La commission européenne agite le chiffon rouge sur les produits de montagne: les Ariégeois vigilants
«Cela ruine près de quinze années de travaux et de négociations»
Pour Alexia Rouby, directrice d’Euromontana (Association européenne pour les zones de montagne), la réaction à l'approbation imminente par la Commission européenne d'un acte délégué décrivant les conditions d’utilisation de la mention de qualité «produit de montagne» est sans appel.
Une décision en effet votée par la commission européenne début janvier 2013 n’attend plus que ces décrets, appelés ici acte délégué, pour entrer en œuvre malgré les fortes inquiétudes suscitées. Et, la France qui a une législation plus contraignante en la matière pourrait bien en subir les effets pervers.
Pour les agriculteurs ariégeois qui tentent de développer de véritables filières à l’échelle du massif, créatrices de valeur ajoutée et de maintien de la vie dans les territoires de montagne, cela reste une mauvaise nouvelle.
Jointe par téléphone, Alexia Rouby, basée à Bruxelles, nous délivre les tenants et aboutissants de cette mesure. «Euromontana est une association européenne qui fédère 65 membres dans plus de quinze pays européens et travaille de longue date auprès de la commission à l’établissement d’un signe distinctif, à l’instar de ce qui se fait en France pour les produits de montagne. Sans être une nouvelle marque ou un nouveau label, il s’agissait de porter une mention facultative de qualité produits de montagne»
Cette mention devait donc s’appliquer pour schématiser à tous les produits de montagne, élevés, produits et transformés en zone montagneuse. Or, dans un souci de pragmatisme est-il souligné dans cette même directive européenne, deux éléments en particulier suscitent l’inquiétude des agriculteurs jusque-là plutôt favorables au projet.
C’est tout d’abord la possibilité qui est donnée d’apposer cette mention produit de montagne dans un périmètre élargi à trente kilomètres du bord de la montagne. Par ailleurs, la commission de l’agriculture exige un minimum de 60% d’aliments produits en montagne pour les ruminants et 50% pour les non-ruminants, sans tenir compte des conditions géographiques voire des éléments climatiques pour ce faire.
Pour Alexia Rouby, «la commission a péché par laxisme dans le premier point relatif à la transformation et sévérité pour le second visant l’alimentation. Ainsi, plaide-t-elle, ce périmètre des trente kilomètres permettra d’apposer la mention produits de montagne dans des zones urbaines comme Turin, Milan, le couloir Rhodanien ou dans presque toute la Slovénie, où même à Toulouse, ironise-t-elle.
De là à imaginer, poursuit-elle, tout haut que des industriels avisés installent des outils de production et d’abattage au pied des zones de montagne pour profiter de cette mention, il n’y a qu’un pas» qu’elle n’hésite pas à franchir pointant du doigt «le danger que cela représente en puissance pour l’emploi et l’économie montagnarde frappée de cette concurrence face à des industriels» qui auront tôt fait de s’adjuger la valeur ajoutée, on l’imagine.
Clairement pour elle, le dossier devient éminemment politique face à ces différents enjeux mais «on ne peut appliquer partout en Europe cette logique des trente kilomètres»
Quant à la question de l’alimentation, Alexia Rouby pointe du doigt que c’est «effectivement un élément essentiel pour les ruminants dont la moindre des choses est qu’effectivement ils se nourrissent sur place en zone de montagne. Pour autant, l’alimentation des porcs se basant essentiellement sur la céréale est impossible, exclusivement en zone de montagne»
En jeu «c’est la crédibilité auprès des consommateurs»Aussi, dans les instances d’Euromontana on souhaite ardemment qu’avant de déposer ces décrets d’application, la commission y réfléchisse à deux fois. Car, hormis la problématique emploi sur des bassins économiques de montagne déjà très difficile, à terme c’est la crédibilité de l’ensemble des produits qui se posera en termes de qualité aux yeux des consommateurs… avec le risque que l’ensemble des zones de montagne aient à partir d’une mention qui tire les exigences de qualité et les critères vers le bas.
Interrogé sur ces aspects, François Toulis, président de la chambre d’agriculture, se dit en accord avec les craintes avancées par l’organisation Euromontana. «Il faut en savoir plus mais effectivement l’appellation produits de montagne est très importante pour les agriculteurs de montagne.
L’idée, c’est de produire de manière le plus autonome possible et de transformer ces produits en montagne, donc de mettre de la valeur ajoutée sur la montagne. Si on autorise la délocalisation en tout ou partie en dehors des zones de montagne bien sûr on perd de la vie économique sur la zone massif.
Je pense qu’il serait raisonnable qu’on reste avec une appellation produit de montagne à condition qu’elle soit produite, élevée, abattue, transformée en zone de montagne. S’il y a des cas particuliers, comme par exemple l’abattoir de Pamiers qui peut abattre des animaux venus de la montagne, on ne va pas construire un outil spécifique pour faire ce travail. Mais cela doit rester l’exception dans la limite d’une autorisation, par dérogation spécifique au cas par cas»
Pour le président de la Chambre qui prend cette affaire au sérieux puisqu’il se rend à Bruxelles pour en débattre, «il faut rester vigilant sinon on va se retrouver avec des produits qui n’ont plus de montagne que le nom et qui ne mettent surtout pas la vie économique sur la montagne.
D’autant, insiste-t-il, que ce dispositif autoriserait une double concurrence, parfois déloyale, des produits ariégeois mais transformés et commercialisés ailleurs ou de la concurrence d’autres produits d’autres massifs, français et européens qui n’auraient plus ces contraintes et pourtant bénéficieraient de cette mention produits de montagne mais n’en auraient que le nom.
On travaille tous ensemble pour faire en sorte de mettre de la valeur ajoutée sur le massif: produire, transformer commercialiser sur le massif avec le travail de l’ACAP, conclut François Toulis, donc si on veut garder ça, il faut qu’on garde cette appellation pour la zone de montagne. Le but c’est de garder la vie, l’économie sur la zone de massif»
| Attention aux mentions abusives Pour David Pagès, directeur de l’AMAP, qui se veut un outil d’accompagnement aux initiatives dans les domaines de l’agro-alimentaire à l’échelle du Massif Pyrénéen (englobant trois régions), ce type de mention valorisante, tel «produit de montagne» ne correspond ni à un label ni à une certification établie sur la base d’un cahier des charges strict. Pour autant l’état a défini clairement les zones de montagne. On peut en extrapoler toutes les matières premières (de l’alimentation aux élevages) entrant dans la production et transformées en zone de montagne. «Pour autant, insiste-t-il, ces notions introduisent simplement une spécificité qui ne peut être vérifiée qu’à postériori en cas de recours». C’est principalement la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) qui peut alors intervenir en cas de recours (de consommateurs ou de concurrents) si une notion de tromperie manifeste devait apparaître. |
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