L'ours Balou est mort: une occasion de relancer la polémique sur la réintroduction
Nous l’avons tous appris ce matin, l’ours Balou, 11 ans, a été découvert lundi sans vie sur la commune de Melles, à une quarantaine de kilomètres au sud de Saint-Gaudens, et la thèse de la chute semble la plus probable.
Lundi, un membre du Réseau Ours Brun (ROB) avait détecté ce qui lui semblait être un cadavre d'ours sur le vallon opposé et avait donné l'alerte. Mardi, c'est une équipe spécialisée de l'Office National de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui s'est rendue sur place, confirmant qu'il s'agissait de Balou, reconnaissable par la marque rouge présente à l'oreille droite et au collier retrouvé quelques mètres plus haut.
Une autopsie complémentaire sera réalisée par un docteur vétérinaire pour établir la cause exacte de la mort, qui serait survenue entre le 4 et le 6 juin, selon l’équipe Ours. «Des blessures liées à la chute ont été relevées sur le dos et une des pattes de l'animal»
La dernière vidéo de l'animal encore en vie datait du 24 mai. Elle avait été réalisée sur la même commune de Melles.
La vie de Balou n’a pas été un long fleuve tranquilleOriginaire de Slovénie, Balou (alors âgé de 3 ans) faisait partie de l’un des cinq ours relâchés dans les Pyrénées centrales en 2006. En 2008, un chasseur l’avait confondu avec un sanglier lors d'une battue, le blessant légèrement à la patte avant droite. Deux ans plus tard, en mai 2010, Balou avait fait parler de lui lorsqu'il était descendu de sa montagne pour s'aventurer dans l'Aude, à une trentaine de kilomètres seulement de Narbonne et de ses plages, vraisemblablement à la recherche d'une femelle.
Il faisait partie des deux mâles reproducteurs de la chaine. Aujourd’hui sa disparition relance le débat sur la nécessité des réintroductions pour sauver la population ursine des Pyrénées.
Pour les associations de défense l’ours n’est pas encore sauvéFérus, Adet pays de l’Ours ou encore le Comité Ecologique Ariégeois attendent les résultats de l’autopsie: «Il y a toujours un sentiment de suspicion, il faut avoir davantage d’informations car on connait la capacité de nuire des associations anti-ours» indique Jean-Pierre Delorme du CEA qui milite en faveur du renforcement de la procédure de réintroduction: «dans cette dynamique de maintien de l’espèce, il faut logiquement et techniquement le remplacer rapidement»
Pour l’association de François Arcangéli, le pays de l’Ours: «La mort de Balou rappelle l’extrême fragilité de la population d’ours des Pyrénées et remet le gouvernement devant ses responsabilités. Nous l’appelons à avoir le courage de s’affranchir du lobby des opposants avec un plan de restauration sérieux et ambitieux»
De son côté l'association Ferus interpelle la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, «garante des espèces protégées» Or, «la population d'ours dans les Pyrénées n'est pas encore sauvée et les hommes doivent continuer leurs efforts pour rendre aux Pyrénées une population d'ours en bon état de conservation», écrit Ferus, dans un communiqué.
Pour les chasseurs ariégeois c’est un non évènementLes chasseurs qui préparent en relation avec les éleveurs et le monde du pastoralisme élargi une importante manifestation à Foix pour marquer leur mécontentement face aux problèmes liés aux animaux protégés (ours, vautours et autres loups) considèrent la disparition de Balou comme un non- évènement.
Il est vrai que selon les derniers comptages de 2013, on comptait plus de 25 plantigrades dans les Pyrénées (dont plus de 18 dans le seul département de l’Ariège) et que d’importantes mesures de restriction de la chasse en battue ont été mises en place ces derniers temps au grand dam des chasseurs ariégeois.
«Pour ma part, réplique Jean Guichou, je regrette davantage la disparition d’un être humain que d’un ours. C’est un non-évènement qui fait la démonstration une fois de plus de l’importance démesurée que l’on accorde à ces choses-là. Ce n’est jamais qu’un animal, un ours parmi tant d’autres.
Il me semble que ces jours-ci la chasse est fermée, qu’il n’a donc pas été poursuivi par une meute hurlante ou dérangé par des coups de carabine intempestifs. Il a plus probablement fait une chute après avoir couru derrière une femelle; derrière quelques oursons qu’il entendait dévorer pour provoquer les chaleurs de la femelle et pouvoir s’accoupler avec elle car c’est ainsi que marche la nature et pas autrement… on se demande ce qu’on attend pour leur expliquer qu’il ne faut pas tomber dans les cailloux quand il n’y a pas de chasseurs.
Mais ne vous inquiétez pas, Balou a eu probablement le temps de saillir quelques femelles et l’on retrouvera lors des prochaines analyses génétiques une trace de Balou!»
Les écologistes ariégeois: «on est loin du compte»Jean-Pierre Delorme du CEA était un peu triste à l’annonce de la disparition de Balou:
«On a déjà tellement de difficultés à maintenir cette population ursine malgré nos demandes pressantes de réintroduction qui pour le moment n’aboutissent pas. Nous nous rendons compte que finalement la disparition d’un membre de cette population d’ours complique beaucoup les choses du fait qu’il y a un gros problème lié au manque de mâle»
Sur les deux mâles présents dans les Pyrénées françaises, il ne reste plus que Piros, le mâle dominant, aussi le CEA à l’instar des autres associations de défense de l’ours rejoint les positions prises par le comité de la biodiversité qui suit les préconisations du muséum d’histoire naturelle:
«Si l’on veut maintenir cette espèce, il faut atteindre une population de 20 à 50 individus en choisissant des options de réintroduction rapide. Il y a du côté catalan un projet de réintroduction d’un mâle avec un prévisionnel d’un à deux ans»
Un projet qui réjouit les associations militants en la faveur de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées.
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