Une nouvelle salle de nécropsie pour répondre aux missions sanitaires et pédagogiques de la Fédération des Chasseurs de l'Ariège
La saison de la chasse n’a pas encore débuté, mais à la fédération des chasseurs de l’Ariège, il n’est pas une semaine sans que l’on réalise des autopsies sur gibier, animaux sauvages victimes d’accidents ou tout simplement pour s’assurer des causes de leur mort.
«La multiplication des missions qui sont aujourd’hui celles des fédérations pour tout ce qui touche au sanitaire (recherche sur les épizooties, investigations) nous impose d’être équipés pour répondre à ces nouvelles exigences», explique Jean Guichou, directeur de la FDC09.
Une fédération à la pointe dans ce secteur particulier grâce au partenariat mis en place avec Jean-Pierre Alzieu, responsable du laboratoire vétérinaire départemental: «on souhaitait que le Dt Alzieu puisse travailler dans des conditions satisfaisantes.
Et puis le règlement impose aux fédérations de former les chasseurs à ce qu’il est commun d’appeler l’hygiène de la venaison: avant de mettre dans la nature les pièces de gibier tuées à la chasse, les chasseurs doivent vérifier le bon état sanitaire des animaux (ils en sont responsables).
Chemin faisant nous nous sommes aperçus que cet outil pouvait servir à d’autres et nous avons eu le plaisir d’accueillir une classe d’apprentis bouchers du CFA tout proche. Nous leur avons parlé du bon état sanitaire du gibier, de sa découpe, de manière à le consommer plus tard dans un restaurant et pourquoi pas le restaurant d’application du CFA»
Les travaux de cette salle de nécropsie ont été réalisés pour une partie en interne, en régie (pour la partie maçonnerie et ferronnerie). Elle permet d’accueillir un public d’une vingtaine de personnes pour assister aux autopsies. Le revêtement du sol à base de résine a été réalisé gracieusement par l’entreprise Maestria.
Quant à l’achat du matériel (chambre froide, instruments…etc.) il a bénéficié de subventions obtenues auprès du Conseil général de l’Ariège et du Conseil régional Midi-Pyrénées à travers une action menée par la fédération régionale des chasseurs et du programme Educhasnat.
L’autopsie permet de poser des questions et d’y répondre«C’est une des missions du laboratoire départemental que de faire des autopsies, car elles nous permettent de savoir ce qui est arrivé à un animal trouvé mort, précise le Dt Alzieu.
Au-delà de l’individu ce qui compte c’est l’enseignement que l’on peut en tirer sur un cheptel collectif.
En multipliant les autopsies, on arrive à déterminer l’évolution d’un processus pathologique, une maladie…l’autopsie permet de poser des questions, c’est fondamental en médecine vétérinaire !»
Ce matin, il va essayer de comprendre la pathologie d’un jeune chevreuil provenant du canton du Mas d’Azil. C’est entouré des techniciens de la fédération de chasse qu’il procède d’abord à l’examen externe du cadavre avant de l’ouvrir et d’examiner un à un tous les organes.
L’autolyse de la cornée permet de savoir depuis combien de temps il est mort, on regarde s’il y a des pertes de poils, des parasites externes (tiques)…
Ici l’individu est d’une relative maigreur, il est gonflé, c’est une des caractéristiques des ruminants post mortem, car la panse est un vaste fermentateur.
Le Dt Alzieu d’une main sûre fait une incision, la sphère abdominale apparait dans son intégralité avant un examen détaillé: panse, feuillet, estomac glandulaire ou caillette.
Une fois lavé, l’estomac semble plus épais ce qui permet de noter une suspicion de passage parasitaire. La masse intestinale est ensuite déballée, l’intestin grêle disséqué.
Un contenu verdâtre plutôt liquide s’en échappe: «le secum est un organe important dans la fin de la digestion», poursuit, pédagogue, le Dt Alzieu qui du bout de ses pinces a réussi à identifier et isoler de longs vers translucides.
«Ce sont des parasites de jeune, ça peut être la cause de l’anémie de cet individu. Nous allons sonder le colon pour voir s’il y a d’autres parasites. Un prélèvement de matière fécale dans le rectum va nous permettre de l’analyser au laboratoire départemental pour savoir quels sont les parasites présents et leurs quantités»
Puis méthodiquement le vétérinaire va prélever les reins, les désencapsuler, les ouvrir longitalement: «tous les organes pairs doivent être vérifiés. Sur cet individu pas de néphrite chronique, mais un processus d’anémie évident. La couleur du foie parait normale, la partie grise correspond aux altérations liées à la contamination de proximité avec la masse intestinale»
Après l’avoir découpé au scalpel, il s’attaque à la rate, «le cimetière à globules rouges, c’est sur cet organe que l’on retrouve les maladies comme la pestivirose et c’est sur la rate que l’on fait les meilleures analyses.
Nous allons la garder et procéder à une analyse virologique en labo par méthode PCM» poursuit le directeur du laboratoire vétérinaire départemental avant de poursuivre son autopsie de la sphère cardio-pulmonaire: «le cœur est attaché au sternum, on peut remarquer son extrême pâleur, il n’y aucune trace de graisse nulle part, les poumons de l’individu sont très clairs.
On peut conclure qu’il n’y a aucune pathologie infectieuse»
Au terme de l’autopsie le Dt Alzieu confirme ses observations: le chevreuil a eu un retard pondéral important, il souffre d’amyotrophie liée certainement à la présence de parasites.
«Soit cet individu plus faible a été attaqué et dépassé par les parasites, soit il y a des maladies sous-jacentes comme les pestivirus ou le border disease qui peuvent expliquer une réceptivité supérieure des parasites et autres microbes.
Ce que l’on peut dire en l’état c’est que cet individu est mort d’un processus lent, chronique et qu’il était au bout du rouleau quand les éleveurs et les chasseurs l’ont récupéré»
Les résultats des analyses complémentaires en labo permettront dans deux ou trois jours de confirmer cette thèse. Cet un exemple concret correspondant à une réalité de terrain.
L’autopsie de ce chevreuil, comme celui d’un sanglier ou d’un isard permet d’avoir une approche fondamentale de l’état sanitaire des populations sur le département de l’Ariège et cette salle de nécropsie participe pleinement à la mission pédagogique et de gestion sanitaire de la Fédération des chasseurs en partenariat avec le laboratoire départemental.
| Inauguration de la salle de nécropsie lundi soir C'est une reproduction de la salle d'autopsie de l'école vétérinaire de Toulouse à une échelle plus modeste certes mais dans le même esprit, alliant vertus pédagogiques et aide au diagnostic. Jean-Luc Fernandez, président de la fédération des chasseurs a souligné la forte implication du conseil général «c'est une annexe du laboratoire départemental, tout ce qui est suspect est amené ici» Outre la recherche sur les épizooties et autres maladies susceptibles d'affecter les bêtes sauvages, la fédération des chasseurs entend également en faire un outil pédagogique visant à former les jeunes chasseurs en matière de venaison qui n'est pas suffisamment valorisée à son goût dans le département. «Nous faisons beaucoup d'actions en faveur du monde rural, nous avons à présent envie de faire connaître notre travail de terrain (en relation avec le Scot, missions techniques et sanitaires). Cette salle de nécropsie pourra être mutualisée avec la Chambre d'Agriculture ou la fédération pastorale» Pour Augustin Bonrepaux, président du Conseil généraĺ, l'assemblée départementale «doit évaluer, faire des analyses mais cette coopération ne s'arrête pas la, c'est le Conseil général qui vient faire ici ses analyses par l’entremise du Dt Alzieu dont je connais le travail et l’intérêt pour la faune sauvage, on ne peut que se féliciter d'un tel outil» Le président Fernandez est revenu sur les prédateurs et la gestion des espèces protégées: «en France quand une espèce est protégée elle l'est à vie que ce soient les vautours mais également les cormorans ou les goélands et cela pose de graves problèmes dans le pays. Au lieu d'augmenter les nuitée de 10 €, il convient de baisser de 50% les subventions aux associations écologistes car donner de l'argent public aux gens qui favorisent le retour de l'ours, du loup ou des vautours c'est une hérésie» |
dans la même rubrique
- Pamiers: Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées en visite au lycée agricole, pionnier en matière d'agroécologie
- La Confédération Paysanne dénonce les «coûts exorbitants» de la Chambre d'Agriculture de l'Ariège
- Castillon-en-Couserans: chouette nuit en perspective le 1er avril
- Solidarité chez les apiculteurs: deux cents essaims venus de toute la France réceptionnés samedi à Fabas dans l'Ariège
- Les apiculteurs Ariégeois attendent les essaims de la solidarité
- La Confédération Paysanne de l'Ariège dit non aux services payants de la Chambre d'Agriculture
- Fin des quotas laitiers au 1er avril 2015 mais pas fin des contraintes pour les producteurs ariégeois
- Manifestation devant la Chambre d'Agriculture: «il y a un terreau de ZAD dans le département de l'Ariège»
- Rencontres au sommet au Parc Naturel des Pyrénées Ariégeoises: premiers pas vers un Parc Pyrénéen des Trois Nations?
- Le photovoltaïque agricole en Ariège, oui, mais pas à n'importe quel prix!
- Les médailles ariégeoises du Salon international de l'Agriculture
- Salon de l'Agriculture: ces Ariégeois fidèles au rendez-vous parisien
- Réserve Naturelle Régionale de Montségur: un acte fondateur
- Salon de l'agriculture: Mérens et Castillonnais, les races ariégeoises en représentation à Paris
- Surveillance sanitaire du chevreuil en Ariège
- Salon de l'Agriculture: l'Ariège au rendez-vous de la plus grande ferme de France















