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Et si l'avenir de l'Ariège c'était la montagne?

© midinews 2013

La loi montagne va fêter l’an prochain son trentième anniversaire, initiée pour reconnaître la montagne comme «un ensemble de territoires dont le développement équitable et durable constitue un intérêt national»

Elle a permis une reconnaissance de l'identité montagnarde, la mise en œuvre d’une politique à l’échelle des massifs, la préservation de l’agriculture de montagne, le développement maîtrisé de l’économie touristique, la protection des espaces naturels sensibles… aujourd’hui beaucoup d’acteurs de la montagne estiment qu’il faudrait la revoir.

Lors du 29e congrès de l’ANEM (association nationale des élus de montagne née de cette loi montagne) qui s'est tenu il y a quelques jours à Cauterets, des élus ont appelé à la moderniser. D’autres, comme Jean Pierre Bel, président du Sénat et lui-même élu d’un territoire de montagne, ont fait part de leur attachement à ce texte.

Mais c’est en rencontrant tous ceux qui participent à apporter de la vie sur ces territoires de montagne que l’on se rend véritablement compte de l’utilité de la politique de la montagne qui fait de ce territoire un espace de vie, d’économie et de biodiversité.
La montagne, un territoire de vieCe matin comme toutes les semaines, Philippe Lacube, éleveur à Verdun, monte à 800 m d’altitude sur les corniches entre les communes de Cazenave et Senconac, une zone intermédiaire où son troupeau de gasconnes va passer plusieurs semaines jusqu’aux premières neiges avant de redescendre dans l’étable en fond de vallée.

Les vaches ont profité cet été de l’herbe abondante de l’estive de Beille à 1800 m d’altitude. La montagne impose son rythme, les bêtes suivent le même parcours depuis des centaines d’années.

Les veaux naissent l’hiver à l’étable ou sur les près de fauche, la zone intermédiaire accueille les troupeaux au printemps et à l’automne (pré-estive ou retour d’estive).

Depuis toujours, ce paysage est façonné par la présence de ces animaux. «La loi montagne nous a permis petit à petit de bénéficier de textes qui nous ont aidés à passer de droits d’usages immémoriaux à des actions très concrètes sur le terrain qui ont contribué à maintenir les territoires en vie, explique l’éleveur.

Ici par exemple nous avons monté il y a une dizaine d’années une association foncière pastorale (AFP). Tous les propriétaires se sont regroupés autour d’un espace de 180 ha maîtrisé par les éleveurs de la commune qui derrière ont installé des clôtures, créé des points d’eau, des aménagements pour avoir une utilisation rationnelle de cet espace partagé avec les randonneurs, les chasseurs, les promeneurs.

Voilà ce que la politique de la montagne nous a permis de réaliser pour le bien de la collectivité. Nous, éleveurs, nous en sommes les garants en matière d’entretien mais il bénéficie à tous
»

Fruit du travail de tous, ce territoire permet de produire de la viande, du fromage, du miel d’une grande qualité gustative mais selon Philippe Lacube, pour que cette économie perdure, il faut une véritable politique de la montagne.

«Ces politiques ont été initiées dans les années 80 par des élus visionnaires. Il faut évidemment que l’Etat entende cela. On a une ANEM dynamique, elle doit nous aider à poursuivre le développement de ce territoire de montagne pour qu’il soit un territoire de vie, d’économie et de biodiversité»
L’homme qui sait parler à l’oreille des vaches«Petit, petit, venez mes filles, venez, n’ayez pas peur…» Robes grises, yeux ourlés de noir, museau espiègle, les vaches de Philippe ne se font pas prier, elles traversent les champs de fougère et descendent les pentes herbues pour venir à la rencontre de l’éleveur qui leur porte une gâterie, du sel.

«Pourquoi leur donner du sel?… et bien elles en ont besoin pour fixer l’eau et puis surtout cela permet de garder le contact, regarder si tout va bien, si le bêtes ne sont pas blessées.

On pourrait disposer des boules de sel sur les arbres mais ce n’est pas pareil! Les rapports ne sont pas les mêmes entre un tronc d’arbre et la main de l’homme… elles font plaisir à voir.

Ces moment-là ont importants c’est pour cette raison que l’on fait ce métier, pouvoir partager un moment de quiétude et de tranquillité face à la vallée d’Aston et le plateau de Beille !
» s’enthousiasme l’éleveur, heureux de nous faire partager ce moment privilégié, sa passion, sa vie en quelque sorte.

A ses côtés, Lucien (76 ans) son oncle qui lui a vendu il y a 20 ans l’exploitation et qui connaît la montagne comme sa poche et Jason (22 ans), son fils, destiné après son Master à travailler à ses côtés dans l’entreprise familiale.

«Cela nous permet de garder le lien avec les bêtes mais ca donne aussi du sens à notre métier car c’est un moment que l’on partage entre plusieurs générations. Il n’y a pas beaucoup de métiers, ni d’endroits où chacun peut avoir sa place comme on l’a ici... c’est fabuleux»

En face les crêtes saupoudrées de neige déroulent un paysage panoramique à 180 degrés. Bienvenue au pays des vaches heureuses!

Laurence Cabrol | 31/10/2013 - 18:19 | Lu: 42376 fois