Cinq mois après son arrivée à Matignon, Jean-Marc Ayrault s'efforce toujours d'asseoir son autorité sur son équipe gouvernementale où la présence de personnalités politiquement fortes comme Manuel Valls, Arnaud Montebourg ou Pierre Moscovici fait de l'ombre à sa fonction.
"L'avion (gouvernemental) est piloté. Le problème, c'est qu'il y a parfois un peu plusieurs pilotes", résumait mercredi à sa façon le député socialiste de Meurthe-et-Moselle, Christian Eckert.
Il s'exprimait après le ferme rappel à l'ordre du chef de gouvernement adressé lundi à son ministre de l'Education, Vincent Peillon, pour s'être déclaré la veille favorable à un débat sur la dépénalisation du cannabis.
Les ministres, a rappelé Jean-Marc Ayrault, doivent s'exprimer sur l'action de leur ministère et rien d'autre. Pas question de dépénaliser le cannabis.
Il a laissé clairement entendre qu'un tel incident ne se reproduirait pas. Mais peut-il, si cela devait être le cas, se séparer d'un Peillon ou d'un Valls?
"Le leadership de Jean-Marc Ayrault est faible, c'est incontestable", commente l'universitaire Rémi Lefebvre selon lequel "il y a dans le gouvernement tout une série d'individualités qui cherchent à prendre la lumière, à avoir une médiatisation". "Certains, dit-il à l'AFP, cherchent éventuellement à être premiers ministrables. Dans le cas de (Manuel) Valls, c'est assez évident".
Une source proche du pouvoir subodore que le ministre de l'Intérieur, "malin, habile", qui caracole dans les sondages de popularité, "sait où il veut aller: à la présidence de la République".
"Les ministres, poursuit M. Lefebvre, court-circuitent Ayrault pour s'adresser directement à (François) Hollande parce qu'ils ont eu des relations très fortes" avec lui dans le passé. C'est le cas ainsi de Manuel Valls, qui fut le directeur de la communication du candidat Hollande, Pierre Moscovici, qui en a été son directeur de campagne, ou encore Michel Sapin, un ami personnel du président.
Plusieurs d'entre-eux, selon des sources gouvernementales, sont en contact régulier et direct par textos avec le chef de l'Etat.
Selon François Fillon, fort de son expérience à Matignon, Jean-Marc Ayrault et François Hollande devraient régler leur "fonctionnement". L'ex-Premier ministre imagine mal que "les ministres se livrent à autant d'improvisations sans être un peu autorisés ou soutenus par les rapports directs qu'ils ont avec le président de la République".
Il y a au gouvernement des "personnalités autonomes qui ont une histoire politique déjà construite", dit Frédéric Dabi (Ifop).
Manuel Valls et Arnaud Montebourg ont été tous deux candidats en 2011 à la primaire PS pour la présidentielle. Vincent Peillon a été l'animateur du courant L'Espoir à gauche au sein du PS, dont il a disputé la direction à Ségolène Royal avant le congrès de Reims, en novembre 2008. Pierre Moscovici, proche de Dominique Strauss-Kahn, a pensé un temps se présenter aussi à la primaire.
Selon un sondage TNS Sofres pour i>TELE publié vendredi, les Français considèrent que Jean-Marc Ayrault souffre d'un déficit d'autorité.
Si 43% d'entre eux le considèrent compétent (34% d'avis contraire) et 40% pensent qu'il maîtrise bien ses dossiers (contre37%), 26% seulement des sondés le jugent rassembleur (contre 53%), 31% qu'il sait faire preuve d'autorité (contre 49%) et 35% qu'il a l'aptitude à prendre les décisions qui s'imposent (contre 44%).
Plusieurs membres du PS citent à sa décharge qu'il doit réinventer son rôle et s'imposer après les cinq années d'"hyper-présidence" de Nicolas Sarkozy, qui voyait ce dernier capter l'attention au détriment du chef de gouvernement.
François Hollande "prend la lumière" et est dans une certaine mesure "victime de son choix. Il a choisi quelqu'un qui ne lui fasse pas d'ombre" et cela aurait été différent s'il avait nommé Martine Aubry à Matignon, estime Rémi Lefebvre, proche de l'aile gauche du PS.
"Un Premier ministre est d'autant plus fort qu'il sait s'entourer", pense un parlementaire PS, mais, déclare un autre, à la condition que lui-même soit fort politiquement, comme l'étaient Michel Rocard, Lionel Jospin ou Alain Juppé, même si ce dernier a connu un bail difficile à Matignon.
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