Le 47e salon international de l’Agriculture vient d’ouvrir ses portes à Paris sur fond de crise et dans un contexte extrêmement difficile pour les agriculteurs français qui enregistrent pour 2009 une baisse moyenne d’un tiers de leurs revenus (elle peut atteindre 53% pour les fruitiers et 54% pour les éleveurs laitiers).
Si bien que Bruno Le Maire a reconnu il y a quelques jours qu’il s’agissait de la crise la plus grave depuis trente ans.
Un Français sur quatre vit en milieu rural, un sur cinq y travaille.
Depuis les années 1950, le poids des agriculteurs ne cesse de décroître si bien qu’aujourd’hui ils ne représentent plus que 4% de la population active.
Face à cette morosité ambiante, nous sommes allés à la rencontre des agriculteurs ariégeois, tous secteurs confondus, de la plaine à la montagne…
Pour eux, malgré les difficultés du métier qu’ils ont choisi, ils vivent leur passion au quotidien.
Portraits croisés…
Des céréales au maraîchage dans les plaines d’Ariège
Depuis de nombreuses années, Jean-Pierre Stival était dans les céréales (maïs semence, blé dur) mais face à la fluctuation des cours et aux problèmes de rendement, il a choisi de diversifier son activité en plantant des asperges qu’il commercialise sur les marchés: Auterive, Pinsaguel, Pamiers, Saverdun.
«C’est un véritable succès, au-delà même de nos espérances, explique l’agriculteur.
Les clients n’ont plus confiance en la grande distribution, sans être bobo, les gens préfèrent les productions locales et les produits frais […]
Si bien que nous avons mis en place une production de légumes de saison (carottes, poireaux) en complément de notre production d’asperges vertes»
Pierre-Jean, 19 ans vient de sortir du lycée agricole avec son diplôme en poche et déjà un projet individuel d’installation: sur ses 32 hectares irrigués, 5 hectares sous serre (pommes de terre, poireaux, carottes, asperges blanches, fèves), 20 hectares de maïs semence, un peu de soja, du tournesol et 5 hectares d’oignons porte grain:
«J’ai bénéficié d’un nouveau parcours balisé en relation avec la SAFER et la Chambre d’Agriculture […] mon projet de développement économique devrait être validé début avril»
Ce jeune agriculteur, en choisissant une agriculture vertueuse et des cultures à forte valeur ajoutée, entend approvisionner les collectivités territoriales (cantines du terroir), les restaurateurs, les marchés et faire aussi de la vente directe.
Et pour alléger les charges, notre jeune maraîcher a décidé d’adhérer à la Cuma de Mazères: «cet esprit d’entraide, de solidarité crée du lien social en milieu agricole c’est important de ne pas se sentir isolé»
Pour ceux qui n’ont pas pu faire le choix de la diversification, l’année 2009 a été difficile…
Michel Gianesini en a fait les frais.
Si son grand père était dans la vigne (quand on habite Royat, c’est de tradition), son père s’est dirigé vers les céréales; si bien qu’aujourd’hui ce jeune agriculteur installé en 2007 sur le bassin céréalier de Montaut, est à la tête de 150 hectares (maïs, blé tendre, blé dur, pois et colza).
Pour lui les marges par culture couvrent à peine les charges «ceux qui font du maïs semence s’en sortent mieux que moi» conclut-il un brin fataliste.
A quelques encablures de sa propriété, Bernard Cabrol s’applique à tracer ses sillons.
Depuis trente six ans il est céréalier à Mazères… dans quelques mois il vendra ses terres pour prendre une retraite méritée «c’est sans regret, une page se tourne»
Le temps des vaches maigres pour les éleveurs laitiers
Christian Lavigne, producteur laitier, tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois.
Après les distributions gratuites puis la grève du lait organisée à l’automne dernier pour obtenir une hausse des prix du lait, il a manifesté lundi à Paris avec son association l’APLI.
Ils étaient plus d’un millier venus de toute la France et des pays limitrophes dans une vaste «marche funèbre» dénonçant la dérégulation du marché européen qui a conduit selon eux à une chute vertigineuse des prix du lait.
Ils réclament tous la création d'un office du lait européen chargé de réguler les prix et les volumes de lait.
Pour le jeune Ariégeois rien n’a changé: «sur le fond, rien n'est réglé à ce jour. On n'a pas eu d'augmentation.
98% des producteurs de lait perdent de l'argent. Certains sont au bord du gouffre»
Les éleveurs jouent la carte de la valorisation
Gérard Bru, éleveur de gasconnes en Pays des Pyrénées cathares, n’a pas hésité en 1996 à franchir le pas vers la valorisation: «on ne gagnait rien, il y avait trop de concurrence avec l’Italie et l’Espagne […]
J’ai décidé de faire du bio. Ce n’est pas toujours facile pour trouver des aliments il faut souvent courir jusqu’à Tarbes mais maintenant je travaille avec deux bouchers toulousains et en filière courte sur le territoire»
En pleine saison des agnelages, Cédric Bernadac, éleveur de tarasconnaises en Haute Ariège, n’a pas de temps à perdre: il commence à 5 heures du matin et finit après 22 heures.
Pour lui aussi, la vie n’est pas un long fleuve tranquille: après les dégâts de la FCO, il a fallu gérer la chute des prix… mais son métier c’est sa passion, une passion qu’il vit tous les jours à 100%.
Pour Rémi Denjean, président du syndicat ovin de l’Ariège (FNO), l’année 2010 commence sous les meilleurs auspices:
«Nous avons obtenu un rééquilibrage des aides qui sont désormais alignées sur les autres productions.
Cela nous a permis d’acquérir une prime nouvelle avec une enveloppe globale de 125 millions d’euros pour notre filière.
Ces compensations supplémentaires pour les quatre ans à venir constituent une vraie victoire pour la filière ovine»
Effondrement des cours, vente à perte, perte de repères et d’instruments de régulation… que pense Emmanuel Lecomte, directeur de la chambre d’agriculture, de l’état de santé de l’agriculture ariégeoise?
Pour le directeur de la chambre consulaire, la période de crise est propice pour remettre en cause certaines habitudes et chercher des solutions pérennes:
«Nous travaillons en relation avec le centre de gestion afin d’identifier les marges de progrès notamment sur les charges de mécanisation car sur tous les systèmes de production il y a des progrès à faire pour réaliser des économies […]
Quelques pistes se détachent, notamment pour les céréales et l’agriculture biologique en relation avec des pôles agroalimentaires spécialisés installés dans le Lauragais.
En matière d’élevage, il faut chercher de la valeur ajoutée […] un gros travail est à réaliser avec la filière lait qui rencontre aujourd’hui d’importantes difficultés.
Notamment en cherchant de la valeur ajoutée, en connectant sur le territoire les producteurs aux fabricants de produits transformés […]
Nos priorités pour les trois ans à venir c’est le retour aux fondamentaux de l’agriculture: produire, bien produire, faire de la valeur ajoutée […]
L’Ariège a des atouts, ses agriculteurs doivent s’appuyer sur des systèmes d’exploitation performants»
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Des mesures pour venir en renfort à l'Agriculture
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