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Le «label restaurant» ne fait pas l'unanimité en Ariège

© midinews 2013

Le mois prochain, la députée socialiste Pascale Got va déposer un amendement au projet de loi Hamon sur la consommation pour réserver l’appellation «restaurant» aux lieux qui proposent exclusivement une cuisine «faite maison» avec des «plats cuisinés sur place, à base de produits bruts, non transformés, non accommodés»

Un label pour rassurer le client mais pas seulement
«Chacun doit savoir ce qu’il mange», c’est l’objectif principal de l’amendement proposé par la députée de Gironde.

Une manière peut-être de gagner en transparence et en confiance, une nécessité aussi après les récents scandales alimentaires et la perte de confiance des consommateurs qui veulent connaître la provenance des mets qui sont dans leur assiette.

Mais au-delà, la députée PS explique que cette mesure a pour objectif «de freiner l’ouverture d’établissements qui ne font que réchauffer des plats industriels et qui se baptisent restaurants». Une proposition qui aurait donc vocation à tirer la profession vers le haut.

Il est vrai qu’en France, un pays pourtant réputé pour sa cuisine déclinée comme un art de vivre, 31% des restaurateurs sur les 180 000 établissements recensés utiliseraient des produits industriels, des plats surgelés, sous-vide… etc.

De la restauration classique à la dictature des PPE (produits prêts à l’emploi) et du micro-onde, il n’y a souvent qu'un pas que certains ont déjà franchi!

Des vigies pour défendre la qualité
Certains restaurateurs ariégeois garants du bien manger, des produits frais et du travail bien fait n’ont pas attendu que le législateur s’intéresse à nos assiettes.

Ramon Montandon, restaurateur à Foix, soutient ce projet qui permettra selon lui de «distinguer les vrais restaurateurs de ceux qui travaillent des PPE et autres surgelés qu’ils vendent au même prix que le produit frais. Le problème pour la restauration c’est qu’ils n’embauchent pas du personnel qualifié, ils ne vont jamais évoluer… c’est un métier de manutentionnaire pas de cuisinier»

Pour Didier Lamothe, restaurateur à Foix et membre entre autre du réseau des tables Gourmandes d’Ariège et du Club des Saveurs, «il y a restaurateur et restaurateur, l’essentiel c’est de ne pas tromper le client. Pour ma part j’essaie de travailler le produit frais à 95% et c’est indiqué sur la carte. La charte du club des saveurs mentionne également qu’il s’agit de produits ariégeois ou de plats faits maison»

Concernant ce label «restaurant» il reste sceptique: «ce sera un label de plus… je préfère batailler pour faire reconnaître le titre de maître restaurateur»

Ce label fâche les organisation professionnelles
Les organisations professionnelles de l’hôtellerie restauration ont déclaré jeudi leur opposition à la création d’une appellation «restaurant»

Selon l’UMIH, «la vraie richesse de la restauration française est sa diversité»

Au niveau local, Bernard Garcia, président de la Fédération départementale de ce syndicat, regrette une fois de plus le manque de concertation: «on n’a pas besoin d’une législation de plus… bistrots, brasseries, restaurants gastronomiques, étoilés… pourquoi créer des catégories supplémentaires de restaurants? Cela va appeler encore des trains de mesures, des coûts de fonctionnement. Aujourd’hui notre profession a d’autres urgences à régler»

Avec une baisse de 30% de la consommation ce printemps à cause des intempéries et de la crise conjuguées, le relèvement prochain du taux de la TVA dans la restauration et la profusion de référencements internet avec des sites qui échappent à toute fiscalité, il y aurait selon Bernard Garcia «matière à occuper le gouvernement.

Un restaurant, étymologiquement, c’est un endroit où l’on va payer pour manger et comme dit le vieil adage on en a toujours pour son argent, il suffit de mettre le prix quand on veut bien manger. Avec les normes actuelles les établissements sont dans l’obligation d’afficher la provenance, l’origine des produits, cela devrait éclairer suffisamment le consommateur
»

Une mesure en faveur de la création d’emplois
La restauration a perdu plus de 10% de ses emplois en deux ans. Si cette appellation entre en vigueur, cela pourrait à terme créer entre 20 000 et 25 000 emplois dans l’ensemble de la profession.

En effet, contrairement aux restaurants qui utilisent des produits déjà transformés, ceux qui cuisinent sur place en utilisant des produits bruts emploient davantage de salariés.

D’après une étude publiée par le Synhorcat (syndicat des restaurateurs), 85% des restaurants actuels pourraient bénéficier de ce label.

L’amendement sera discuté en commission des affaires économiques et sociales les 11 et 12 juin et présenté dans l’hémicycle le 24 juin.

Laurence Cabrol | 31/05/2013 - 18:57 | Lu: 27627 fois