Plus de six mois après le décès brutal de Richard Descoings, Sciences Po désigne son directeur en début de semaine, mais l'épilogue de ce feuilleton se fera attendre car l'Etat ne donnera pas son feu vert avant la publication du rapport de la Cour des comptes le 22 novembre.
Le décès soudain de son flamboyant directeur, le 3 avril à New York, a placé Sciences Po dans une situation inédite, en l'absence de dauphin traditionnellement désigné pour assumer la double casquette d'administrateur de la Fondation nationale des Sciences Politiques (FNSP) et de directeur de l'Institut d'études politiques (IEP).
Lundi, c'est le Conseil d'administration de la FNSP, présidé par Jean-Claude Casanova, qui, le premier, fera son choix. Mardi, ce sera le Conseil de direction de l'IEP, présidé par Michel Pebereau.
La disparition de Richard Descoings, qui a dépoussiéré l'institution avec une ouverture sociale et un rayonnement à l'international, avait suscité une forte émotion.
Elle est intervenue en plein audit de la Cour des comptes sur la gestion de Sciences Po entre 2005 et 2010. Des fuites du rapport provisoire évoquant des avantages en nature indus ou des frais de déplacements trop élevés, ont été interprétées par certains observateurs comme une possible tentative de destabilisation de l'administrateur provisoire et candidat favori, Hervé Crès, numéro deux depuis 2008.
La procédure est d'autant plus scrutée, qu'une bonne partie de la classe politique et de la presse a été formée rue Saint-Guillaume.
Son "opacité" a été critiquée par plusieurs candidats et l'organisation étudiante Unef, tandis que la CFDT dénonçait "le fonctionnement clanique" de la direction.
"Pas de candidat caché"
Une première liste de 24 candidats est restée secrète. Quatre ont été auditionnés cet été: outre Hervé Crès, Jean-Michel Blanquer, directeur de l'enseignement scolaire à l'Education nationale, ancien recteur de Créteil et président de l'Institut des Amériques, le politologue Dominique Reynié et le diplomate Gilles Andréani.
Le candidat désigné par le premier conseil lundi devrait l'être aussi par le second conseil mardi.
Arnaud Bontemps, vice-président étudiant (Unef) du Conseil de direction, a déploré que l'instance dont une partie des membres sont cooptés se prononce avant celle dont les membres sont élus.
Mais Sciences Po devra encore patienter avant d'avoir un directeur: sa désignation doit être avalisée par la ministre de l'Enseignement supérieur et par François Hollande, qui doit signer un décret.
"Nous attendrons le rapport définitif de la Cour des comptes", a déclaré à l'AFP Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur. Ce rapport, transmis aux parties, sera publié le 22 novembre.
"Nous n'avons pas de candidat caché", a-t-elle ajouté, souhaitant "garantir la réputation de l'école" et réfutant toute "ingérence".
Il faut "mettre fin aux dysfonctionnements, disparités dans les salaires, dans les primes" et "assurer une traçabilité" des 62 millions d'euros que l'Etat verse chaque année, a-t-elle fait valoir. Elle a donc demandé que le ministère soit représenté au Conseil d'administration de la FNSP.
Dans son projet pour Sciences Po, Hervé Crès préconise des enseignements "conjuguant les cultures scientifique et humaniste", une "gouvernance exécutive déconcentrée" avec "un corps de management intermédiaire" et "la création d'un collège universitaire unifié sur sept campus internationaux".
Jean-Michel Blanquer souhaite conserver la double structure IEP/FNSP, poursuivre l'ouverture internationale et sociale. Il estime que Sciences Po doit être "aux avant-postes de la recherche" et prône une réflexion sur la culture générale, qui disparaît du concours en 2013.
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