Migrants: la mission à Calais, corvée des forces de l'ordre

© AFP - PHILIPPE HUGUEN
C'est le cauchemar des CRS et des gendarmes mobiles: la mission à Calais autour du tunnel sous la Manche, affronter des clandestins pendant six heures, chaque nuit, trois semaines d'affilée, avec un sentiment d'impuissance. "Franchement, on n'y va pas en courant", confie l'un d'eux.
Voilà 15 ans que ce CRS normand, qui veut rester anonyme, est régulièrement envoyé en mission avec sa compagnie face aux migrants de Calais, des Soudanais, des Afghans ou des Erythréens qui tentent chaque nuit de rejoindre clandestinement le Royaume-Uni, leur eldorado, via Eurotunnel.
"Tout le monde sait que c'est une mission particulièrement chiante", poursuit-il. "Le boulot, en lui-même, n'est pas facile. Et la région non plus, il faut le dire..."
"Le boulot" consiste à sécuriser, chaque nuit, l'immense site d'Eurotunnel, 650 hectares, 28 kilomètres de clôture, aux côtés des gendarmes et de la police aux frontières (PAF).
Les migrants quittent quotidiennement leur bidonville, à 7 km de là, et se cachent par centaines dans les champs alentour. Ils peuvent surgir de n'importe où, à n'importe quel moment, pendant des heures, pour essayer de franchir les grilles de sécurité.
"C'est blasant: vous les interpellez, vous les livrez à la PAF et ils recommencent vingt minutes plus tard", affirme le CRS.
Dans ce contexte, la "lassitude et l'impression de pas servir à grand-chose" gagnent rapidement les forces de l'ordre, ainsi que le sentiment pas vraiment agréable de combattre "de pauvres gens", qui vivent "dans la misère". "Humainement parlant, c'est pas évident. Il faut avoir la tête sur les épaules", soupire-t-il.
Il y a quelques semaines, lors d'un banal contrôle de poids lourds en partance pour l'Angleterre, un policier est tombé nez à nez avec deux jeunes adolescentes cachées dans la cargaison. Un temps d'arrêt et il a fermé les yeux.
- 'Pas un boulot de flic, mais de vigile' -A Calais, les CRS assurent des missions de trois semaines. Mais leur durée va être raccourcie d'une semaine à partir du mois de septembre, au grand soulagement des effectifs.
"Heureusement, car tous les jours, c'est pareil: vous prenez votre service en sachant que ça va être le jeu du chat et de la souris pendant six heures", raconte un autre CRS, encore en mission à Eurotunnel en début d'année. "On ne fait pas un boulot de flic, mais un boulot de vigile", estime-t-il.
Face à des migrants déterminés à l'extrême, jusqu'à risquer leur vie pour se faufiler dans un train en partance pour l'Angleterre, les forces de l'ordre en sont souvent réduites à la résignation: "Quand ils arrivent, on sait bien que si on est cinq et qu'ils sont 200, ils vont passer".
Mercredi soir, une dizaine de gendarmes mobiles ont vainement tenté de retenir des migrants vingt fois plus nombreux, qui couraient dans un champ autour de la gare.
Le lendemain, ils ont tenté avec succès de mettre en place des cordons au milieu de la route pour les empêcher de passer: menton haut, mains dans le dos. La plupart des clandestins ont rebroussé chemin.
Mais la position, qui nécessite d'importants moyens humains, est difficilement tenable pendant des heures: d'abord un bâillement contagieux, puis un gendarme qui se désengourdit la jambe, et deux jeunes recrues qui discutent discrètement de cette mission à Calais, manifestement une première pour eux.
"Y a des camps là-bas, y paraît, j'ai vu ça ce matin sur internet. C'est des petites cahutes avec des sac poubelles sur les murs", raconte l'un d'eux. Son collègue le regarde, incrédule.
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