Vendredi matin les troupeaux en provenance de Montégut Avantès et de Rimont sont passés par le col de la Crouzette avant d’atteindre à l’heure du déjeuner la commune de Biert où ils passeront la nuit avant de repartir samedi matin pour la montagne et les prairies des estives.
Les plaquettes sont éditées et diffusées, les touristes ont déjà réservé, le traiteur est commandé mais le souci, et il est de taille, c’est qu’officiellement les troupeaux ne peuvent emprunter le territoire géré par l’Association Foncière Pastorale (AFP) de Massat-Le Port gestionnaire en Pays Massatois de 4400 hectares de pâturages de haute montagne parmi lesquels les remarquables estives des Goutets.
Malgré l’ambiance conviviale des éleveurs et l’optimisme des organisateurs qui feignent de ne pas savoir, le bureau de l’AFP n’a pourtant pas donné suite à la dérogation demandée par l’association Transhumances en Pays Massatois qui aurait permis de monter les bêtes avant le 1er juin.
De plus il a délibéré sur les dates officielles de la transhumances qui commencera cette année le 5 juin, (le week-end prochain donc) évoquant l’hiver particulièrement rude et le manque de ressources herbagères sur les estives.
Il faut préciser que depuis le 6 février 2010, le nouveau président de l’AFP est le charismatique Léon-Pierre Galy-Gasparrou, maire de Massat, dont les prises de position contre l’Aspap (association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège Pyrénées, farouchement opposée à la réintroduction des ours ) sont de notoriété publique.
Pour lui les transhumances en pays massatois sont des produits touristiques artificiellement créés depuis 1981.
«Ici il n’y a pas de tradition de montées aux estives accompagnées et ces transhumances ne concernent en aucun cas les éleveurs de Massat […]
C’est un évènement purement touristique qui ne se préoccupe ni des problèmes de ressources herbagères, ni des l’aspect vétérinaires latent …»
Le président de l’AFP campe donc sur ses positions et s’appuie sur la réglementation dont un arrêté préfectoral du 10 juillet 2008 organisant de manière très stricte les déplacements des bêtes, leur traçabilité et l’aspect vétérinaire d’une telle manifestation.
Face à lui Christian Vergé président de l’association des transhumances en Pays Massatois et toutes les «structures amies» qui soutiennent ces manifestations visant à «vendre un produit touristique ariégeois»
«Je ne crois pas à la raison écologique ni aux bons sentiments du nouveau président de l’AFP dont je doute de la légitimité (il a été élu par 4 personnes sur un conseil d’administration de 11 membres)…c’est une histoire politique.
Le 1er mars j’ai envoyé un courrier à la sous préfecture et à Claude Carrière président de l’association Pastorale de l’Ariège […]
C’est un évènement festif, avec vente de produits dérivés et animations folkloriques qui existe depuis 21 ans, je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui il faudrait y mettre un terme […] je suis très déçu de tels agissements»
Franck Noaillac, secrétaire général à la sous-préfecture de Saint-Girons en charge du dossier, joint par téléphone indique qu’il avait pris acte du report de la date de la montée aux estives, il a reçu les éleveurs, a rencontré le président de l’AFP et a tenté une médiation entre Messieurs Vergé et Galy-Gasparrou en organisant notamment une réunion de concertation le 27 avril à 10h en Mairie de Massat.
Pour lui «les négociations n’ayant pas abouti, la balle est dans le camp des éleveurs»
Concernant cette réunion dite de la dernière chance, les éleveurs ne s’y sont pas présentés.
Christian Vergé indique à sa décharge qu’il n’y avait pas été convié avant de rajouter «le 26 avril à 16h j’étais sur le site des Goutets avec Jean-François Rummens, directeur de la Fédération Pastorale.
Pour lui l’herbe était pacageable, tous les éléments concordaient pour la montée aux estives le 29 mai»
Léon-Pierre Galy-Gasparrou, élu par décision collective du bureau de l’AFP, ne l’entend pas de cette oreille car il est désormais seul gestionnaire de ce domaine privé.
«Les troupeaux ne trouveront pas de quoi se nourrir, je n’ai pas accordé de dérogation car la situation est préjudiciable pour l’estive et sa gestion technique […]
Si les règles ne sont pas respectées, les éleveurs encourent des sanctions et des poursuites […] personne n’a envie de se placer hors la loi, nous sommes ici dans un état de droit et mon rôle d’élu, c’est de faire respecter les règles de la République»
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