La région Midi-Pyrénées est la troisième région de France pour le nombre de ruches et d’apiculteurs professionnels qui y sont installés.
Côté amateurs, ils sont pléthores à vouloir apprendre à faire leurs propres miellées.
Selon Michèle Arabeyre, présidente du Groupement d’intérêt économique (GIE) Apicole, «l’année 2010 a été une excellente cuvée pour les apiculteurs grâce au climat: des températures au-delà des 20° et un bon taux d’hygrométrie»
Le GIE Apicole Ariège Pyrénées, créé en 1978, compte pas moins d’une quarantaine d’adhérents actionnaires (tous apiculteurs).
Basée sur la commune de l’Herm, la boutique vend du matériel apicole (il faut compter 93€ pour une ruche équipée) et propose grâce au Rucher-Ecole ouvert depuis le mois d’avril 2010, des formations pour les amateurs, débutants ou pour tous ceux qui veulent apprendre les bonnes pratiques pour se lancer dans l’apiculture.
C’est Georges Arabeyre, apiculteur depuis plus de vingt ans à Soulan, commune de Roquefixade, qui dispense les cours théoriques et pratiques: il enseigne la connaissance du matériel et de la vie de la colonie:
«Le but c’est de pouvoir tout seul ouvrir une ruche, reconnaître la reine, diagnostiquer l’état du couvain […] en une seule année, nous avons eu 26 stagiaires.
Actuellement beaucoup veulent s’engager dans cette voie car ils ont appris que les abeilles allaient mal, ils veulent gérer leur propre ruche pour leur consommation personnelle de miel»
Avec le recul et toutes ces années de pratique, Georges a pu constater un net changement de comportement dans les ruches: «il fut un temps où les abeilles essaimaient une fois avec 2 ou 3 cellules royales.
Maintenant ce n’est plus pareil, s’il y a 10 cellules, elles essaiment 10 fois et il n’y a plus moyen de faire du miel.
Autrefois on recevait en héritage une ruche et on n’avait rien à faire, le miel se faisait tout seul!
Aujourd’hui, même l’apiculteur amateur doit travailler différemment s’il veut conserver sa ruche. C’est à nous à leur enseigner ces nouvelles pratiques»
Un engouement proportionnel chez les amateurs à l’exaspération des professionnels qui rencontrent de graves problèmes de mortalité: en 2009, plus de 2500 ruches touchées dans le seul département de l’Ariège, 50 millions d’abeilles mortes et des apiculteurs obligés d’abandonner leur activité pour chercher du travail et faire vivre leur famille.
Force est de constater que depuis quelques temps on assiste à une importante diminution des colonies, une forte mortalité voire même la disparition massive et soudaine des ouvrières.
Les spécialistes l’expliquent par une convergence de facteurs: depuis 1950 les pesticides rivalisent d’efficacité chez les semenciers: malgré la suspension du Gaucho en 1999 puis du Regent, les firmes, des multinationales, ne reconnaissent toujours pas la toxicité de ces pesticides (elles utilisent aujourd’hui des néonicotinoïdes, une classe d'insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes).
De plus, les échanges internationaux ont introduit en Europe le Varroa, petit acarien parasite de l’abeille adulte, le frelon asiatique dont le régime alimentaire est constitué à 80% d’abeilles domestiques ou plus récemment la loque américaine qui s’attaque au couvain et opercule les cellules... autant de facteurs à risques pour les abeilles.
Le GDSA (Groupement de défense sanitaire apicole) de l'Ariège dépend de l’Association de Développement de l’Apiculture en Midi-Pyrénées (ADAM) basée à Castanet Tolosan.
Il travaille en relation avec les services de l’Etat et a mis en place 5 ruchers témoins, régulièrement visités par les agents sanitaires et le vétérinaire conseil, le Dr Lydia Vilagines. Le Rucher Ecole de l’Herm en fait partie.
«Nous avons enregistré depuis quelques temps des mortalités importantes, explique le Dr Vilagines: en 2009 plus de 60% du cheptel ariégeois, en février 2010 on pouvait estimer les pertes à 40% en moyenne pour les adhérents du GDSA et cette année à la sortie de l'hiver elles sont de l’ordre de 30% [...]
Il ne s'agit pas d'une grosse mortalité comme les années précédentes mais elle fluctue selon les élevages»
Selon la vétérinaire, on assiste aussi à un certain fatalisme de la part des apiculteurs qui ne font plus remonter les pertes enregistrées dans leur cheptel.
Le GDSA a décidé de prolonger dans le temps les ruchers témoins (à l’origine ils n’étaient mis en place par les services de l’Etat que pour une période d’une année).
Pour le vétérinaire conseil, ils révèlent de précieuses informations: «aujourd’hui il faut être plus rigoureux qu’hier, il faut mettre en place de nouvelles pratiques.
Le petit apiculteur n’y arrive plus s’il travaille comme avant car pour lui aussi les aléas climatiques brouillent la donne, les ressources alimentaires ont changé (les milieux se ferment, il n’y a plus de haies) et l’usage de pesticides est trop régulièrement répandu […]
Les causes de disparition des abeilles sont multifactorielles (pesticides, varroas sur abeilles affaiblies) et on a du mal à démontrer la source du problème.
On a tout intérêt à apporter une aide technique (bonnes pratiques, visites sanitaires, prélèvements) aux apiculteurs qui veulent se lancer dans l’aventure y compris à l’échelle d’une apiculture de loisir»
C’est pour cette raison que le Dr Vilagines intervient dans la formation dispensée au GIP par Georges Arabeyre.
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Bilan sanitaire des abeilles ariégeoises







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