La réclusion à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, a été requise jeudi devant la cour d'assises de Paris contre le chauffeur de taxi clandestin Bruno Cholet, pour le meurtre en 2008 d'une étudiante suédoise, qu'il nie avoir commis.
Il s'agit de la peine maximale encourue par l'accusé, délinquant multirécidiviste déjà condamné notamment pour trois viols. Le verdict est attendu vendredi.
"Ne prenez pas le risque d'une nouvelle récidive !", a lancé dans son réquisitoire l'avocat général, Jean-Paul Content.
Les éléments matériels accablent Bruno Cholet, 55 ans, mais il se dit victime d'un complot policier et nie avoir tué Susanna Zetterberg, 19 ans, après l'avoir prise en charge dans son taxi à la sortie d'une boîte de nuit parisienne, le 19 avril 2008.
"Je n'ai jamais entendu des explications aussi énormes que celles de Bruno Cholet", a dit le représentant du ministère public, qualifiant d'"invraisemblables", "injustes et calomnieuses", les accusations qu'il porte contre les policiers.
Pour la défense, Me Aurélie Cerceau a tenté d'instiller le doute dans l'esprit des jurés, en mettant en avant les questions laissées sans réponse par l'enquête qui, selon elle, s'est d'emblée focalisée sur Bruno Cholet du fait de son lourd passé judiciaire.
"Bruno Cholet mérite que l'on fasse place au doute" et "la loi prévoit qu'en cas de doute, il y ait acquittement", a-t-elle rappelé.
Susanna Zetterberg, jolie jeune fille blonde, installée à Paris depuis l'été 2007 pour y apprendre le français à l'université, avait été retrouvée morte en bordure d'un chemin de la forêt de Chantilly, dans l'Oise, les mains entravées dans le dos par des menottes.
Elle avait reçu quatre balles dans la tête et portait une autre blessure à la poitrine, vraisemblablement causée par une arme blanche. L'état de son corps, en partie carbonisé, n'avait pas permis d'établir si elle avait subi des violences sexuelles.
"Preuve incontournable"
Bruno Cholet avait été arrêté six jours après les faits.
Les enquêteurs étaient remontés jusqu'à lui grâce à des témoignages et à leurs fichiers de personnes condamnées pour exercice illégal du métier de taxi.
Une des deux cartes bancaires de la jeune fille avait été utilisée à deux reprises, pour retirer 100 et 200 euros dans des distributeurs de l'Oise et du Val d'Oise. L'un d'eux était équipé d'une caméra vidéo, qui avait filmé un homme dont l'allure correspondait à celle de Bruno Cholet.
Dans son véhicule sera découvert un sac plastique contenant l'arme du crime - un pistolet 22 long rifle - et trois paires de menottes.
Ses empreintes génétiques et celles de la victime seront retrouvées sur le pistolet. "Preuve incontournable", "massive" de sa culpabilité, a tonné l'avocat général devant un accusé impassible.
Bruno Cholet a accusé les policiers d'avoir placé ce sac dans sa voiture, affirmant aussi que la police avait prélevé de son ADN sur ses vêtements et l'avaient transféré sur l'arme.
Des experts psychiatres l'ont décrit comme présentant une "véritable perversion morale, sexuelle et sociale en général", les psychologues décrivant quant à eux les "carences affectives" dont il a souffert dès sa naissance.
"Je sais bien que vous n'avez pas eu une enfance facile, Monsieur Cholet", lui a dit l'avocat général. Mais, a-t-il ajouté, "il n'existe pas de fatalité du crime".
En début d'audience, le père de Susanna Zetterberg s'était dit "sûr que justice (allait) être rendue". Sa mère a déploré de ne toujours pas savoir ce qui est arrivé à la jeune fille "avant de mourir".
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