une famille»
L’émotion est à son comble quand vient témoigner à la barre un des gendres, seul membre de la famille présent, et qui les représente tous.
S’adressant directement au prévenu: «… On ne dort plus, on ne mange plus … Tu sais ce que tu as fait … Qu’importe le temps que tu vas faire (en prison NDLR), tu as brisé un nombre de vies que je ne peux même pas compter …»
Les mots deviennent terribles.
Il n’y a pas de haine, simplement une douleur extrême:
«Je ne veux pas que tu meures. Je veux que tu souffres tous les jours en pensant aux quatre enfants et aux petits-enfants … Je veux que tu expliques à ton fils que tu as brisé une famille»
L’accusé pleure dans le box:
«Je présente mes excuses aux victimes… j’ai commis un acte impardonnable … J’ai des remords … et de la haine envers moi … j’accepterai la sanction», la voix est quasi inaudible …. «j’aurais voulu mourir … je veux m’excuser, même si cela ne change rien»
Il revient au procureur Leroy de dresser le réquisitoire dans ce procès, «extraordinairement difficile à juger … La souffrance qui commence durera longtemps et sera hors de proportion avec la réponse pénale»
L’accusé risque une peine maximale pour homicide involontaire de sept ans de détention.
«Mais comment peut-on juger le jour où l’on met les victimes en bière! Tout cela va trop vite!»
Le procureur refuse d’invoquer la fatalité.
«Sa copine lui avait dit «Ne prends pas la voiture ! Je ne veux pas que tu conduises!»
Ce n’est pas comme s’il avait picolé tout seul.
Je n’accepte pas!
Il connaissait parfaitement les lieux.
Il n’y a pas de fatalité!
Il roulait trop vite: démarrage en trombe, pneus qui crissent ...
Il était averti: ici, c’est une petite juridiction et quand on condamne quelqu’un, on lui dit «On ne veut pas vous revoir»
Or, il a été condamné trois fois, pour un petit larcin quant il était jeune, mais aussi pour conduite sous l’emprise de l’alcool, le 15 juin 2006, et pour consommation de stupéfiant, le 3 juillet 2007.
Le choc a été extrêmement violent: Les deux victimes n’avaient aucune chance de s’en sortir … Elle venait de prendre sa retraite … »
«Pas de fatalité, pas d’excuses! Je demande cinq ans de détention et l’annulation du permis de conduire»
Tâche difficile pour Maître Bedry, ancien bâtonnier du barreau de Toulouse qui défend l’accusé: «La justice va répondre, mais rien ne réparera la peine de la famille»
Il exhorte le tribunal:
«Jugez vous un dossier, ou jugez vous un homme ? … A aucun moment il n’a menti, ni cherché à diminuer sa culpabilité … Il n’y a pas d’intention volontaire … c’est un acte de folie, un concours de circonstances .. : Il se fâche avec sa copine, a une réaction violente … elle s’en va, il prend le volant … une fraction de seconde…»
Puis il revient sur la vie de l’accusé «pas parfaitement intégré … parcours douloureux … séparation des parents mal vécue, il n’a alors que douze ans et rentre dans les difficultés...
Vit avec sa mère qui ne sait pas quoi en faire, et le confie à une sœur, qui ne sait pas non plus quoi en faire … il revient en Ariège, chez le père, trouve du travail, essaye de s’en sortir … prend une licence de foot, pour s’intégrer, a une compagne qui a besoin de lui … »
Pour l’avocat, le tribunal doit arbitrer entre:
«La douleur des familles des victimes, la nécessité sociale de punir, et la personnalité de ce garçon en voie de stabilisation»
Le tribunal condamne Tom L. à quatre ans de prison dont un avec sursis, deux ans de mise à l’épreuve avec obligation de soins, et l’annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant dix huit mois.
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