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Un collectif ariégeois de Paysans sans terres prend naissance à Taurignan-Vieux

© midinews 2013

Il est fait de l’aide à l’installation des jeunes agriculteurs une priorité par la plupart des instances intervenant dans le domaine agricole, en ligne directe des toutes dernières directives nationales. Parmi elles, figure la SAFER qui inscrit cette priorité dans les toutes premières lignes de son site Internet.

Pourtant ce week-end dans la salle des fêtes de Taurignan-Vieux, ce sont plus d’une centaine de personnes concernées par ces problématiques d’accès au foncier et d’installation pour l’exploitation de la terre qui se sont réunies et ont décidé la création informelle d’un collectif de paysans ariégeois sans terres.

Une démarche née des difficultés de trois jeunes agriculteurs -Jimmy Ribeiro, Patrick Blondel et Guillaume Tougne- qui ont souhaité se porter acquéreurs dans le cadre d’une procédure rigoureuse orchestrée par la SAFER, d’environ 40 ha situés sur les communes de Taurignan-Vieux et Gajan. Chacun ayant produit un dossier complet et pensaient-ils suffisant pour démontrer la viabilité de leurs exploitations respectives.

Or, c’est finalement un autre projet, l’agrandissement d’une propriété familiale existante au profit d’un agriculteur aux compétences certes reconnues, qui a été préféré. Celui-ci se portant acquéreur du lot dans son ensemble dans le cadre d’un partenariat sous forme de GAEC avec son fils, alors qu’il est déjà propriétaire d’une exploitation de 170 ha.

Malgré diverses démarches entre juin et septembre et fort du soutien du maire de Taurignan-Vieux, Magalie Bernère, du Comité technique agricole du Pays Couserans, du PNR mais aussi du vice-président chargé de l’agriculture au sein du conseil régional en la personne de François Calvet, le 17 octobre dernier un ultime recours auprès du conseil d’administration de la SAFER se soldait par l’attribution définitive de ce lot de 38 ha au profit du GAEC et de son projet d’agrandissement.
Une incompréhension devant l’opacité du fonctionnement de la SAFER
Jimmy Ribeiro, la quarantaine, venu de la région parisienne pour s’installer après maintes périodes de formations spécifiques dans le maraîchage Bio avec toute sa famille résume l’état d’esprit qui règne.

«Nous avions un vrai projet de famille, un projet de vie. On a tout fait pour bien coller aux conditions d’octroi imposées par les dossiers de candidature. Parallèlement on dit partout qu’il faut pousser à l’installation des jeunes agriculteurs et dans ce cas précis nous étions trois à vouloir nous installer sur des projets distincts bien établis. Or, on s’aperçoit que dans les faits les décisions prises vont à l’encontre des politiques prônées»

Reconnaissant au propriétaire finalement retenu une réelle notoriété et des compétences certaines, Jimmy Ribeiro comme Patrick Blondel se font porte-paroles du collectif pour dénoncer ce qu’ils considèrent être un clientélisme évident.

Patrick Blondel, qui a fait ses preuves comme exploitant du Fournil de l’Oie à Irazein et souhaitait récupérer environ 23 ha pour cultiver des céréales bio pour faire son pain, ne comprend pas non plus cette décision.

«A l’échelle de l’Ariège on estime à quarante le nombre de paysans sans terres, avec un projet viable, prêts à démarrer, sur un total d’environ 80. Parallèlement l’Ariège connaît un fort taux de chômage alors qu’il y a des jeunes qui veulent bosser mais ne peuvent pas le faire parce qu’ils n’ont pas de terres ou que les prix grimpent chaque année. Et puis il y a tous ceux qui ont des contrats précaires et galèrent sur les exploitations des autres»

A la SAFER, depuis on a fait savoir que les conditions d’octroi l’ont été de manière démocratique et que cette problématique suscite régulièrement débats. Pour autant on assure que les cas des trois jeunes agriculteurs seront pris en compte afin de trouver une solution.
Un cas d’école qui pose crûment le problème du type de sociétés dans lesquelles nous voulons vivre, spécifiquement en milieu ruralDans l’immédiat, le collectif s’est donné des missions. «Il s’agit avant tout de sensibiliser les élus, les décideurs ainsi que le grand public, énonce Patrick Blondel. Nous souhaitons aussi mettre sur pied une veille foncière accrue puis mettre en relation l’ensemble des acteurs (élus, agriculteurs précaires, porteurs de projets, etc.) afin de partager l’information, de sensibiliser chacun et d’échanger sur ces problématiques. Nous souhaitons aussi mieux accompagner les porteurs de projets, pouvoir apporter des conseils»

Dans leur cas, la dernière solution reste un recours gracieux dont le résultat reste très hypothétique. N’en reste pas moins pour Jimmy Ribeiro qu’avec ce mouvement le collectif des paysans sans terres souhaite dénoncer le parcours du combattant promis aux jeunes agriculteurs qui veulent s’installer.

Au delà, il veut y voir un réel «problème de société interrogeant la place de l’agriculture dans les modèles actuels, à plus forte raison celle d’une agriculture bio de dimension humaine. Il faut savoir quel tissu social et agricole nous voulons»

Magalie Bernère, venue aussi assister aux échanges, ne cachera pas «sa grosse déception qui est celle d’une élue rurale» confortant à sa façon ces propos: «nous avions la possibilité de créer cinq emplois directs sur notre petite commune de 250 habitants, de diversifier l’agriculture via des produits de qualité en circuits courts dans le respect du développement durable… en tant qu’élue c’est très décevant et très frustrant»

«Ces porteurs de projets avaient le soutien de la région Midi-Pyrénées, constate à son tour François Calvet. Au-delà de la souffrance d’élu face à cet échec, reste une incompréhension sur la position de ce que l’on appelle la profession agricole. C’est tout à fait regrettable»

«On veut installer des jeunes dans le Couserans, poursuit le conseiller régional, c’est la force vive du territoire qui en dépend, je suis révolté. Nous avons entrepris des démarches directes auprès du ministère de l’Agriculture»

Le collectif ariégeois des paysans sans terres: [email protected]


Un rassemblement du collectif ce jeudi 21 novembre

La démarche de ces paysans sans terres n’est pas finie.

Les 140 personnes du collectif ariégeois ont décidé de mener une action pour dénoncer les méthodes d'attribution des terres et la problématique de l’accès au foncier par un vaste rassemblement ce jeudi 21 novembre à 10h sur le parvis de l'Estive à Foix.
Sylvain Sastre | 20/11/2013 - 18:23 | Lu: 39069 fois