Le chômage endémique crée un nouveau profil de précaire, selon un sociologue
Des bulletins de salaire© AFP/Archives - Mychele Daniau
A côté des millions de "travailleurs précaires", peu qualifiés et souvent condamnés au temps partiel, le chômage endémique a créé une nouvelle précarité, revendiquée au nom de l'autonomie. Elle se rencontre dans les classes moyennes, les métiers intellectuels en particulier, selon le sociologue Patrick Cingolani.
Le nombre de demandeurs d'emploi qui exercent une "activité réduite" - CDI à temps partiel, CDD, intérim...- est en explosion. Au mois de mai, 700.000 d'entre eux ont travaillé moins de 78 heures.
Pour certains, un CDI à temps plein temps reste un Graal inatteignable. Pour d'autres, il s'agit de trouver des arrangements avec un marché du travail instable. "Le précariat se réfère souvent aux milieux les moins qualifiés. Mais il ne se borne plus aux seules classes populaires, et concerne désormais de plus en plus les classes moyennes", explique Patrick Cingolani, auteur de "Révolutions précaires" (Editions de la Découverte).
Le sociologue, enseignant à l'université Paris 7-Denis Diderot, a analysé une nouvelle forme de rapport au travail, repérée notamment chez les travailleurs des "industries culturelles" (5,5% des salariés en Ile-de-France).
Après avoir mené une enquête auprès de graphistes, guides de musées, scénaristes ou encore pigistes, Patrick Cingolani esquisse le visage de ces nouveaux précaires, mus par un "désir d'autonomie". Ils "aspirent à trouver dans le travail une place pour la créativité et l'expressivité", "quitte à diminuer leurs exigences salariales, voire à travailler gratuitement, et à en payer le prix en termes d'incertitude et d'instabilité".
Le sociologue évoque un "sous-salariat chronique", qui se développe en France mais aussi aux Etats-Unis ou en Amérique latine, en réaction à "un mode de vie standardisé".
Il voit en ces nouveaux travailleurs, qui cumulent souvent de faibles revenus avec des allocations chômage ou le RSA, les héritiers des premiers "précaires", qui vivaient dans des squats au milieu des années 1980 et "cherchaient à échapper au monde ouvrier".
- 'nouvel assujettissement au travail' -Patrick Cingolani note au passage que les dispositifs de protection sociale se sont adaptés pour devenir des compléments de revenus salariaux.
Loin d'apparaître comme un stigmate, "le mot +précaire+ devient porteur d'alternative et de différence". On peut désormais se revendiquer "précaire", "une revendication d'indépendance face au caractère délétère d'une forme de travail", selon le sociologue.
Mais, pour pouvoir faire, au moins une partie de leur temps, "quelque chose qu'ils aiment, qui a du sens et de la valeur", ces travailleurs jonglent souvent in fine entre les petits boulots alimentaires. Et ne comptent plus le temps passé au travail.
Parmi les particularités de ce nouveau rapport à l'emploi, "une mutualisation des lieux de travail et des réseaux professionnels": en témoigne le développement des espaces de coworking, où ces travailleurs indépendants partagent bureaux, matériel et plans boulot.
Mais ce désir d'autonomie a son revers: "une disparition des frontières entre vie privée et vie professionnelle, et une nouvelle forme d'assujettissement au travail favorisée par les nouvelles technologies, qui mène parfois à l'épuisement", relève Patrick Cingolani.
Pour le chercheur, il existe "désormais plusieurs précariats". A ses yeux, "il n'y a rien à voir entre les classes moyennes confrontées à la précarité, et les classes populaires qui subissent des conditions de travail dégradées", notamment de temps partiel subi dans les métiers peu qualifiés.
Il observe une "nouvelle forme d'inégalité parmi ces précaires, entre ceux issus de la classe moyenne qui bénéficient de solidarités familiales (appartement achetés, aides financières ou en nature) et les autres, venus des classes populaires, qui sont de plus en plus exposés à des conditions de pauvreté".
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