La Safer, de l'ombre à la pleine lumière

«On a des messages importants à faire passer» C’est presque un cri du cœur qu’exprime Didier Vidal, président du comité technique départemental de la Safer.
Institution souvent controversée, parfois même décriée, dont les aspects négatifs sont plus facilement mis en lumière que le reste de ses interventions, la Safer tenait dernièrement assemblée.
Une rencontre bi-départementale puisque regroupant notamment sous l’appellation Safer Gascogne Haut-Languedoc, les départements de Haute-Garonne et de l’Ariège. L’occasion donnée à Didier Vidal et Christian Roussel, directeur de la structure de faire le point sur le marché foncier en Ariège et les actions de la Safer.
Un petit rappel du contexte général ariégeois est nécessaire. Et tout d’abord le volume global représenté par le marché de l’espace rural qui englobe la totalité des transactions survenues sur l’espace agricole, mais aussi le foncier bâti, non bâti, les zones naturelles ou à urbaniser.
Ce marché représente en volume quelques 3.900 ha de terres et présente une relative stabilité puisque 3.700 ha ont changé de mains en 2012. A l’intérieur de ce marché, près de la moitié soit 1.900 ha, stable là aussi par rapport à 2012, concerne directement les transactions dans le monde agricole. «Et la Safer, indique Christian Roussel, maîtrise directement 1.000 ha sur ce marché puisqu’elle est intervenue dans la régulation d’environ 50% des transactions»
Si elle a un rôle d’observateur de l’ensemble du marché, l’institution agit seulement sur un quart de celui-ci. En 2013, la ventilation des 1.000 ha qui ont transité par la Safer s’est établie dans des proportions assez similaires à 2012. «40% sont partis à l’installation, commente Christian Roussel, soit 360 ha acquis via la Safer par 19 porteurs de projets qui n’étaient pas agriculteurs. 234 ha ont été attribués à des agriculteurs qui avaient besoin de s’agrandir. Et une grosse opération forestière, exceptionnelle, a concerné près de 270ha»
«La priorité pour la Safer, intervient son président, reste donc l’installation en agriculture. Mais nous avons aussi pour objectif de sécuriser et consolider les exploitations en place d’autant qu’à l’avenir la réforme de la PAC repose aussi sur de véritables entreprises agricoles qui doivent donc atteindre le volume nécessaire, alors que pour l’instant nous avons l’un des plus faibles»
«Puis, rappelle M.Vidal, la Safer intervient à 90% des cas à l’amiable. Elle n’utilise son droit à préemption que dans 8% des cas», préférant utiliser quand c’est possible une alternative avec révision de prix qui permet de «réguler les prix, de les maintenir au prix du marché agricole. Cela contribue à la maîtrise du foncier agricole»
Un outil d’intervention et de régulation qui mène trois combats essentielsLes prix du marché sont justement l’un de ses principaux cheval de bataille. Si l’organisme intervient sur 50% des transactions, le reste se réalise donc par des ventes de gré à gré, qui contribuent directement à la hausse des prix et place le curseur toujours un petit peu plus haut comme indicateur de référence du marché.
L’influence du marché toulousain, d’acheteurs résidentiels de terres avec granges surtout en zones de montagnes, les qualités des zones céréalières ou à forte valeur ajoutée, du côté de la plaine d’Ariège, de la Lèze ou de l’Arize ou encore les zones planes et accessibles de montagne provoquent une réelle «envolée des prix» qui inquiète l’organisme.
Alors que, même si cela reste dans une moindre mesure qu’au niveau national, des capitaux extérieurs souvent spéculatifs troublent le marché. A l’arrivée «on a des prix déconnectés des réalités agricoles, un différentiel important se crée entre les différentes zones et le prix du foncier n’est plus en adéquation avec la valeur agronomique du sol, posant un réel problème de rentabilité» constate Didier Vidal.
«C’est un phénomène, rajoute M.Roussel qui conduit progressivement à une hausse du foncier et complique notre action. Aujourd’hui on travaille à parvenir à une meilleur adéquation» Une mission qui vaut tant pour les acheteurs que pour les vendeurs.
L’artificialisation des terres constitue un autre phénomène sur lequel la Safer tente d’agir comme partenaires des collectivités et autres organismes œuvrant pour le développement local. Pour autant, l’effet crise ainsi probablement qu’une prise de conscience accrue des parties prenantes comme les élus en premier lieu font dire à Christian Roussel «qu’on gère mieux l’espace voué à l’artificialisation»
De fait, de plus de 400 ha au début 2000 la disparition de terres vouées à l’agriculture est tombée à quelques 150 ha en 2013. «La consommation baisse d’année en année, le message est bien passé,» se félicite le directeur.
Enfin, le volet environnemental attribué à la Safer s’est renforcé depuis les années 90 en particulier pour favoriser la compatibilité de l’agriculture et de l‘environnement. Des missions consultatives de protection de l’environnement (eau, paysages, biodiversité, zones humides etc.). Pour l’exemple, interrogé sur les gravières Christian Roussel se veut plus direct, «nous sommes simplement un outil d’intervention. Nous ne sommes pas les décideurs de politiques territoriales définies par les élus et validées en préfecture. Ensuite notre rôle est de faire respecter les décisions prises»
Déjà se profile à l’horizon la loi d’avenir pour l’agriculture sur laquelle la Safer tente de peser en particulier pour le cas épineux des transactions opaques via des échanges de parts de société civiles d’exploitation (voir article publié le 07/02/2014). En ce sens, souligne une nouvelle fois Christian Roussel, «notre rôle est de porter ce phénomène à connaissance du monde agricole, des politiques et du législateur»
Passer de l’ombre à la lumière constitue toujours un exercice délicat surtout dans un écosystème complexe où chaque acteur obéit à des logiques souvent divergentes.
Reste que, probablement aidé en cela par des forces extérieures, tout le monde doit pouvoir gagner à cet effort louable de transparence, favorable à la bonne marche d’ensemble de cet écosystème complexe.
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