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Les chasseurs ariégeois vent debout contre l'amendement Glavany, «une brèche ouverte pour courtiser quelques zoolâtres» selon leur président

© midinews 2014

La traditionnelle assemblée générale de la fédération des chasseurs de l'Ariège a eu lieu samedi matin à Saint -Girons. Plus de six-cent chasseurs, responsables d'ACCA et autres AICA mais également quelques personnalités de premier ordre, venus prendre le pouls de la ruralité.

François Murillo, maire de Saint Girons (dont la ville accueillait pour la première fois cette manifestation) leur a souhaité la bienvenue. «Au-delà de l'activité chasse, je ne connaissais pas la panoplie de toutes vos actions autour de la préservation de la nature, nous aurons certainement l'occasion d'en reparler lors de la mise en place du Scot du Couserans» a-t-il ajouté.

Aux côtés de Jean-Luc Fernandez, président de la FDC09 (un enfant du pays puisqu'il est originaire du haut-Salat), Joseph Gros, président de l'ACCA locale, Philippe Sauvannet, sous préfet d'arrondissement, Augustin Bonrepaux, président du Conseil général, Alain Fauré, député de l'Ariège, François Toulis, président de la Chambre d'Agriculture devant un aréopage de conseillers généraux, maires ou responsables de services de l'Etat.

Après l'adoption des différents rapports et compte rendus mettant au jour la bonne santé de l'association face à la stabilité de ses effectifs (près de 7000 chasseurs sur 150 000 habitants), Augustin Bonrepaux a pris la parole manifestement ravi de se retrouver parmi ses pairs (surtout après son terrible accident de chasse à l'automne dernier) et bien déterminé à défendre cette passion qu'il partage avec eux.

Le président Bonrepaux en guise d'entrée en matière a remercié Jean Pierre Alzieu directeur du laboratoire vétérinaire départemental pour ses recherches sur la pestivirose de l’isard: «Nous avons soutenu cette initiative, il faut à présent que les financements soient assurés pour la vaccination. Je me félicite de cette coopération avec les chasseurs, l'intérêt des éleveurs est d'avoir des animaux en bonne santé»

Par conte Augustin Bonrepaux a dit ne pas comprendre «l'interdiction faite vis à vis d'un certain nombre d'espèces que nous avons su protéger jusqu'à présent. On décide depuis Bordeaux ce qui est bon pour nous» Enfin concernant les prédateurs: «Cela fait 18 ans que je parle de l'ours, je n'ai jamais cessé de dire qu'il y aurait des conséquences sur toutes les activités et si leur présence devait augmenter, ce serait vite insupportable»

Avec l'arrivée du loup, Le président Bonrepaux voit une occasion supplémentaire de défendre les territoires ruraux: «dans ce pays il faut faire le choix entre le développement économique et la protection de la nature. A force d'avoir un pays surprotégé, il risque de mourir étouffé par les normes» Enfin il s'est dit «étonné qu'un ancien collègue s'occupe du bien-être des animaux davantage que du bien-être des français qui devrait pourtant être la préoccupation principale des parlementaires (...) le conseil général partage vos préoccupation et fera l'écho de vos préoccupations auprès de nos parlementaires»
Le One-Man show du président des chasseurs ariégeoisEnfin ce fut le tour du très attendu rapport moral de Jean-Luc Fernandez. L'homme est réputé pour ne pas avoir sa langue dans la poche et l'actualité lui a donné des raisons de s'exprimer: «c'est un cri de colère pour ne pas dire de rage»

La rage qui le taraude après cinq années de procédure face à l'incurie des tribunaux administratifs qui chaque année, saisis par le Comité Ecologique Ariégeois, suspendent la chasse au grand tétras alors que tous les ans les rapports techniques font démonstration du bon état de leur population et de la rigueur en matière d'organisation de la chasse: «la justice administrative a toujours pour les affirmations dogmatiques et non étayées de nos adversaires la même bienveillance» regrette le président Fernandez tout comme le manque d'implication en défense de l'ONCFS aux côtés des chasseurs.

La colère qui l'habite quand la justice administrative saisie par les associations environnementales, condamne l'Etat (et donc le préfet de l'Ariège) pour insuffisance de protection de l'ours car à travers cette condamnation c'est la chasse en battue qui est visée.

«Le canton de Castillon qui concentre tous les ours de la chaîne des Pyrénées est celui où l'on pratique le plus de battues. Démonstration est faite de la neutralité de l'activité cynégétique en général et en battue en particulier vis à  vis de l'ours... preuve que nous ne sommes pas un problème pour eux, mais bien eux pour nous et j'invite les grands spécialistes qui prétendent que l'on peut maîtriser les populations de sangliers sans chasser en battue à m'en faire la démonstration dans nos vallées de Castillon ou d'ailleurs»

Passons le chapitre des nuisibles, du loup pour qui il demande des analyses génétiques (persuadé que leurs ancêtres sont des spécimens échappés de quelques parcs ou enclos) pour nous arrêter sur le vautour qui depuis quelques jours fait la triste actualité du quotidien des éleveurs: «leur comportement et leur aire de présence sont modifiés... les témoignages sont nombreux, ils attaquent aujourd'hui du bétail en parfaite santé. Pour résoudre les problèmes posés par l'espèce dont nous ne remettons pas en cause le statut de protection, il suffirait d'un peu de bon sens, fermer les aires de nourrissage en plaine ou en piémont»

Après cet inventaire à la Prévert, le président des chasseurs ariégeois est également revenu sur la récente réforme du permis de chasser «venue d'on ne sait où. Elle n'a heureusement pas d'incidence sur le succès des candidat (164 nouveaux chasseurs ont été reçus cette année) mais sa mise en œuvre est particulièrement coûteuse pour la FDC09 et plus botulique en temps pour nos techniciens»

Avant de s'attaquer à l'amendement Glavany adopté par l'assemblée nationale le 15 avril dernier «dans le plus grand secret et sans aucune concertation» A travers cet amendement et sous couvert d'harmoniser code civil, code rural et pénal, l'animal devient désormais «un être vivant doué de sensibilité» Selon Jean Luc Fernandez, il s'agit là «d'un cheval de Troie offert par les députés à nos adversaires qui n'en demandaient pas tant. J'ose espérer que chacun a pris la mesure de cette décision et des éventuelles conséquences pour l'agriculture, l'élevage, la chasse à courre, la corrida ou le gavage des canards. Un amendement passé par un ancien ministre de l'agriculture a fait tâche! Il s'agit là d'une nouvelle brèche ouverte dans le seul souci de courtiser de manière éhontée quelques zoolâtres, même Dominique Voynet en son temps n'aurait osé aller si loin»
La chasse à la tortue est ouverte en AriègeEnfin cerise sur le gâteau de ce rapport moral, après avoir évoqué les oies sauvages, les blaireaux, Jean-Luc Fernandez s'est attardé sur les tortues, une espèce loin d’être endémique qui peuple les ministères: «celles ou ceux qui dans les hautes sphères, sourds aux attentes de leurs électeurs et des concitoyens, ont en charge la validation et l'application des textes. Elles s'en apparent, les rédigent, les triturent, les malaxent, les rendent indigestes, inapplicables»

Des tortues qui n'ont pas manifestement leur permis de chasser et connaissent bien peu les réalités du terrain. «Je lance un appel à nos représentants au sein de ces hautes sphères pour qu'un texte ne nous empêche pas de chasser, pour qu'un texte ne soit pas à l'origine d'une condamnation, pour qu'un texte ne soit pas impossible à appliquer, il suffit de ne pas le voter»
Pestivirose de l'isard: «on a manqué une occasion cette année de débuter la vaccination des troupeaux»Jean-Pierre Alzieu, directeur du laboratoire vétérinaire a pris la parole pour évoquer le volet sanitaire et la pestivirose de l'isard une maladie virale qui se transmet de manière directe, de la mère vers le fétus. Sans rentrer dans le détail de cet exposé très documenté retenons qu'une étude unique en France menée par le laboratoire ariégeois, dirigée par son directeur a montré une forte prévalence du virus où il y avait fortes transhumances de moutons (enquête menée de 2011 a 2012 sur 200 élevages d'ovins transhumants.)

«Grace à Alain Naudy, maire d'Orlu et de Jean-Claude Carrière, président de la fédération pastorale nous avons travaillé sur une zone test. Cette enquête à montré que la séropositivité était présente sur les moutons qui montaient en estive (ils hébergeaient le virus dans le sang et devenaient de véritables bombes à virus). Nous avons pu séquencer les souches, elles appartiennent au même génotype de celles de l'isard, ce qui nous a permis de prouver l'inter-contamination entre isards et mouton»

Des résultats confirmés par un laboratoire indépendant de Lyon et par l'école vétérinaire de Toulouse. «Le problème résidait dans la nécessité de persuader les éleveurs de ne pas entretenir cette maladie sur les troupeaux et de les vacciner pour réduire la contamination des isards», poursuit le Dt Alzieu qui proposait de débuter la vaccination dés cette année sur une vaste zone test allant d'Orlu a l'Hospitalet... mais il fallait pour cela trouver 35 000 euros.

Une occasion saisie au vol par Jean-Luc Fernandez pour dénoncer tous ces techniciens qui ont pris un malin plaisir à mettre en doute cette étude de premier plan.... «à force de trouver des artifices, on a fini par nous dire qu'il n'y avait pas d'argent. Le préfet de région était pourtant attentif à cette maladie mais ses services (des tortues?) ont tout fait pour retarder le financement de ces analyses... l'argent était disponible, il a manqué la volonté politique et on a manqué une occasion en Ariège d'être distingué au niveau national»
Jean-Luc Fernandez est «insensible à la pression politique»Revenant sur les allégations de ses détracteurs, notamment leur velléités face à la chasse en battue: «Je n'accepterai jamais la moindre contrainte à la pratique de la chasse. Il faut féliciter les chasseurs ariégeois qui continuent à exercer dans le seul département de France où sont concentrés 25 ours. Je rappelle pour mémoire que les ours tués l'ont été dans les départements qui ont pris le plus de mesures de protection. Le sujet sur les ours de Roumanie que j'ai vu hier au Journal télévisé est une véritable bénédiction à la veille de notre AG.

L'an passé dans ce pays quatre personnes ont été tuées par les ours
(....) on nous trouve encombrant quand je défends les intérêts des chasseurs ariégeois, quand je défends la vie de nos campagnes, de nos villages. Dites vous que je suis insensible à la pression politique. Pour ma part je n'ai pas de casseroles, je ne suis candidat à rien, je paye mes PV (pas comme J-F Placet qui pour un écolo prend beaucoup la voiture) j'ai deux paires de chaussures que je me cire tous les matins... il faut arrêter le cinéma, on veut continuer à vivre dans nos montagnes et les solutions c'est aux politiques à les trouver car aujourd'hui la biodiversité est synonyme de calamité» Batterie d'applaudissements de la salle conquise.
Puis vint le moment des échanges avec les invités de la tribuneSi la chasse ne va pas bien, l'agriculture n'ira pas bien selon François Toulis, président de la Chambre d'Agriculture qui a relevé beaucoup de points communs entre les deux activités. Et c'est surtout les dégâts grand gibier et les indemnités aux agriculteurs qui sont leurs corollaires qui a retenu son attention (au regard de l'étude précise de Laurent Chayron, cette année 248 dossiers ont été instruits et 199 déjà payés à ce jour pour une valeur de 123 667 euros) car la facture dégâts est payée par les chasseurs d'où la nécessité de réguler les sangliers, principaux fauteurs de troubles.

Concernant la pestivirose «le problème est complexe, tous les éleveurs n'ont pas pris conscience de l'incidence que cela pouvait avoir sur leurs troupeaux. Les agriculteurs ont des difficultés économiques, la rentabilité n'est pas florissante, ils ne pourront pas supporter des charges supplémentaires. Néanmoins ce dossier évoluera dans la pédagogie. Le Conseil Général n'est pas seul, il faut sensibiliser les autres partenaire pour cette opération est sut trois ans»

Concernant les prédateurs, le président Toulis est clair: «les agriculteurs en ont assez qu'on vide leur montagne avec les ours… mais le loup arrive de l'autre côté et ce sera pire encore. On ne peut qu'approuver l'initiative d'un sénateur prise pour le loup, se défendre quand il attaque, il faut le faire pour les vautours qui crèvent de faim. Autrefois ils étaient nos alliés en zone de montagne quand ils ont commencé à descendre dans la plaine ils sont devenus un véritable problème pour les agriculteurs. On aura besoin de se retrouver pour défendre notre position sur le statut des espèces protégées au détriment des autres»
Il va falloir un jour faire confiance aux gens qui sont sur les territoiresLe député de la circonscription, Alain Fauré, a mis en garde «je reçois tous les jours 1200 mails et autant de courriers qui me demandent de légiférer sur tout et son contraire... attention de ne pas vouloir tout réglementer, je ne veux pas qu'on passe son temps à s'opposer. Tous les élus ne sont pas des tortues, je sais dire les choses. Nous avons des textes qui tombent à longueur de journée, les français sont très bonapartistes dans l'âme, mais un jour il va falloir faire confiance aux gens qui viennent sur les territoires et font preuve de bon sens.

On n'a pas besoin de texte de lois pour tout
(...), l'amendement Glavany nous a été présenté en groupe et nous avons dit que nous étions contre. Malgré cela les députés en question l'ont présenté. Il faut en appeler à la raison, les gens vivent loin des réalités. Il nous appartient à nous députés de l'Ariège d'être vigilants. Je vous propose que nous nous voyions plus souvent. Je n'ai pas moi non plus envie de voir les montagnes se vider. Je suivrai ces dossiers de près»
Les services de l'Etat sont là pour «faire appliquer la loi avec intelligence et souplesse»Philippe Sauvannet sous préfet d'arrondissement bien qu’ayant le sentiment d'être légèrement minoritaire dans cette salle, a précisé qu’il ne souhaitait pas reprendre le débat sur l'ours.

«Je suis obligé de faire respecter lois et réglementations. La directive Habitat a été avalisée par tous les gouvernements et parlements successif, si l'on souhaite que la France ne l'applique pas alors que les parlementaires s'en saisissent (...). Signe du destin j'ai regardé moi aussi ce reportage sur la Roumanie, je ne souhaite pas qu'il y ait de victimes dans l'arrondissement du Couserans mais on oublie de dire que là-bas dans les Carpates il y a 4000 ours et que les villageois les nourrissent (...) je rappelle cependant la bonne entente qui règne avec les services de l'Etat quand on travaille sur la rédaction des mémoires en réponse des arrêtés du TA.

La chasse c'est une vocation ancestrale, un droit féodal d'abord que la Révolution a étendu à tout le monde, la IIIème République a fait avancer les choses et aujourd'hui cette activité est réglementée. La chasse c'est une liberté inaliénable qui s'exerce dans le cadre de lois et de règlements que le préfet est la pour faire respecter... un juste équilibre.

Et le préfet de l'Ariège est attaché au dialogue
(le groupe de travail rassemblant les professionnels en est la démonstration). Il faut trouver un juste équilibre dans la cohésion de l'homme et de l'ours et c'est l'homme qui doit prévaloir, il y a une régulation à trouver.

Quant au jugement du TA
(c'est un ancien juge administratif professionnel qui vous parle) il est plus aisé de rendre un jugement dans un cénacle où il n'y a pas de contradiction, on peut alors avoir une interprétation plus libre qu'en s'exposant devant 600 chasseurs (...). Pour le grand tétras il a été décidé une réunion entre l'Etat, l'ONCFS, les chasseurs afin de  trouver un terrain d´entente. Pour l'isard j'ai bien compris le message, je le ferai remonter. Il ne faut pas jouer les uns contre les autres, mais respecter les compétences de chacun pour trouver le juste équilibre»

Laurence Cabrol | 28/04/2014 - 18:50 | Lu: 37262 fois