Malgré ses démêlés judiciaires, Sarkozy amorce son retour

© AFP - Denis Charlet
Nicolas Sarkozy a fait un pas de plus vers un retour en politique dans les tout prochains mois, en menant une violente contre-attaque contre la justice, relayée jeudi par ses partisans les plus fervents, mais taclée par la gauche.
Intervenant mercredi lors d'un 20H00 audiovisuel pour la première fois depuis son échec de 2012, l'ancien chef de l'Etat a lâché une petite phrase lourde de sens.
Dénonçant "l'instrumentalisation politique d'une partie de la justice", après les "chefs d'accusation grotesques" portés contre lui, M. Sarkozy a demandé: "Est-il normal qu'on poursuive les écoutes sur l'ancien chef de l'Etat qui pourra demain avoir des responsabilités politiques ?".
Certes, il a donné rendez-vous "à la fin du mois d'août ou début septembre" pour une décision définitive. Mais sa détermination pour revenir semble déjà totale, à l'instar d'un Silvio Berlusconi cerné par la justice mais plusieurs fois réélu.
Les déclarations de M. Sarkozy font d'ailleurs "penser au type d'arguments utilisés par Silvio Berlusconi: +j'ai en face des juges politisés, je suis victime d'une persécution politico-judiciaire+", décrypte Marc Lazar, professeur de sciences politiques à Paris et Rome.
Au-delà de ses ennuis judiciaires, c'est l'Elysée que le vainqueur de 2007 et le vaincu de 2012 a dans son viseur. Mais il lui faut d'abord reprendre la tête de l'UMP, jamais remise de sa guerre interne Copé-Fillon et aujourd'hui chamboulée par l'affaire Bygmalion, considérée par certains comme la plus périlleuse pour M. Sarkozy.
Souhaitée par les sympathisants UMP, cette reconquête n'emballe pas les Français, selon des sondages. Et plus d'un Français sur deux (52%) n'a pas été convaincu par les explications avancées lors de sa prestation télévisée, selon un sondage Harris Interactive pour LCP publié jeudi.
M. Sarkozy trouvera aussi sur sa route ceux de son parti qui ne veulent plus entendre parler de lui, notamment son ancien Premier ministre François Fillon, qui n'y a jamais cru "à cause des affaires".
"Si Sarkozy revient, on a perdu en 2017", résume un proche du député de Paris.
Quant à Alain Juppé, qui se sent pousser des ailes après de bons sondages, il a dénoncé la "mise en scène très théâtrale" de la garde à vue de M. Sarkozy. "Mais il ne faut pas vilipender la justice", a averti le maire de Bordeaux, lui-même condamné en 2004 dans l'affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Idem pour Jean-Pierre Raffarin, qui réclame de la "sagesse de part et d'autre".
- Valls veut calmer le jeu -Les nouveaux démêlés de M. Sarkozy avec la justice ne font que commencer. Sa triple mise en examen, consécutive aux écoutes dont il a fait l'objet, est très lourde: violation du secret de l'instruction, corruption et trafic d'influence actifs. Ces deux derniers chefs sont passibles de peines pouvant aller jusqu'à dix ans de prison et d'inéligibilité.
La suite de l'enquête risque de donner lieu à d'âpres batailles de procédure: M. Sarkozy n'a pas exclu un recours pour demander l'annulation de sa mise en examen.
L'ancien président a aussi mis en cause de manière virulente l'impartialité d'une des deux juges d'instruction, membre du Syndicat de la magistrature, organisation qui avait appelé à voter contre lui en 2012.
Henri Guaino, qui fut son conseiller spécial à l'Elysée, a carrément demandé, comme l'eurodéputée Nadine Morano, que les magistrats ne puissent plus être syndiqués.
Cette offensive a suscité une réaction de Chantal Arens, présidente du tribunal de grande instance de Paris, patronne des deux juges qui ont prononcé les mises en examen : "L'indépendance juridictionnelle des juges est une condition essentielle de la démocratie", a-t-elle rappelé, dans une rare prise de position publique.
Même ligne de défense à gauche: Claude Bartolone, président PS de l'Assemblée nationale, a accusé l'ex-chef de l'Etat de "malmener" la République, Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, a mettant l'accent sur "la violence des attaques" qui "ne nous surprend pas".
Mis en cause par M. Sarkozy pour avoir évoqué sans précaution des "faits graves" qu'il aurait commis, M. Valls a lui cherché à calmer le jeu et a "appelé à la sérénité". "Que chacun respecte ces deux principes fondamentaux, l'indépendance de la justice et le respect de la présomption d'innocence", a demandé le Premier ministre.
"Aucun commentaire, c'est une affaire qui concerne la justice", a-t-on simplement indiqué à l'Elysée.
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