Régulièrement, on fait le même constat: on manque de légumes cultivés en Ariège.
Et donc logiquement de maraichers pour les produire (il y aurait à l’heure actuelle une trentaine de maraichers installés en bio en Ariège).
Les terres de basse Ariège, qui étaient il y a encore quelques décennies couvertes de maraichers, se sont transformées en terrains d’habitation, exploitations céréalières, voire en gravières*.
Il s’agit donc aujourd’hui de repartir à la conquête cette activité agricole.
Car la demande est là.
D’abord avec un besoin croissant en produits locaux pour les cantines de la restauration collective (école, maison de retraite et autres).
Mais aussi pour les consommateurs, qui se tournent de plus en plus vers des légumes bio produits localement.
Mais dans un contexte particulièrement complexe, ce simple constat ne suffit pas à faire bouger les choses.
Car il faut, à chaque cas de figure, arriver à mettre face à face un agriculteur ayant un projet sérieux et viable, une terre disponible, et la capacité de financer le tout.
Philippe Dausque, qui œuvre à structurer la filière du maraichage bio pour le CIVAM 09, admet que «les jeunes mettent de nombreuses années à arriver au bout du tunnel»
Et il insiste, «on a un problème crucial de manque de volume de production. Il faut absolument se réveiller.
Et faire que des jeunes s’installent dans de bonnes conditions sur des projets professionnels»
L’accès au foncier, à la terre, reste le principal blocage évoqué par tous.
Et pour le maraichage, on ne peut pas s’installer n’importe où.
Il faut des terres riches et légères, souvent en bord de cours d’eau, «très convoitées par les céréaliers et les éleveurs» résume Fabien Fournier maraicher à Dun.
Il ironise «un maraicher ne peut pas s’installer sur une plaine argileuse avec des cailloux et sans eau !»
Les terres qui pourraient servir à la production maraichère sont aussi parfois utilisées à d’autres fins.
On sait par exemple que des associations en Basse Ariège se sont mobilisées à plusieurs reprises contre la prolifération des gravières, qui mobilisent des hectares pour l’extraction de gravats.
Les parcs photovoltaïques sont aussi accusés de «gâcher» des terres agricoles.
Autre tension: la formation et la transmission du savoir qui serait pour le moment insuffisante, et qui permet pourtant de ne pas aller au «casse pipe» en s’installant.
«On ne peut pas s’inventer maraicher en quelques semaines, note Philippe Dausque.
Avec les jeunes professionnels en Ariège, on va essayer d’ étoffer la base de maitres de stage pour pouvoir accueillir des stagiaires»
Autre point important: la volonté politique des collectivités (municipalités notamment) d’installer de jeunes agriculteurs.
Fabien Fournier a eu la chance de trouver un soutien important auprès de la mairie de Dun (qui a d’ailleurs racheté de nombreuses terres pour les destiner au maraichage).
Et le jeune agriculteur est réaliste, «c’est vrai que si les communes ne font pas d’efforts pour racheter des terres et installer des jeunes, ça ne pourra pas aller dans le bon sens»
A Pamiers, l’élu municipal Claude Deymier planche sur le dossier.
Mais selon lui, il est difficile de travailler à l’échelle d’une ville quand les possibilités d’acquisition du foncier sont devenues limitées, «il faudra plutôt à mon sens se tourner vers le pays»
Quant au choix de l’agriculture biologique, c’est une évidence pour Fabien Fournier, «la plupart des AMAP cherchent des maraichers bio.
Cela donne une crédibilité, une humanité, un respect de la terre, de la vie microbienne du sol»
Pour pouvoir fournir la restauration collective, il a décidé de s’associer à d’autres maraichers.
Quant au technicien du CIVAM Bio, il est plutôt optimiste, «si on s'y prend bien comme on est parti en ce moment avec la chambre d’agriculture, on arrivera à avoir des résultats, avec de plus en plus d’installations»
Une trentaine de dossiers d’installations en agriculture biologique sont d’ailleurs actuellement en attente.
*Les gravières sont des chantiers d’extraction de granulats (fragments de roche utilisés notamment dans le bâtiment). Il y a de nombreux projets d’exploitation en Basse Ariège.
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