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Le retour du travail du cheval dans les vignes ariégeoises

© midinews 2014

Relégués par les tracteurs au rang d’attraction folklorique dans les fêtes de village, les animaux de trait (chevaux, ânes, mules…) reviennent sur le devant de la scène chez certains agriculteurs séduits par la traction animale pour ses avantages tant en matière économique qu’agronomique.

En forêts, en zone de montagne, la pratique du débardage est bien connue dans le département de l’Ariège, permettant des prélèvements ciblés dans des zones difficiles d’accès sans endommager le sol.

Dans le bordelais quelques grands crus se sont mis à la traction animale comme Pauillac, Château Latour mais c’est surtout dans le Bourgogne que les viticulteurs font appel aux chevaux de trait pour labourer ou désherber les parcelles car dans les vignes il y a un véritable enjeu environnemental, paysager et qualitatif.

Le cheval une alternative au tracteur

Thomas Piquemal, viticulteur dans la vallée du Douctouyre en Ariège l’a bien compris: «Ici à Engraviès nous sommes en Bio depuis le départ en 98, les vignes ont une topographie difficile, il y a beaucoup de devers, difficilement mécanisables, d’où mon idée de faire venir des chevaux pendant deux jours à titre expérimental pour que les animaux s’habituent à nos parcelles. Le principe c’est de faire du travail de précision, d’enlever l’herbe sous les pieds de vignes en passant entre les rangs à vitesse réduite. C’est un travail lent, de précision qui vient en complémentarité avec notre mode de culture»

Pour Philippe Babin à l’origine de ce vignoble, le retour du cheval dans les vignes n’est pas le fruit du hasard mais d’une véritable réflexion économique: «Nos terrains sont pentus, les réglages du matériel mécanique difficiles, le cheval c’est aussi pour nous le meilleur compromis économique. Mais comme beaucoup de savoirs de ce type, ils se sont perdus, il faut trouver les gens et les chevaux qui savent le faire, car un attelage complet c’est un cheval et celui qui le conduit… il faut reconstituer les équipes»

Une pratique correspondant à la philosophie de ces vignerons ariégeois qui s’inscrivent dans une vision de l’agriculture à échelle humaine et qui raisonnent en terme de développement durable. Selon les études réalisées, au niveau financier les couts peuvent être diminués de moitié (en comptant sur une surface idéale de 6 hectares pour un cheval) mais nos vignerons ariégeois sont également guidés par le choix qualitatif:

«Les sols sont beaucoup moins tassés, en utilisant le travail du cheval ils deviennent plus aérés, plus fins, un travail plus doux pour la vigne qui permet une meilleure nutrition du cep» Philippe Badin est convaincu que la traction animale est une filière à réactiver, de l’élevage à la fabrication du matériel avec une part importante pour le dressage.
La traction animale une filière économique à développer avec la race castillonnaiseDans le département de l’Ariège nous avons la chance d’avoir tous les ingrédients pour la renaissance de cette filière.

Tout d’abord les races locales (mules, chevaux), le savoir-faire et l’engagement des éleveurs comme Olivier Courthiade qui dresse depuis plusieurs années des animaux de trait ou comme Fabrice Bourrianne éleveur de chevaux castillonnais à Montesquieu Volvestre et adhérant à l’ANCCAP (association nationale du cheval de Castillon d’Ariège Pyrénées):

«La traction animale c’est une fierté patrimoniale, elle permet de mettre en valeur notre département en s’appuyant sur des animaux dressés. La race castillonnaise est une race locale utilisée depuis longtemps pour la traction animale qui se prête aussi bien aux travaux de champs, au débardage, aux promenades en calèche… le cheval de Castillon est polyvalent, il a bon caractère et mange moitié moins qu’un comtois.

Notre idée c’est de le remettre au travail. Nous avons commencé avec la collecte des cartons à Saint Girons, il réalise des coupes de bois en forêt, il est capable de faire du travail de précision dans le maraichage ou la vigne. Après une parenthèse de plus de cinquante ans, c’est le grand retour de la traction animale et de l’agriculture attelée. Nous voyons pour cette race menacée d’extinction un réel débouché
»

Tel est le message porté par notre éleveur sur les foires et salons où il fait la promotion de son cheval ariégeois.

Reconnaissable à sa belle robe brune pangarée, Oyé, un hongre de 12 ans se prête ce matin docilement aux opérations: «Le harnachement est choisi en fonction de l’utilisation que l’on veut faire du cheval. Aujourd’hui c’est un travail assez dur, il aura besoin de forcer, aussi je l’équipe d’un collier pour mieux répartir la charge et d’un bas-cul, un outil spécifique pour la vigne et le maraichage qui évite à l’animal de s’entraver les pieds et de tourner court sur place. Derrière on fixe le décavillonneur qui permettra de passer au plus près des pieds de vigne et sortir l’herbe entre les rangs»

Oyé est mis en concurrence avec un comtois et un ardennais attelés de passe-partout: «C’est un outil adapté aux vignobles du Roussillon, aux petites parcelles. Nous avons choisi d’atteler Oyé avec un décavillonneur mais il faut adapter son réglage à la parcelle»

Et c’est Thomas qui suit les opérations car si le cheval retrouve peu à peu le rythme imposé par cette tâche de précision, l’homme doit guider le socle et adapter les manœuvres en montée ou en descente. Après quelques tâtonnements, le geste est plus précis et la technique apporte une totale satisfaction. Le castillonnais a passé avec succès l’examen d’entrée.

2014 millésime du siècle?

Les vignes sont un peu en avance cette année. Il est encore trop tôt pour parler de la qualité de la prochaine récolte mais Philippe Babin est plutôt confiant: «Cette année démarre très bien. Le temps est frais le matin et se réchauffe rapidement pendant la journée, c’est idéal! Les sorties de grappe sont magnifiques… 2014 sera un très beau millésime»
Laurence Cabrol | 19/05/2014 - 19:14 | Lu: 35172 fois

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