Une nouvelle unité sanitaire à la maison d'arrêt de Foix
Afin d’offrir aux personnes détenues prises en charge par l’administration pénitentiaire une qualité et une continuité de soins équivalentes à celles dont dispose l’ensemble de la population, la loi de janvier 1994 a confié aux hôpitaux, les missions de prévention et de soins des personnes détenues.
Pour assurer leur mission, les centres hospitaliers ont créé des unités sanitaires, dans chaque établissement pénitentiaire (soit près de 180 en France). Les locaux de l’unité de soins de la maison d’arrêt de Foix devenus vétustes et exigus ont fait l’objet de travaux de rénovation et un protocole organisant le partenariat entre les professionnels du monde de la santé (CHAC/CHIVA) et du monde pénitentiaire a été signé en avril 2014.
De nouveaux locaux en adéquation avec les missions de santé dans l’univers carcéralCe protocole définit les responsabilités de chacun. Il décrit l’organisation et le fonctionnement de l’unité (heures d’ouverture), les organisations logistiques (pharmacie, déchets, laboratoires…) les modalités de pris en charge des addictions, la composition de l’équipe soignante, l’organisation des consultations, des activités thérapeutiques, la sécurité du personnel, l’équipement des locaux, leur entretien, etc.
Si les locaux appartiennent à la maison d’arrêt, les équipements mobiliers ont été achetés par les hôpitaux partenaires et les personnels en sont détachés (la prise en charge somatique est assurée par le CHIVA et la prise en charge psychiatrique par le CHAC). Ce mardi matin, Michel Thiriet, directeur du CHIVA, Georges Chassy, directeur de la maison d’arrêt et les professionnels de santé ont ouvert les portes de ce nouveau centre de soins à la presse.
Le projet de relocalisation a été initié en 2009, il a pris forme en 2011 et permet désormais de déployer une unité sanitaire digne de son nom. Installés au premier étage de la maison d’arrêt (loin des quartiers de vie) les locaux sont neufs, lumineux, colorés et insonorisés.
Ils comprennent trois bureaux de consultation, une salle de soin, un cabinet dentaire, une salle d’attente sécurisée, une salle de décontamination, une salle de repos, des sanitaires, un poste de surveillance…
C’est un investissement de 250 000 euros réalisé par le ministère de la Santé qui a permis de réhabiliter complètement cette structure et d’en agrandir sa surface (passant de 40 à 130 m2).
Les soins derrière les murs de la maison d’arrêt, une réalité au quotidienL’établissement accueille en moyenne 95 détenus. Chaque entrant est vu en consultation par le médecin référent de l’unité sanitaire qui en complément de l’examen clinique, propose les tests de dépistage pour la tuberculose, la syphilis, le VIH, les hépatites B et C. Les médecins répondent également aux consultations en cas de problème ou d’urgence, réalisent un suivi régulier des détenus ayant des pathologies chroniques. Ces derniers peuvent consulter l’IDE pour des soins somatiques, psychiatriques, des soins dentaires et des consultations dermatologiques, réaliser des radios du thorax.
Par contre les consultations de spécialités médicales ou chirurgicales ont lieu au CHIVA ainsi que les urgences et nécessitent une extraction de la maison d’arrêt. Les hospitalisations se font également à l’hôpital en chambre sécurisée pour les séjours de moins de 48 h. Au-delà ils sont transférés au CHU de Toulouse Rangueil (UHSI) et centre hospitalier marchand (UHSA) pour une charge psychiatrique. «Nous sommes ici sur des soins ambulatoires, tout le reste nécessite une extraction, précise, le directeur de l’établissement pénitencier.
Nous sommes garants du secret professionnel et de l’obligation de soins (donc en mesure d’appeler à tout moment du jour ou d al nuit le 15 pour la gestion d’urgences vitales) Une infirmière est présente tous les jours en détention, elle veille notamment à la distribution des traitements médicamenteux».
Michel Thiriet est attentif à l’équilibre financier de cette unité. Selon lui elle est sous-dotée, il manque 140 000 € à son budget, un budget qui dépend directement du ministère de la Santé. Les soins aux détenus font pourtant partie des obligations légales confiées aux établissements de santé, mais leur ministère de tutelle en a-t-il encore les moyens sachant que les personnes incarcérées sont en moins bonne santé que la moyenne de la population française.
Et à l’heure des coupes sombres dans les budgets de la sécurité sociale, les professionnels restent vigilants: «ce sont des individus en rupture avec le suivi médical traditionnel. Ici les gens sont en grande précarité, ce sont des pathologies lourdes, beaucoup ont besoin de soins particuliers, un suivi psychiatrique, psychologique, des problèmes d’addiction (des associations comme l’AIPD peuvent intervenir à ce niveau). On peut également mettre en place des soins qui pourront se poursuivre à l’extérieur» précise Michel Thiriet.
Une telle structure permet aussi d’éviter les extractions qui sont souvent sources de problèmes (évasions) pour les chefs d’établissement avoue à demi-mot Georges Chassy heureux de voir ce partenariat se poursuivre a travers cette unité sanitaire nouvelle génération.
«Les locaux sont plus spacieux (nous avons chacun notre bureau), le nombre des consultations a été élargi, mais les effectifs sont inchangés, car les moyens sont constants, précise le Médecin référent. Par contre en repensant toute l’organisation des soins nous avons pensé au circuit du médicament, à l’hygiène, à un fonctionnement mieux adapté pour répondre à un cahier des charges plus précis qui nous a fait gagner en qualité». Qualité de la prise en charge, mais également possibilité de décliner d’autres projets, des activités thérapeutiques comme des groupes de paroles ou la mettre en place des sevrages tabagiques.
| L’unité de soins en quelques chiffres sur l’année 2013 1019 consultations 581 consultations dentaires 87 consultations dermatologiques 73 séances de kinésithérapie pour 11 détenus 39 radios thoraciques 9461 consultations infirmières (injections, administration des thérapeutiques sous forme buvable, pansements, surveillance des paramètres vitaux, etc.. ) 120 prélèvements d’analyse biologique 14 sevrages tabagiques 11 détenus vaccinés 139 extractions à visée médicale |
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