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Basse-Ariège: réunion de crise sur fond de vol de matériel d'irrigation

© midinews (archives)

Vendredi soir, à l’invitation de Philippe Calléja, président de la communauté des communes de Saverdun les agriculteurs de basse Ariège ont participé à une réunion en présence de Jean-Pierre Gilléry sous préfet d'arrondissement, du major Patrice Durand, responsable de la brigade territoriale et du capitaine Benoît Chevillard, chef d’escadron de la gendarmerie de Basse-Ariège.

Malgré la signature du plan départemental de lutte contre les vols dans les exploitations agricoles le mardi 29 avril et les mesures prises jusqu'à présent sur leurs exploitations, les vols de matériel d'irrigation restent encore trop nombreux et le climat est à l’exaspération de la part d’un monde agricole en ébullition depuis la manifestation du 28 juin dernier.

Au total près d’une trentaine d’irrigants dans la salle, des adhérents de la FDSEA, la majorité originaire du canton de Saverdun, quelques-uns des communes de Montaut, Mazères ou des voisins Cintegabelle/Calmont dans la Haute-Garonne.

Chacun a pu exprimer ses craintes, ses doutes et ses interrogations
Hasard du calendrier, la nuit précédente les voleurs ont mené une opération coup de poing sur une exploitation située sur la commune de Saverdun: une perte d’exploitation de 12 000 euros. De quoi faire monter la pression.

«Un pivot d'irrigation sur deux est équipé d'alarme mais quand ils (les voleurs NDLR) lancent une opération, ils ne se déplacent pas pour un pivot isolé, note Jean Mistou, céréalier sur le canton. On a compté qu'il leur fallait une heure pour démonter le matériel et qu'ils étaient deux par pivot. Jeudi soir c'est chez Gérard que ça s'est passé.

Nous avons appelé la gendarmerie, au bout de 10 minutes il y avait six agriculteurs et autant de gendarmes autour de la parcelle sans pouvoir rien faire. On a trouvé le fil électrique coupé au sécateur et une casquette, maigres indices!
»

Jean Mistou remarque que les voleurs ont également adapté leur mode de fonctionnement: «habituellement leurs voitures stationnaient à proximité. A présent ils se font déposer sur la parcelle et quand ils ont fini on vient les récupérer avec le matériel dérobé»

Si depuis quinze jours les agriculteurs soulignent une forte mobilisation des gendarmes et s'en félicitent, ils mettent cependant en garde les autorités car à partir de cette semaine ils rentrent dans une période sensible, celle de la castration du maïs.

«Les plantes ont besoin de beaucoup d'eau, la pression est importante pour nous les céréaliers, il en va de la récolte, si en plus on se fait vandaliser! Certains d'entre nous ont les fusils dans les voitures. Il faut vraiment pouvoir apaiser les esprits et nous attendons beaucoup de cette réunion»

Les professionnels se posent également de question du flagrant délit, de la procédure à suivre en cas d’alarme de pivot (faut-il se déplacer, appeler la gendarmerie, attendre suffisamment nombreux sur site pour entourer le champ): «nous avons beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi il faut attendre le flagrant délit.

Quand on trouve des individus à 3h du matin sur une parcelle ils n’ont rien à y faire. L’an passé c’est un concours de circonstances qui a permis aux gendarmes arrêter un véhicule de Roms plein de câbles agricoles à Cintegabelle. On attend une réponse pénale à ces infractions
»
L’auditoire attendait du concret, il y en a euSelon Philippe Calléja instigateur de cette rencontre, il s’agit bien d’une situation de crise: «face aux multiples vols sur les rampes d’irrigation nous avons souhaité mettre en relation le monde agricole avec les services de l’Etat pour leur faire comprendre qu’ils n’étaient pas isolés et leurs expliquer les moyens mis en place par la préfecture et la gendarmerie pour surveiller, contrôler et prendre la main dans le sac les brigands.

On comprend l’exaspération des céréaliers car un pivot qui ne tourne plus c’est une perte sèche de 2000 euros l’hectare (cela peut aller jusqu’à 80 000 euros) et un danger pour l’équilibre de leur entreprise. Ce sont des gens qui travaillent 15 à 20 heures par jour, c’est leur gagne pain qui est en jeu!

Les collectivités doivent les soutenir. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Il y a eu récemment des mesures pour le pays d’Olmes, nous attendons des sanctions exemplaires pour ceux qui ne respectent pas la loi. Je lance un appel à l’Etat. Nous avons besoin de ses moyens. Au-delà de l’effarouchement, il faut aussi que les forces de l’ordre se sentent soutenues par la Justice
»

La préfecture n’élude pas le problème bien au contraire, c’est en tout cas le message qu’a fait passer le sous-préfet d’arrondissement qui a spontanément répondu à l’invitation. «Le plan départemental a été signé le 29 avril et nous avons décidé de monter d’un cran le dispositif en doublant les moyens» précise Jean-Pierre Gilléry.

Jusqu’à présent deux patrouilles de la brigade de Saverdun assurait la garde et les interventions.

Un dispositif spécial a été mis en place du 1er au 15 juillet. Il monopolise toutes les forces disponibles en Basse-Ariège avec un renfort d’une dizaine de personnes (issues des gendarmeries de Lézat, Saint-Girons, Mirepoix ou Lavelanet) et de 4 ou 5 véhicules banalisés.

Le capitaine Chevillard a précisé que le problème était ciblé en Basse Ariège: «depuis le mois de janvier on n’enregistre que deux vols sur la commune d’Auterive alors que sur notre territoire il y en a plus d’une vingtaine, poursuit Jean Mistou. Nous avons peur après le 15 juillet que les gens se fassent justice. Seule la météo fait actuellement un peu retomber la pression mais jusqu’à quand ?»

Le sous-préfet d’arrondissement a bon espoir de pouvoir maintenir le dispositif au-delà de cette date fatidique.

Son objectif étant de dépassionner le débat, faire comprendre à l’assemblée que seule la gendarmerie étaient seule habilitée à faire respecter l’ordre et qu’il fallait avoir confiance aux services de l’Etat bien décidés à mettre les moyens pour mettre un terme à ces vols de matériel agricole.

Laurence Cabrol | 07/07/2014 - 18:07 | Lu: 37802 fois