Gabon: l'influent directeur de cabinet de Bongo dans le collimateur de la justice française
© AFP/Archives - Thierry Zoccolan
La brève interpellation en France de l'influent et controversé directeur de cabinet du président gabonais Ali Bongo Ondimba, Maixent Accrombessi, soupçonné d'avoir perçu illégalement de l'argent d'une entreprise française, a suscité l'incompréhension du pouvoir à Libreville.
Interrogée par l'AFP, une source proche de la présidence gabonaise n'a pas hésité à parler d'"humiliation" pour l'ancienne colonie française, alors qu'une manifestation pro-pouvoir encadrée par les forces de l'ordre s'est tenue mardi matin devant l'ambassade de France à Libreville.
Depuis Paris, son avocat, Me Francis Szpiner, a affirmé à l'issue de son audition que M. Accrombessi repartira "bientôt au Gabon et continuera à exercer ses fonctions".
"Il n'a pas été mis en examen, donc il n'y a pas de raison qu'il quitte son poste de directeur de cabinet", a confirmé la source proche de la présidence gabonaise.
Les enquêteurs cherchent à savoir si M. Accrombessi "a perçu de l'argent de la société Marck", une entreprise française spécialisée dans la fabrication d'uniformes militaires "en échange de l'attribution fin 2005 d'un marché public de sept millions d'euros au Gabon", selon une source proche du dossier.
D'origine béninoise et naturalisé gabonais, Maixent Accrombessi, 50 ans, était au moment de la passation du contrat avec Marck l'un des conseillers d'Ali Bongo, ministre de la Défense de son père Omar Bongo de 1999 à 2009.
Devenu directeur de cabinet du président, cet ancien agent immobilier est devenu la cible des opposants, qui l'accusent de piller les caisses de l'Etat et de pratiquer le vaudou (d'origine béninoise), assimilé par certains à de la sorcellerie.
Le 12 avril, des manifestants avaient incendié l'ambassade du Bénin après l'annonce du décès du principal opposant André Mba Obame, qui avait contesté la victoire en 2009 à la présidentielle d'Ali Bongo Ondimba. Ils accusaient le régime, notamment M. Accrombessi, de l'avoir empoisonné.
Très discret, cet homme clé du régime d'Ali Bongo gère directement depuis la présidence les portefeuilles stratégiques comme le Pétrole et le Budget de l'Etat, selon la très informée Lettre du Continent, qui n'hésite pas à le qualifier de "gourou".
- 'Justice spectacle' -Maixent Accrombessi avait été interpellé lundi vers 07H00 GMT à l'aéroport parisien de Roissy alors qu'il s'apprêtait à rentrer à Libreville.
Il n'était pas en possession d'un ordre de mission du Gabon et "ne bénéficiait donc pas d'une immunité diplomatique qui aurait interdit toute mesure coercitive à son encontre", a relevé une source judiciaire. Il a alors été placé en garde à vue pour corruption d'agent public étranger et blanchiment.
Cependant, la présidence gabonaise a transmis quelques heures plus tard au ministère français des Affaires étrangères un document indiquant qu'il se trouvait en France "dans le cadre d'une mission officielle" et le parquet l'a libéré.
"La justice (française) aurait pu émettre une convocation en bonne et due forme, et M. Accrombessi se serait présenté (...) Mais aller l'arrêter devant tout le monde à l'aéroport, cela ressemble à de la justice spectacle (...) Au-delà de la personne et de la fonction, c'est le pays qu'on cherche à humilier", a estimé la source proche de la présidence gabonaise.
Une salariée de la société Marck, également interpellée lundi, a été relâchée mardi.
Mardi matin, environ 200 partisans du régime acheminés dans des bus loués pour l'occasion se sont rassemblés devant l'ambassade de France pour protester contre "la séquestration arbitraire" de Maixent Accrombessi.
Ce n'est pas le premier incident diplomatique entre Libreville et Paris: fin février, un Boeing 777 du Gabon avait été saisi à Orly en raison de huit millions de dollars d'impayés à la société suisse Travcon, spécialisée dans le transport de VIP.
Dans l'affaire concernant M. Accrombessi, une enquête préliminaire avait été ouverte en 2007 par le parquet de Paris après un signalement de Tracfin, la cellule de renseignement anti-blanchiment du ministère français de l'Economie.
L'organisme s'interrogeait sur "un virement de plus de 300.000 euros émis en juin 2006 par Marck sur le compte monégasque d'une société de droit gabonais, dirigée par un homme d'affaires proche de M. Accrombessi", selon une source proche du dossier.
Six autres virements de 2 millions d'euros au total effectués par Marck au bénéfice d'une société domiciliée au Bénin, et gérée par Maixent Accrombessi, suscitent également des interrogations.
Un des leaders de la société civile gabonaise, Marc Ona, responsable de l'ONG Brainforest, a demandé à la justice française "d'aller au bout" de l'enquête.
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