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Tuberculose bovine... ne cédons pas à la panique!
02/09/2010 | 19:46
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La situation est grave mais pas désespérée. En 1955, 25% des exploitations françaises étaient atteintes  par la tuberculose bovine, en 2001 il n’y en avait plus que 0,03%…

Même si les chiffres ont considérablement baissé grâce aux progrès de la médecine et au travail des services sanitaires, pour autant on n’arrive pas encore à parler d’éradication de cette maladie qui touche actuellement encore  les régions d’élevage.

Suite au premier cas avéré sur le canton du Mas d’Azil, les éleveurs ont peur des amalgames et des raccourcis qui pourraient être faits à l’encontre de la profession, une profession déjà lourdement impactée par la crise économique et la dernière épidémie de fièvre catarrhale ovine.

Sur place, nous avons rendu visite à Patrick et Gérard Respaud, éleveurs de gasconnes au Gaec du Martinat, un élevage connu et reconnu par la qualité de ses bêtes, des bêtes à concours depuis trois générations.

«Nous n’avons rien pour l’instant, explique l’éleveur. Dès qu’on a appris ces problèmes nous avons appelé le vétérinaire et en deux jours nous avons rapatrié nos bêtes qui sont à cette époque de l’année sur une estive dans le Castillonnais.

Elles ont été vaccinées et sont suivies de près comme tous les élevages du canton […]
Il ne faut pas qu’il y ait de psychose de la part des consommateurs, des gens compétents veillent au suivi vétérinaire dans les abattoirs
»

Du côté de Matéo Sassano, boucher au Mas d’Azil, la viande de bœuf n’est pas encore boudée mais l’artisan doit se livrer à quelques explications devant les questions pressantes des consommateurs.

C’est au laboratoire vétérinaire départemental auprès du Dr Jean-Pierre Alzieu qui travaille de concert avec les services de l’Etat (notamment Pierre Jabert chef de pôle protection de la population) que nous avons eu les réponses techniques à nos questions.

Pour lui il est indispensable de parler de maladie et non pas d’épidémie…

«Il existe trois types de tuberculose: la première plutôt humaine (mycobacterium tuberculosis), la seconde plutôt bovine (mycobacterium bovis) et la troisième affectant davantage les volailles ou les porcs (mycobacterium avium) […]

Le point commun de ces maladies c’est qu’elles sont très résistantes dans le milieu, difficiles à cultiver en laboratoire.
L’incubation est longue et en général il n’y a pas de symptômes ou ils sont très tardifs voire très peu spécifiques
»

Après avoir étudié les prélèvements réalisés par la fédération départementale des chasseurs sur la faune sauvage (nous en reparlerons) le directeur du laboratoire départemental précise que la faune sauvage n’est qu’un témoin de l’infection des animaux domestiques, plutôt qu’un réservoir primaire:

«Cependant, si on laisse se développer les réservoirs bovin et humain, il y a de fortes chances que le réservoir de la faune sauvage augmente aussi»

L’incubation de la tuberculose bovine varie de six semaines à deux ans, actuellement les symptômes sont absents car les éleveurs soignent correctement leurs cheptels:

«Seul un diagnostic allergique avec contrôle indispensable en abattoir permet de repérer des lésions internes: 95% sont des lésions pulmonaires ou des réactions ganglionnaires (elles sont détectées systématiquement sur animal en abattoir)»

Concernant les sources de contamination, «c’est un peu comme la grippe: écoulement nasal, salive, expectoration et dans les matière fécales, ajoute le vétérinaire.

Il y a deux modes de contamination: introduction d’un animal porteur d’origine inconnu ou des résurgences du passé car dans certaines conditions le microbe peut persister dans une vieille étable à l’abri du soleil et peut survivre très longtemps […]

Je tiens à insister ce n’est pas une épidémie mais plutôt une évolution enzootique à bas bruit
»

Donc un microbe à forte résistance: deux mois en plein soleil dans une bouse jusqu’à cinq mois en hiver… étant sensible à la chaleur et aux ultra violets, il n’y a aucun risque à boire du lait pasteurisé.

Les diagnostics valables dans ce cas de maladie sont de deux ordres: diagnostic allergique du vivant de l’animal (l’intradermo-tuberculination systématique sur les bovins dans un rayon prédéterminé par les services de l’Etat et sur des bovins de plus de six semaines (la lecture sous 96h).

Cependant, cette méthode seule utilisable sur le terrain n’est pas fiable à 100% (seulement entre 85 à 90%), en effet elle ne permet pas de dépister les individus en tout début d’infection (2 premiers mois) ou en fin d’infection (dans ces deux cas pas de réaction allergique) d’où l’importance du diagnostic d’abattoir.

«Chronologiquement, on réalise sur une bête porteuse de ganglions ou d’abcès suspects des prélèvements sur lésions (examen microscopique, coloration de Ziehl), ils sont ensuite mis en culture (de 2 à 6 mois), c’est une opération un peu longue mais spécifique à 100% […]

Il faut bien insister sur le fait que l’on n’abat jamais un troupeau si on n’est pas certain que l’on est en présence de lésions et de mise en évidence du microbe par culture, on attend toujours d’avoir des conclusions formelles
» poursuit le Dr Alzieu.

Une enquête épidémiologique permettra par la suite de déterminer les origines du foyer, les cheptels qui ont pu être infectés, à partir de ceux qui ont été reconnus infectés (principe amont/ aval sur trois ans).

L’identification de ces animaux est faite par les services de l’ancienne DDSV (devenu pôle protection de la population depuis la réforme des services de l’Etat).

Actuellement, douze exploitations sont sous surveillance et des mesures individuelles sont prises: il faut notamment éviter les mouvements d’animaux et quand les éleveurs partagent en commun leur matériel, il est conseillé d’éviter de s’en servir sans l’avoir désinfecté au préalable.

Pour le directeur du laboratoire vétérinaire il est indispensable de ne pas céder à la psychose ou à la surenchère et continuer à consommer lait et viande bovine.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 02/09/2010 | 19:46 | Lu: 13278 fois