Les autorités françaises et le groupe nucléaire public Areva étaient sous pression après la diffusion samedi d'une vidéo dans laquelle quatre Français détenus au Sahel par Al-Qaïda leur demandent avec insistance de négocier leur libération près de deux ans après leur enlèvement.
Dans ce document daté du 29 août, les quatre hommes enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit (nord du Niger), aux mains d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), appellent les autorités à privilégier la discussion et éviter le recours à la force, et leurs employeurs Areva et son sous-traitant Satom à intervenir. Ils demandent à leurs proches de se mobiliser dans ce sens.
"Peut-être les négociateurs d'Al-Qaïda veulent-ils mettre la pression sur les négociateurs de la partie française", explique le chercheur spécialiste du Sahel à l'Institut français de recherches internationales (Ifri), Alain Antil.
Chaque otage demande, quasiment dans les mêmes termes, de "faire le maximum pour prendre contact avec Al-Qaïda". Pas de revendication politique, mais une allusion à une demande de rançon lorsqu'un des otages, Daniel Larribe, dit que pour les faire libérer "il y a peut-être un prix fort à payer".
Eric Denecé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) note "une petite évolution du discours: ils essayent de s'adresser aux sociétés".
Dans le même temps, la diffusion de cette vidéo survient alors qu'une intervention de l'Afrique de l'Ouest pour reconquérir le nord du Mali, aux mains des groupes islamistes depuis cinq mois, est toujours en discussions même si elle reste encore lointaine.
"On parle de préparation militaire pour le nord du Mali, les ravisseurs veulent rappeler au gouvernement français que les otages sont toujours entre leurs mains", estime M. Antil, même si la France a toujours dit que dans une telle éventualité elle se bornerait à un soutien logistique.
"Les terroristes sont acculés en ce moment. Ils savent que l'étau ne cesse de se resserrer, donc les otages c'est vraiment la monnaie d'échange", abonde M. Denecé.
Areva n'a pas souhaité faire de commentaire, les autorités soulignant de leur côté sans plus de détails que "le gouvernement demeure pleinement mobilisé".
Pour les proches de Daniel Larribe, Pierre Legrand, Marc Féret et Thierry Dole, le sentiment variait dimanche entre celui "heureux de les savoir en vie" et "l'inquiétude".
"On a compris que c'était un message téléguidé: il y a une volonté de nouer ou renouer des contacts, mais on se rend compte que c'est une forme de chantage, explique à l'AFP René Robert, grand-père de Pierre Legrand.
"Nous ne voulons pas entrer dans la question de savoir ce qu'il faut faire ou pas, notre seule préoccupation c'est que les gens en responsabilité, l'Etat et l'entreprise, portent assistance à des personnes qui sont en danger", poursuit M. Robert.
C'est le message que comptent délivrer les familles au président français François Hollande qui les recevra à l'Elysée le 13 septembre, une date fixée avant la diffusion de la vidéo. Elles ont aussi prévu de lancer dans la foulée un comité de soutien aux otages qui, dans le document, demandent s'ils n'ont pas été "oubliés".
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