La France, sous le coup d'une menace d'Aqmi de tuer les otages français au Sahel, s'efforce de ne pas apparaître comme un acteur principal dans la gestion du conflit au Mali, tout en s'activant en coulisses pour mettre fin à l'occupation du Nord par des islamistes armés.
Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a reproché mercredi à la France d'appeler à "envahir" le Nord-Mali et menacé de tuer quatre otages français enlevés en 2010 au Niger. Jeudi, le ministère français des Affaires étrangères a refusé de commenter.
"En raison de la crise des otages qui est centrale, la France ne peut avoir qu'un rôle de facilitateur, pas d'acteur" dans le conflit au Mali, résume un diplomate français sous couvert d'anonymat.
Si pour Paris le temps des interventions directes est révolu, l'ex-puissance coloniale ne peut toutefois pas jouer les absentes face au "défi" lancé à ses intérêts en Afrique par des "terroristes et fondamentalistes" qui occupent le nord du Mali, selon le président François Hollande.
Le rôle de la France est de soutenir les organisations africaines régionales dans le cadre des Nations unies et de leur fournir un soutien logistique si une intervention était décidée, a dit le président français. Une position répétée jeudi par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.
Mais Paris ne peut faire abstraction du sort de ses otages.
Début 2011, des forces spéciales françaises étaient intervenues pour faire libérer deux otages. Tous deux sont morts dans des conditions non éclaircies.
"La question des otages pourrait gêner la France" dans ses efforts pour participer au règlement du conflit au Mali, a reconnu mercredi dans un entretien à l'AFP le Premier ministre malien, Cheikh Modibo Diarra.
Pourtant le temps "presse" et "je demande beaucoup plus de fermeté de la communauté internationale, et surtout qu'on prenne une décision" pour une intervention militaire, a-t-il ajouté.
"Réponse sécuritaire" au défi Aqmi
La menace de tuer les otages émise mercredi par Aqmi alors que le responsable malien se trouvait à Paris ne semble pas anodine. Jeudi, le Premier ministre malien a discuté avec le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, d'une réunion à haut niveau sur le Sahel, convoquée le 26 septembre à New-York en marge de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU.
Dans cette perspective, la France s'active depuis plusieurs mois pour convaincre ses partenaires européens mais aussi américains d'agir pour contrer Aqmi.
Il ne peut y avoir "qu'une réponse sécuritaire" pour faire face à la "menace terroriste" au Sahel, juge un diplomate français.
"La position des Américains est centrale", poursuit-il, en regrettant les divergences à Washington entre ceux qui voudraient "bien siffler la fin de la récréation" au Mali et ceux qui s'en remettent à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).
Cette dernière, qui réunit 15 Etats, a proposé d'envoyer une force de 3.300 hommes au Mali. Mais Bamako refuse des troupes combattantes.
La France espère par ailleurs que "d'autres pays européens" apporteront leur soutien logistique en cas d'intervention.
La Grande-Bretagne a ainsi pris conscience du risque de déstabilisation régionale et ses positions sont "très encourageantes", observe un autre diplomate. Italiens et Espagnols soutiendraient aussi la France.
Permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale "va prendre un certain temps et ce ne sera pas réglé la semaine prochaine à l'ONU", juge-t-on à Paris. "Il faut d'abord que le Mali présente une demande officielle dans le cadre onusien et que la Cédéao soumette un plan d'intervention crédible", ajoute-t-on.
"On va continuer les pourparlers, mais si la confiance ne s'établit pas entre l'armée malienne et les forces de Cédéao, la mission d'intervention sera quasiment impossible", a affirmé mercredi à l'AFP le ministre burkinabé des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé.
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