Agriculture: l'Amour n'est pas toujours dans le pré
22/02/2010 | 20:46
© MidiNews 2010

Evoquer le célibat est un sujet toujours délicat surtout dans le monde rural où l’on est davantage enclin à parler de son métier que de ses états d’âme.

Alors que le couple d’exploitants a longtemps été la référence dans ce métier, les difficultés qu’a traversé la profession ont fait bouger les lignes.

En effet, faute de pouvoir dégager un salaire supplémentaire, le conjoint a du trouver du travail au bureau ou à l’usine (seulement 2/3 des conjoints travaillaient sur les exploitations en 1988, et moins de la moitié en 2000).

Le département de l’Ariège a été touché par les problèmes conjoncturels de l’agriculture mais également par les crises répétitives et la disparition progressive des industries traditionnelles (textile, papeteries, aluminium).

Comme à la ville, face à la fragilité du tissu économique, le nombre des célibataires n’a cessé d’augmenter, si bien qu’aujourd’hui près de 48% d’exploitants agricoles seraient célibataires dans le département de l’Ariège (sources de la Mutuelle Sociale Agricole).

Une profession, comme on le voit régulièrement, fragilisée par les aléas climatiques (la sécheresse), les problèmes que rencontrent les filières (les laitiers) ou les prêts contractés auprès des banques…

Une profession qui n’est donc épargnée, ni par le stress ni par les suicides.

Quant à l’isolement en milieu rural, il devient l’ordinaire de bien des exploitants qui n’ont pas d’autres choix.

«Ici, il n’y a rien que la montagne, explique Jean-François Denjean, éleveur de brebis en Haute Ariège.
Comment voulez-vous faire venir une jeune femme […] pour faire les boutiques il faut aller à Foix ou à Pamiers»

De sa bergerie, un paysage de carte postale dans lequel se détache le Montcalm.

A 38 ans, cet éleveur n’a plus d’illusions: «il n’y a plus de travail pour fixer les jeunes dans la vallée, les filles vont à la ville travailler et quand elles en reviennent, elles sont mariées ou ne sont là que pour l’été, de passage»

Jean-François a toujours fait ce métier et il n’envisage pas la vie autrement: l’été il veille sur ses bêtes sur l’estive du Soulcem.

L’hiver, il monte tous les jours à la bergerie pour les nourrir, s’occuper des agnelages, faire du bois… «il n’y a pas de temps mort»

Conscient des conditions de travail difficiles en zone de montagne, il ne rêve plus à sa bergère mais à une compagne avec qui il partagerait la même passion pour ses montagnes.

Fils et petit-fils d’agriculteur, Cédric a fait ses études au lycée agricole de Pamiers, il a repris l’exploitation familiale en 2000 et depuis il fonce:

46 hectares, 28 mères, 12 génisses, de 6 à 22 veaux sous la mère dont il faut s’occuper plusieurs fois par jour… sans compter l’achat d’un camion, la construction d’un hangar fermé pour que ses vaches limousines puissent passer les longs mois d’hiver…

Bref pas le temps de musarder, d’aller en boîte ou de faire les bals: «vous plaisantez, l’été c’est la période où j’ai le plus de travail à la ferme !»

Ce grand garçon de 31 ans préfère donner de son temps en s’investissant dans un syndicat agricole que de le perdre en futilités.

Aujourd’hui, le mariage n’est pas au programme, au grand dam de son grand-père qui lui avait déjà trouvé l’âme sœur à 21 ans!

Cédric ne prend jamais de vacances, et s’il connaît le château de Montségur, pourtant à quelques kilomètres de son exploitation, c’est à travers les livres qu’il en a lu…

«Le sport ce n’est pas ma passion, je préfère lire quand j’ai un moment, c’est ma manière à moi de m’évader du quotidien»

Quant à sa future compagne, il ne l’imagine en aucun cas agricultrice: «j’aspire qu’elle ait un métier différent du mien […]
Ce serait ennuyeux d’avoir les mêmes conversations
»

Quant aux émissions grand public venant en aide aux agriculteurs en quête du grand amour, pour lui: «c’est intrusif et aseptisé […]
On est bien loin de la réalité et parfois même c’est plus que réducteur pour la profession
»

Quoiqu’il en soit pour lui le bonheur est tous les jours dans le pré.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 22/02/2010 | 20:46 | Lu: 18271 fois