Le bouquetin, ce monarque des montagnes, s'introduit en Ariège... en public
Crédit photo: JP CrampeSégolène Royal, elle même, est venue le 19 juillet dernier procéder au lâcher hautement symbolique de trois bouquetins ibériques à Cauterets en Hautes-Pyrénées.
Un lâcher qui faisait suite à un précédent de 9 de ces animaux longtemps considérés comme le joyau de la faune sauvage des Pyrénées qu'on retrouve en bonne place sur les parois de nombreuses cavités pyrénéennes, dont la grotte de Niaux, au milieu des bisons et autres chevaux sauvages.
Epilogue ou plutôt étape d'un vieux projet porté par le Parc national des Pyrénées (depuis 1987), relancé par la création puis l'intérêt porté à la démarche par le PNR des Pyrénées Ariégeoises.
Le dernier bouquetin s’est éteint dans les Pyrénées en 2000 en Aragon à Ordesa tandis que versant Français, les dernières observations remontent au début du XXème siècle, mais l'animal reste présent dans la plupart des autres grands massifs montagneux ibériques.
Emblématique de la vocation du Parc à valoriser tous les patrimoines et savoir-faire locaux en accord avec les principes de la Charte, sans oublier la dimension économique, la réintroduction du bouquetin ibérique constitue l’un de ses projets phares sur lequel il travaille depuis sa préfiguration avec le Parc national des Pyrénées.
Un projet mené en relation étroite avec les techniciens de la fédération de la chasse, les techniciens du pastoralisme, soutenu par l'Etat, la région, les conseils généraux de l'Ariège et des Hautes-Pyrénées ainsi que le Commissariat de Massif et l'Europe.
En 2011, la réintroduction du bouquetin est consignée comme action prioritaire de la stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité par le ministère de l'écologie. Au printemps dernier un accord engageant les trois gouvernements Andorran, Espagnol et Français marque le début de la concrétisation de cette réintroduction.
Le premier lâcher, ouvert au public, aura lieu au Cirque de Cagateille en vallée d'Ustou la semaine prochaine... si tout va bienUn accord financier (sur l'achat et la capture) mais pas seulement puisque également logistique (les bouquetins ibériques arriveront par camion depuis l'Espagne) et environnemental.
Il a été en effet tenu compte des besoins écologiques spécifiques de l'espèce désormais protégée et des activités humaines pour identifier les zones les plus aptes à son retour dans les Pyrénées.
Car l’opération poursuit plusieurs objectifs, notamment celui de restaurer une biodiversité locale pyrénéenne dont le bouquetin constitue un chainon disparu faute à l'action de l’homme. Dernière étape, après la capture des bouquetins ibériques destinés à être réintroduits sur le sol français les analyses vétérinaires incontournables.
Le cirque de Cagateille, sur la commune d'Ustou, est le deuxième site après celui de Cauterets, et le premier en Ariège, à avoir été retenu pour débuter les opérations de réintroduction car le biotope y correspond bien aux besoins de cette espèce emblématique des Pyrénées qui s’adapte facilement à différents milieux.
«Un premier lâcher en présence du public va concerner une dizaine de ces bouquetins ibériques, confirme Matthieu Cruège le directeur du PNR des Pyrénées Ariégeoises, notre objectif est d'en relâcher ainsi une vingtaine d'ici la fin 2014»
Pour autant le directeur ne peut guère s'avancer davantage: «le rythme actuel des captures et les analyses vétérinaires qui s’ensuivent ne nous permettent toujours pas à l’heure qu’il est de bloquer une date. Aujourd’hui nous n’avons pas encore les animaux en nombre suffisant. Un lâcher le 29 août reste a priori possible mais à condition d’avoir capturé sous 24-48 heures des animaux en nombre suffisant et en bon état sanitaire»
Ensuite, si le programme se déroule correctement après ce premier lâcher sur Ustou, un second site devrait accueillir une dizaine de bouquetins supplémentaires dans le massif ariégeois. Et, selon les résultats des premiers suivis, notamment scientifiques, effectués (tous les animaux auront un marquage visuel avec collier et boucle de couleur et seront équipés d'une balise GPS), l'opération devrait s’étaler sur les années suivantes pour un coût total estimatif de 305K€, à raison de cinq animaux réintroduits par an d'ici à 2020.
Pour autant alerte Matthieu Cruège, il importe de bien prévenir le public désireux d'assister à ces lâchers au Cirque de Cagateille: «la route est étroite et sinueuse, le stationnement sera encadré et il faudra prévoir une bonne marche avant d'atteindre le cirque lui-même alors que le lâcher proprement dit ne devrait pas durer plus de quelques minutes»
Un obstacle, à l'image du bondissant bouquetin, que ceux qui attendent un tel évènement depuis de nombreuses années devraient s'affranchir d'un bond.
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