Attentat déjoué: feu nourri de critiques sur la communication de Hollande

© AFP/Archives - Joel Saget
"Surcommunication insupportable", "appropriation politique": l'opposition a sévèrement critiqué jeudi la communication de l'exécutif au sujet du projet d'attentat déjoué, dont la révélation mercredi par François Hollande a semblé surprendre jusqu'au sein de l'appareil d'état.
Directeur général du parti Les Républicains (LR, ex-UMP), Frédéric Péchenard n'a pas mâché ses mots jeudi matin. "On voit bien que l'unité nationale tant défendue par le Parti socialiste vole en éclats aujourd'hui puisqu'il y a une volonté d'appropriation politique, probablement pour masquer un certain nombre d'échecs du gouvernement ou de difficultés dans les domaines du chômage ou économique", a dénoncé ce proche de Nicolas Sarkozy et ex-directeur général de la police nationale.
En cause, une déclaration du président, qui accompagnait mercredi à Marseille son homologue mexicain dans le cadre d'une visite d'Etat: "Cette semaine, nous avons également prévenu des actes terroristes qui auraient pu être produits. Le ministre de l'Intérieur fera une communication demain (jeudi) à cet effet".
Au même moment, le ministre en question, Bernard Cazeneuve, le Premier ministre Manuel Valls et la plupart des hauts responsables de la sécurité hexagonale assistaient au pot de départ du préfet de police de Paris, Bernard Boucault, et une certaine surprise a semblé accompagner l'annonce du chef de l'Etat sur l'île de la Cité.
M. Cazeneuve n'a du coup pas attendu le lendemain pour fournir les détails attendus: quatre personnes âgées de 16 à 23 ans, qui projetaient de filmer la décapitation d'un militaire gradé, ont été arrêtées et placées en garde à vue. Selon une source proche du dossier, les suspects projetaient de s'attaquer à un militaire au Fort Béar (Pyrénées-Orientales).
A l'instar de M. Péchenard, une grande partie de l'opposition a jugé très sévèrement cette séquence. "La surcommunication du président de la République et du gouvernement sur le terrorisme est insupportable", s'est ainsi indigné l'ex-ministre de la Défense de M. Sarkozy, Hervé Morin (UDI).
"Ce n'est pas pertinent de communiquer à chaud sur des actes terroristes prétendument déjoués (...) Les politiques seraient bien inspirés de laisser travailler les services spécialisés", a ajouté l'eurodéputé (LR) Arnaud Danjean.
- 'Ne pas cacher la vérité aux Français' -Pour le Front national, Wallerand de Saint-Just a préféré ironiser sur un François Hollande qui s'est "très bien débrouillé" depuis les attentats de janvier "pour utiliser les éléments à son avantage".
Plus mesuré, le député (LR) Eric Ciotti a relevé une "démarche un peu inédite" car "d'habitude, la communication dans ce genre d'affaires est réservée au parquet et au procureur de Paris, qui est en charge des question de terrorisme". M. Ciotti a dénoncé une "communication un peu précipitée" mais, a-t-il ajouté, "là n'est pas le fond de l'affaire, l'essentiel est que, s'il y a eu un attentat déjoué, je m'en réjouis".
Sur le même ton, l'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a préféré retenir que "notre dispositif fonctionne et (que) de ce point de vue, c'est rassurant de pouvoir déjouer des attentats".
Depuis Lannemezan (Hautes-Pyrénées) où il suit jeudi une étape du Tour de France, M. Valls s'est employé à cadrer cette communication. "Le président de la République, moi-même, le ministre de l'Intérieur, depuis des mois, rappelons la puissance de la menace (...) Régulièrement, nous déjouons des attentats. C'est sans doute le cas avec l'arrestation de ces quatre individus", a déclaré le Premier ministre.
M. Hollande "a estimé qu'à un moment, il était important de montrer aux Français qu'ils étaient protégés", a pour sa part plaidé Ségolène Royal. "On ne peut pas cacher la vérité aux Français", a justifié M. Cazeneuve.
Cette communication avait aussi probablement pour objet de vanter les mérites de la très décriée loi renseignement, qui doit encore franchir l'examen du Conseil constitutionnel. Mais au vu des réactions, l'exécutif sait qu'il ne peut compter sur aucune trêve politique.
"Depuis plusieurs semaines, nous appelons le gouvernement à prendre toutes les mesures indispensables pour assurer la protection de nos compatriotes", écrivait M. Sarkozy le 26 juin, trois heures après l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier (Isère).
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