Les familles de trois victimes de Mohamed Merah ont demandé aux juges d'entendre le responsable de la DCRI chargé d'évaluer les indicateurs potentiels des services secrets, pour savoir si le tueur avait été "évalué" pour être recruté, a-t-on appris vendredi après de leurs avocats.
Lors de son audition comme témoin, l'ex-patron de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) Bernard Squarcini avait répondu au juge qu'il était "incapable" de dire si Mohamed Merah avait été évalué, comme une note déclassifiée de ses services l'avait suggéré le 14 novembre 2011, après un "entretien administratif" avec Merah.
"Nous estimons que l'existence d'une évaluation de Mohamed Merah par la DCRI est une question essentielle pour comprendre le passage à l'acte et l'opportunité de l'arrêt de la surveillance", ont écrit aux juges Me Samia Maktouf et Béatrice Dubreuil, avocates des familles Ibn Ziaten et Chennouf, deux des militaires assassinés, et Me Laure Berges, avocate de la famille Liber, le militaire blessé.
Fiché depuis 2006 pour son appartenance au milieu salafiste toulousain, Mohamed Merah avait été soumis à un contrôle plus strict de la DCRI début 2011, au retour d'un séjour en Afghanistan où il avait été interpellé par la police afghane et interrogé par l'armée américaine.
A l'automne, après un nouveau voyage au Pakistan, la DCRI juge toutefois qu'il y a "un manque d'éléments probants établissant un éventuel profil djihadiste" et décide d'une audition, le 14 novembre, par un spécialiste des réseaux jihadistes de la DCRI.
Ce dernier conclut toutefois que la "rencontre n'a pas permis de faire le lien entre Mohamed Merah et un éventuel réseau jihadiste". Merah avait soutenu que ses périples étaient touristiques.
En revanche, écrit le fonctionnaire de la DCRI dans la note consultée par l'AFP, "Merah est apparu comme quelqu'un d'assez malin et ouvert qui pourrait présenter un intérêt pour notre thématique en raison de son profil voyageur".
Néanmoins, poursuit-il, "le comportement et la fiabilité de Merah nécessitent d'abord une évaluation par le service départemental".
"Cette évaluation a-t-elle été faite?", a demandé le juge Christophe Tessier à Bernard Squarcini lors de son audition.
"Je suis incapable de vous répondre", a dit l'ex patron de la DCRI.
Pour lui, l'entretien a été "négatif" et la DCRI a décidé le maintien "des surveillances plus ponctuelles" sur Merah. Mais "si l'entretien avait été positif, il y aurait eu proposition faite à la centrale de recrutement de l'intéressé comme source avec période d'essai", a reconnu M. Squarcini.
Par ailleurs, les trois familles demandent aux juges les copies des passeports d'Abdelkader et Mohamed Merah, pour connaître précisément leurs destinations et les dates de leurs voyages et vérifier s'ils ont effectué les mêmes voyages, ces éléments pouvant prouver leur complicité.
Elles réclament également la déclassification des dossiers de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense, ex-Sécurité militaire) concernant la surveillance de Mohamed Merah.
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