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Au coeur des évolutions sur une longue échelle, le glacier d'Arcouzan, cet autre élément du patrimoine des Pyrénées Ariégeoises

© midinews 2013

Initiée en 2011 par le Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises et les géomètres experts de l’Ariège, la campagne de mesures du glacier d’Arcouzan est devenue un rendez-vous régulier qui a eu lieu en 2011, 2012 et 2013.

Elle associe également les bénévoles de l’association des Amis du Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises, le Conseil Scientifique du Parc présidé par Alain Mangin, hydrogéologue, ancien Directeur du laboratoire CNRS de Moulis, les glaciologues pyrénéens de l’association MORAINE et les éditions de l’Ariégeois. Depuis cette année la société Exagone est devenue partenaire de l’expédition.

Situé dans le massif du Mont Valier, au pied de la face Nord-Est, entre 2 300 et 2 500 mètres, le glacier d’Arcouzan, le plus oriental des Pyrénées, est le seul glacier pyrénéen situé dans un massif de moins de 3 000 mètres d’altitude. Il en est aussi le plus petit. Original à plus d’un titre, le glacier d’Arcouzan est l’un des plus difficiles d’accès.

Pourtant au fil des expéditions successives, ce patrimoine encore méconnu ou seulement de quelques montagnards locaux, un brin aventuriers, entre progressivement dans l’esprit et le cœur des Pyrénéens confortant l’image des Pyrénées Ariégeoises comme territoire préservé de haute montagne.

«Pour moi, concède Alain Mangin, c’est un glacier anormal, il ne devrait pas être là. Nous devons rendre hommage à nos prédécesseurs, en particulier Marcel Blazy, cite-t-il, ou encore aux travaux actuels de Pierre René, glaciologue et la nouvelle impulsion donnée par le PNR des Pyrénées Ariégeoises, qui nous permettent d’en savoir plus sur ce glacier»

Justement, ce n’est seulement «qu’au milieu des années 90, révèle l’hydrogéologue, qu’il a été reconnu officiellement comme glacier. Amas de neige qui se meut sous l’effet de son propre poids par le fait de la pesanteur, il faut distinguer le glacier d’un névé permanent. Aujourd’hui nous avons des critères objectifs que conforte son caractère dynamique. Le glacier se meut, laisse des traces, rabote la montagne et engendre des crevasses»
Témoignage des évolutions passées et bon indicateur de celles à venirGrâce à la mutualisation des moyens humains, financiers et techniques de chacun des partenaires, chaque expédition, qui constitue en soi une vraie aventure humaine, permet de mesurer les modifications du glacier, d’en savoir plus sur lui.

«Il faut savoir, rappelle Alain Mangin, qu’à l’époque glaciaire, moins de 80.000 à 60.000 ans avant notre ère, durant ce qu’on a appelé le pléni-glaciaire, le glacier recouvrait toute la vallée de l’Ariège, de Tarascon au Vicdessos. Depuis moins 12.000, les glaciers reculent. Il ne reste plus rien des grands appareils glaciaires du Mont-Valier. Appelé à disparaître, le glacier d’Arcouzan fait de la résistance et repose sur un cirque glaciaire tout petit»

Et, cet unique survivant fait même mieux que se défendre. Dans son écrin, bien protégé versant Est, il est alimenté par les avalanches. Si l’on ne peut parler de régénération, les dernières mesures entreprises lors de l’expédition de fin septembre 2013 font état de résultats aussi remarquables que surprenants.

«D’une surface de 2 ha, soit 400 mètres de long sur 90 de large, il repose sur un site très pentu (environ 37°), atteste Alain Mangin. Des crevasses d’environ 20 mètres permettent, entre autres, d’estimer son épaisseur entre 18 et 23 mètres. Par analogie, on calcule qu’il se déplace d’une dizaine de mètres par an»

Suite à un hiver 2012-2013 très neigeux, le glacier a même gagné 3 000 m2 depuis 2012, portant sa surface à 2,5 hectares environ et 185 000 m3 en volume depuis 2012.

Même s’il reste encore beaucoup d’inconnues sur le Glacier d’Arcouzan, en premier lieu son espérance de vie, il reste un témoin source de bien d’autres intérêts scientifiques.

«Il s’inscrit dans un écrin remarquable qui peut nous en apprendre beaucoup sur les lieux, son milieu. Il peut offrir une lecture de l’évolution, géologique, morphologique sur une zone préservée et reconnue. Il est clair, assure le scientifique, qu’il est aussi un indicateur climatique. Même si les extrapolations sur les variations, la mesure du réchauffement climatique sont à interpréter avec prudence, en tenant compte de l’échelle de temps d’un glacier»

Le glacier d’Arcouzan va faire l’objet d’une prochaine expédition d’observation en 2014, puis d’un suivi régulier tous les deux ans. Elément du patrimoine qui n’a pas fini d’intéresser les scientifiques, le glacier d’Arcouzan devrait donc nous livrer ses enseignements quelques années encore.

Sylvain Sastre | 20/11/2013 - 18:24 | Lu: 30246 fois