Toute cette semaine, les pompiers de Tarascon et de toute la Haute Ariège ont dû intervenir pour tenter d’éteindre les feux de végétation.
Très nombreux en ce début de saison des écobuages, cette pratique est très règlementée par la Préfecture, parfois interdite, et est pourtant une pratique ancestrale.
Très utilisée en Ariège comme dans toutes les Pyrénées, l’écobuage est une technique agricole pratiquée encore dans le monde entier.
Il s’agit de mettre le feu aux végétaux sur pied, à même le sol, souvent plébiscité sur des terrains d’accès difficiles, en pente ou inaccessibles par des barres rocheuses.
Etymologiquement, le terme écobuer provient du lexique poitevin qui voulait dire «terre pelée»
La technique consistait donc à arracher les herbes d'un champ, les brûler et en disperser les cendres sur le sol afin de le fertiliser.
La méthode a ensuite évolué en une simple mise en feu des pâtures qui permet à l’herbe tendre de repousser.
Pour bien comprendre le phénomène de cette pratique ancestrale qu’est l’écobuage dans les Pyrénées, il est indispensable d’en connaître l’historique.
Dans des périodes ancestrales, il s’agissait en fait d’une méthode de mise en culture des landes et prairies, par enlèvement à la houe et calcination de la couche superficielle du sol.
L’usage du mot écobuage est un glissement de sens qui a été imposé au 19ème siècle par l’administration forestière.
Depuis les origines du pastoralisme, le feu a été un outil incontournable de construction et d’entretien des espaces pastoraux.
En effet, le défrichement des sols pauvres, du Néolithique jusqu’aux derniers déboisements des 18ème et 19ème siècles, a abouti dans la majorité des cas à des landes où dominent les plantes ligneuses au détriment des herbacées.
Dans les Pyrénées, on trouve en estives les landes à bruyères (Callune ou Bruyère vagabonde) et myrtilles, ou à genêt purgatif (dans la partie méditerranéenne); dans les parties basses dominent les landes à fougères, le genêt à balaie, l’ajonc.
L’action du troupeau à lui seul ne suffit pas à maintenir en pelouse les pâturages, et l’écobuage périodique, qui se pratiquait de l’automne jusqu’au début du printemps, permettait la destruction temporaire des ligneux et favorisait la repousse des plantes fourragères, peu touchées par le feu.
Pour protéger les boisements, l’administration forestière s’était fermement opposée dès le début à cette pratique: l’Ordonnance des Eaux et Forêts de 1669 prévoyait la condamnation au fouet pour les incendiaires de landes, et les galères en cas de récidives.
Pourtant, dès la fin du 19ème siècle, les forestiers chargés des améliorations pastorales durent admettre la logique agronomique du feu, et l’intégrer parmi les techniques qu’ils utilisaient.
Aujourd’hui, l’écobuage n’est pas interdit, mais il est réglementé dans chaque département par des arrêtés préfectoraux.
Au cours des dernières décennies, la diminution de la pression pastorale, de la main d’œuvre disponible et l’enfrichement des pâturages ont changé les conditions des mises à feu, accroissant les risques.
Malgré les actions menées depuis la fin des années 1980, dans chaque département des Pyrénées, pour mieux maîtriser l’usage du feu dans l’aménagement pastoral et améliorer les techniques (commissions locales de concertation, cellules de brûlage dirigé) nous sommes actuellement en présence de nombreux feux non contrôlés ou échappant à tout contrôle des commanditaires.
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Ariège: la montagne s'embrase


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