Point final pour Têtu, l'unique magazine gay français

© AFP/Archives - Frank Perry
Le tribunal de commerce de Paris a mis jeudi un point final à l'histoire de Têtu, le seul magazine homosexuel français, qui disparaît des kiosques après 20 ans d'existence, faute de repreneur pour ce journal en déficit chronique et en panne de lectorat.
"Le tribunal a jugé qu'étant donné qu'il n'y avait pas d'offre de reprise sérieuse et valable et qu'il n'y avait plus de rentrés d'argent pour les futurs numéros, il fallait arrêter", a annoncé à l'AFP le directeur de la rédaction, Yannick Barbe.
"Tout le monde est licencié. Cela fait une dizaine de personnes, dont 5 journalistes", a précisé M. Barbe.
Créé en juillet 1995 par des militants de la lutte anti-sida, Têtu a toujours été déficitaire. Le titre avait déjà été placé en redressement judiciaire le 1er juin par le tribunal de commerce de Paris.
"Une conjoncture économique difficile, des problèmes structurels de distribution, des agences de publicité pusillanimes...", résume le propriétaire du titre, Jean-Jacques Augier, sur le site du mensuel pour expliquer cette liquidation judiciaire.
Il pointe aussi du doigt "un lectorat gay largement démobilisé, heureux des avancées législatives récentes (le mariage homosexuel, NDLR) et désireux de ne plus se distinguer". Mais c'est, selon lui, "une erreur largement répandue parmi les gays de penser que l'indifférence à notre différence est définitivement acquise, qu'une page peut être tournée et qu'être ou ne pas être gay n'est plus, sur la place publique, pertinent".
Le magazine, vendu cinq euros, a vu sa diffusion baisser de 12,5% depuis 2010, à 28.275 exemplaires par mois. Son numéro de juillet-août, avec le chanteur Mika en couverture, sera donc le dernier.
Pour Didier Lestrade, essayiste et cofondateur d'Act-Up et de Têtu, le magazine "est devenu mou du cul".
"L'histoire de la loi sur le mariage pour tous, qui a duré plus de dix-huit mois, aurait dû porter Têtu. Mais ils ont mis trop de temps à prendre la mesure de la violence de la réaction des anti, regroupés dans la Manif pour tous. Ils ne se sont pas fait l'écho non plus du mécontentement lié à l'abandon par le gouvernement de gauche de la PMA pour les lesbiennes et de la GPA", a-t-il jugé dans Libération.
- La marque mise aux enchères -A la différence de la publication papier, "le site Têtu.com qui, à lui tout seul, est rentable, va encore continuer pendant quelques semaines, histoire de ne pas arrêter complètement le robinet", a indiqué Yannick Barbe.
La marque Têtu devrait être mise aux enchères à la rentrée et pourra être reprise, comme ce fut le cas pour France-Soir. "On espère que ça tombera dans des mains bienveillantes", a souhaité le directeur de la rédaction.
Outre Têtu, Yagg.com, site internet spécialisé dans les questions lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT), connaît aussi des difficultés financières, faute d'un nombre suffisant d'abonnés.
Si d'autres titres destinés aux lesbiennes, comme Well Well Well (semestriel) ou Jeanne Magazine (numérique), ont vu le jour récemment, "ce n'est pas la même périodicité, pas le même format. Têtu avait l'avantage d'offrir un lien régulier avec la communauté", souligne Nicolas Rividi, porte-parole de l'inter-LGBT, fédération d'associations de défense des homosexuels.
Mieux acceptés par la société qu'il y a 20 ans, les homosexuels s'informent aussi maintenant sur internet ou dans la presse classique qui parle davantage des sujets qui les concernent, et moins dans une presse spécifiquement gay.
"Mais les angles, la connaissance des sujets...ce ne sera pas forcément la même chose dans les médias généralistes", estime Nicolas Gougain, ancien porte-parole de l'inter-LGBT.
Têtu a été financé pendant 18 ans par son propriétaire et mécène, Pierre Bergé, qui a épongé des pertes de plusieurs dizaines de millions d'euros, avant de le revendre pour un euro symbolique à Jean-Jacques Augier, un proche de François Hollande.
Le titre a encore perdu deux millions d'euros en 2013 et 1,1 million en 2014, pour un chiffre d'affaires de 2,8 millions. Pour 2015, la perte est d'environ 500.000 euros.
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