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Arboriculture: des techniques alternatives pour l'agriculture de demain
02/06/2010 | 22:56
© MidiNews 2010

Oies tondeuses, argile pulvérisée sur les feuilles, trèfle nain entre les arbres, utilisation d’insectes auxiliaires ou d’huiles essentielles à base de colza sur les troncs…

Les arboriculteurs ariégeois expérimentent des techniques alternatives pour se passer peu à peu de produits phytosanitaires car le Grenelle de l’Environnement vise à réduire de 50% l’usage de ces produits d’ici 2018.

Dans le département de l’Ariège, la Chambre d’Agriculture propose depuis plusieurs années une formation sur l’arboriculture en agriculture Bio réunissant des producteurs Bio, en conversion ou conventionnels car comme nous l’indique Eric Rossignol, conseiller agronome en charge de ce dossier, «il n’y a plus de clivage entre le Bio et le conventionnel […]

Cette formation est réalisée en partenariat avec la Chambre d’Agriculture du Tarn et Garonne et Jean-François Larrieux ingénieur chargé du dossier de l’arboriculture Bio sur Midi-Pyrénées.

Ces formations sont l’occasion pour les stagiaires de s’approprier des pratiques adaptées à l’Agriculture Biologique, de les tester chez eux, d’évaluer leurs impacts dans leurs vergers puis d’en parle
r aux autres stagiaires lors de réunions sur le terrain
»

Le cycle de formation vient de s’achever, il a permis de tester dans le verger de Ressegué près de Montaut les résultats de l’application de l’argile calcinée destinée à protéger les abricotiers contre le psylle, un insecte qui transmet à l’arbre une maladie virale dangereuse.

Dans la partie de son verger consacré aux pommiers, l’arboriculteur utilise pour l’entretien une trentaine d’oies «tondeuses» qui, contrairement aux moutons, n’endommagent pas l’écorce et reviennent très peu chers.

Quant au verger de Tourenc à Villeneuve du Paréage, l’arboriculteur a testé le trèfle blanc nain pour maintenir un couvert concurrentiel.

Mais c’est chez Alex Franck, sur la commune de St Quirc, que nous nous sommes rendus.

Il combine depuis 1999, date à laquelle il a décidé à passer en Bio, plusieurs techniques alternatives, l’expérience et le recul lui permettent aujourd’hui d’en parler et de faire partager ses connaissances.

Car ce n’est pas par hasard s’il est passé au Bio: «mes parents faisaient du conventionnel, et sur les vergers il n’y a pas la possibilité de réaliser des rotations, l’arboriculture à l’instar de la viticulture nécessite beaucoup de traitements, si bien qu’il arrivait à mon père de pulvériser près de 30 fois par an […]

Jusqu’au jour où il eut des problèmes de santé et où il a décidé de se connecter sur le Bio […] les trois premières années ont été catastrophiques, mais il fallait certainement en passer par là pour retrouver un équilibre !
»

Aujourd’hui, Alex a repris l’exploitation familiale (50 hectares en tout) et ses 5 hectares de vergers entourés de haies dénotent un peu dans le paysage des plaines d’Ariège majoritairement dédié au maïs semence.

«La première des mesures a été de planter des haies, nous explique le jeune agriculteur.

Pour séparer du voisinage et des effets des pesticides mais surtout pour accueillir insectes auxiliaires, oiseaux et abeilles […]

Nous avons la chance d’avoir ici une vingtaine de pruniers sauvages qui ont un rôle mellifère important et les mésanges nous aident à lutter contre les papillons dont les larves sont de véritables fléaux pour les pommes
»

A cela il faut ajouter en bordure de vergers des caoutchoucs dégradables imprégnés de phéromones femelles pour perturber la fécondation des papillons (on appelle cela la «confusion sexuelle» arme redoutable contre le carpocapse).

«En Bio il y a beaucoup de prévention et il faut être en alerte constante […] nous utilisons la lutte biologique avec virus (la carpovirusine), phéromones, auxiliaires (coccinelles, perce-oreilles, syrphes ou petits hyménoptères) […]

Il faut également faire preuve d’observation: les femelles des pucerons se nourrissent des feuilles de pommiers puis descendent dans le sol au pied des arbres pour passer l’hiver et se reproduire au printemps.

Après la récolte des fruits, je pulvérise les feuilles avec de l’argile calcinée ainsi les pucerons n’arrivent plus à les manger et au printemps en badigeonnant les troncs d’huile de colza, ils ne peuvent plus remonter […]

Enfin nous avons observé que les filets anti-grêle avaient un rôle non négligeable dans la lutte contre les papillons et les champignons (la tavelure) […]

La ventilation des arbres est importante pour prévenir des attaques des champignons et augmenter la qualité des fruits
»

Pour notre arboriculteur, si le conventionnel appelle à une surenchère de produits et de traitements (les insectes sont de plus en plus résistants aux produits par effet de mutation), le Bio fait davantage appel à l’imagination notamment pour adapter le matériel:

Par exemple il essaie actuellement un rouleau à griffes pour casser les tiges des herbes et maîtriser ainsi le couvert végétal tout en gardant la faune du sol.

Si autrefois les agriculteurs Bio devaient déployer beaucoup d’énergie pour aller vers une clientèle pléthorique, aujourd’hui les choses ont bien changé: on peut vivre du Bio et de la vente directe.

Depuis quelques semaines dans le cadre d’un projet expérimental mis en place par la SNCF, on retrouve les cerises d’Alex Franck dans des paniers fraîcheur composés de fruits et légumes Bio, proposés le jeudi à tous les abonnées du TER en gare d’Auterive (l’expérience pourrait s’étendre prochainement à la gare de Pamiers et concerner les maraîchers et arboriculteurs de la région appaméenne).

Outre la compote et le jus de pomme, l’arboriculteur vient de tailler ses pommiers à cidre et il entend dès l’hiver prochain se lancer dans la production de cidre Bio.

Alex et les arboriculteurs ariégeois qui ont suivi ces formations aux techniques alternatives évitant le recours aux produits phytosanitaires donnent un exemple d’approches qui seront probablement développées dans les autres productions dans les années à venir.

Techniques alternatives
Informations: Eric Rossignol
Conseiller agronomie
Chambre d’agriculture
Antenne Villeneuve du Paréage
05 61 60 15 30

actualites Ariege
auteur: Laurence Cabrol | publié le: 02/06/2010 | 22:56 | Lu: 12467 fois