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Foire de Printemps de Tarascon sur Ariège: la vitrine de l'économie des vallées ariégeoises

© midinews 2014

C’est avec le soleil en ce jeudi 8 mai que le traditionnel marché aux bestiaux a inauguré ces quatre journées dédiées aux races de montagne, au pastoralisme et à la gastronomie.

Car si la foire de Tarascon fête bientôt son 800ème anniversaire, c’est depuis une dizaine d’années et grâce à l’investissement de quelques bénévoles passionnés qu’elle connait un second souffle et attire autant de visiteurs.
Le marché aux bestiauxTrès tôt le matin, sur l’espace du foirail plusieurs dizaines de producteurs ovins sont venus de tout le département pour vendre ou compléter leur troupeau avant la montée en estive.

Parmi eux des grossistes en bétail reconnaissables à leur blouse noire, essayaient de faire baisser les prix. «Vous comprenez, la concurrence est rude avec l’Espagne ou les pays du Maghreb!» Mais les éleveurs ariégeois sont têtus: «C’est notre trésorerie sur pattes, s’exclame Fanfan Matre, éleveur à Betchat… depuis 8 mois on les dorlote, vous comprenez bien qu’on ne peut pas les brader, c’est notre travail et le travail a un coût surtout quand la qualité est là!»

Et si ces messieurs en blouse noire viennent du Lot, de l’Hérault ou de plus loin c’est effectivement que la foire de Tarascon est réputée pour la qualité des bêtes que l’on y trouve. «On attend un peu, en fin de matinée, les prix ont tendance à diminuer» confie un des marchands très pragmatique.
Le pastoralisme, une véritable économie de montagnePlus que la tradition et le folklore réunis, la foire de Tarascon c’est une vitrine de l’économie locale, des savoir-faire à travers les races de montagne et à travers les produits alimentaires de grande qualité gustative, environnementale que l’on y trouve au détour d’un stand.

Pour Philippe Lacube, producteur et restaurateur aux Cabannes, on est ici dans l’ambivalence, entre modernité et racines ancestrales. «On est à la fois sur nos racines, notre histoire, notre culture mais c’est aussi éminemment contemporain car on est vraiment dans ce qu’attendent aujourd’hui les gens qui viennent sur notre territoire: avoir du sens, comprendre, être dans l’éthique, rencontrer et échanger avec les gens qui font ces produits-là…»

Cette année pas moins d’une cinquantaine d’éleveurs (brebis, gasconnes, mérens) ont répondu à l’invitation et présenté les plus beaux spécimens de leurs races. Parmi eux Sophie Alzieu, jeune éleveur ovin installée depuis peu à Ussat ou Jean-François Denjean de la vallée d’Auzat:

«Si l’on vient ici c’est pour présenter le fruit de notre travail aux professionnels comme au grand public mais c’est aussi l'occasion de rencontrer nos collègues, nos amis, d'échanger sur le métier, de montrer qu'il est bien vivant»

Un métier bien vivant mais qui subit de nombreuses entraves… car comme le dit tout haut Philippe Lacube que l’on connait pour son militantisme:

«C’est une histoire que l’on a bâti et qui existe parce que dans ces villages il y a des hommes et des femmes qui montent en estive, transhument, donnent cette caractéristique à notre territoire de montagne et de la plus value à nos produits. Cette histoire il faut qu’elle continue. Aujourd’hui face à toutes les problématiques des ours, des vautours, on se demande vraiment où l’on va. C’est un beau métier mais c’est un métier difficile.

Il ne faut pas y mettre des entraves supplémentaires sinon les jeunes qui vont s’installer vont légitimement hésiter à le faire. Il faut que les pouvoirs publics entendent les cris de détresse de ces gens face à des plans nationaux élaborés bien loin des Pyrénées et des réalités de terrain, mais qui font très mal à la profession
»
Les pâtres à l’honneur à travers la confrérie des PastousIl y a une dizaine d’années quelques éleveurs courageux ont décidé de relancer la foire de Tarascon.

Parmi eux, José Barbosa, Jean-François Arabeyre, Kiki Laguerre et bien entendu Jojo Bernadac mais également deux défenseurs de la culture et des races locales, Claude Builles et Claude Bourdié qui ont eu l’idée de créer une confrérie pour fixer une fois pour toute la race locale (la brebis tarasconnaise) sur son berceau de naissance et rendre hommage à tous les pâtres pour leur travail:

«Ce sont souvent des êtres exceptionnels qui vous accueillent sur leurs estives avec chaleur et fraternité explique Claude Bourdié, intarissable sur cette foire. Quand j’étais enfant, la foire de Tarascon avait une réputation internationale, on entendait parler espagnol, catalan, italien… on voyait des choses extraordinaires, comme l’homme orchestre et il y avait pour les jeunes un véritable parcours initiatique, on apprenait à boire à la gourde.

Aujourd’hui peu à peu avec le travail de terrain de tous ces bénévoles, la foire commence à renouer avec cette tradition et cette année nous avons décidé de fêter comme il se doit le 10ème anniversaire de notre confrérie
»

L’évènement aura lieu samedi 10 mars à partir de 16h avec un grand rassemblement des intronisés (ils sont plus de 200 depuis 2004) suivi à 16h30 du défilé des troupeaux dans la ville et de toutes les confréries ariégeoises avant l’intronisation des nouveaux Pastous et à 20h la grande soirée spectacle avec le 1er festival des chants de bergers pyrénéens puis le repas ariégeois (le Brespail des Pastous). Il y aura de la joie, des chants et de la convivialité. Claude Bourdié a promis de sortir son accordéon et il ne sera pas seul…

La foire de Tarascon continue avec de nombreuses animations et de belles rencontres jusqu’à dimanche.

Laurence Cabrol | 09/05/2014 - 19:45 | Lu: 32667 fois