«Opération Nuit du fumier»: coup de colère des agriculteurs ariégeois contre la directive nitrate
De Saint-Girons à Mirepoix, en passant par Lavelanet, Pamiers ou Foix, pas un rond-point n’a été épargné par les opérations symboliques menées sur le terrain par le monde agricole: fumier, paille, banderoles de contestations face à une directive scélérate prise sans aucune consultation et un zonage arbitraire.
Au cœur de ce mécontentement de nouvelles contraintes imposées par Bruxelles annoncées au cœur de l’été par Ségolène Royal, ministre de l’écologie en charge de ce dossier. Si sur le plan national l’élargissement des zones classées vulnérables concerne 3900 communes supplémentaires (soit 70 % de la SAU) françaises ; dans le département de l’Ariège, 63 communes viennent s’ajouter aux 37 de la précédente directive.
L’Ariège directement impactée par le durcissement de cette politique anti-nitratesLa 5e directive nitrate est destinée à lutter contre la pollution de l’eau par les nitrates d’origine agricole et à restaurer la qualité de l’eau des nappes phréatiques en imposant aux agriculteurs de nouvelles contraintes la mise en place d’un plan prévisionnel de fumure (PPF) dans lequel l’agriculteur devra prévoir quel type d’engrais azoté il apportera à sa culture, la tenue d’un cahier d’enregistrement des pratiques (CEP), l’obligation de couverture des sols en automne sur les parcelles situées en zone vulnérable (et couverture végétale permanente près des cours d’eau), épandages très stricts de fertilisants (interdits sur des sols en pente), calendrier d’épandage restreint, ouvrages de stockages d’effluents étanches, restrictions des conditions d’élevage des volailles, porcs et palmipèdes.
Autant de mesures qui ne seront pas sans frais pour des agriculteurs déjà dans le rouge, soulignent les responsables de la FDSEA et de JA: «les exploitants devront soit acheter la semence, soit immobiliser une parcelle. Dans les deux cas, les coûts liés à l’utilisation de leur matériel seront non négligeables, sans parler des investissements nécessaires pour le stockage du lisier» explique Jean-François Naudy, membre du bureau de la FDSEA et qui travaille depuis 1998 sur ces dossiers.
Selon lui le travail réalisé depuis 18 mois relatifs à un zonage cohérent n’a servi à rien: «nous avons prouvé par l’exemple, prélèvements à l’appui que la nappe de l’Ariège n’est pas concernée par ces seuils, mais tous les trois ans on nous oblige à réviser le programme sans prendre en compte un seul instant la réalité du terrain ni les conséquences sociales et économiques que ces nouvelles contraintes nous imposent».
En cause dans cette 5e directive le critère des 18 milligrammes de nitrate par litre d’eau retenu par le gouvernement. Il doit être appliqué sur chaque parcelle située en zone vulnérable, même si le siège de l’exploitation ne se situe pas dans ce périmètre. Un nouveau zonage établi selon des critères arbitraires pour les organisations syndicales.
«Nous travaillons sur ce dossier en relation avec les services de l’État, poursuit Jean-François Naudy. Nous avons enregistré des progrès significatifs sur le secteur de Mirepoix, tous les agriculteurs ont adhéré à cette démarche ce qui nous a permis d’ouvrir des négociation sur les nouvelles mesures notamment dans la capacité de stockage (sachant qu’il n’y a pas d’aide pour les agriculteurs obligés de réaliser ces investissements) ou de répandre le fumier sur des pentes de 15 à 20 %.
Tout à été balayé d’un revers de main par Ségolène Royal qui a sorti le 23 juillet dernier cette nouvelle carte de près de 4000 communes supplémentaires. Concernant le département de l’Ariège ce nouveau zonage s’étend aux zones de coteaux, de la vallée de l’Ariège à celle de la Lèze, mais également celle du Crieu, du Douctouyre ou du Plantaurel, des communes où il n’y a pas de problème d’eau. On pousse l’incohérence jusqu’à toucher des agriculteurs en Bio. C’est consternant pour notre département qui est pionnier en agroécologie !»
«La nuit du fumier» a bien eu lieu en Ariège
Après le Tarn, l’Aveyron, les hautes Pyrénées ou la Haute-Garonne, les agriculteurs ariégeois sous la houlette de leur syndicat majoritaire ont organisé jeudi soir sur tout le territoire des actions coup de poing visant à déverser des tonnes de lisier sur plusieurs points ciblés avant de terminer par une action symbolique devant la préfecture de l’Ariège à Foix où une banderole avec les noms des nouvelles communes impactées par cette 5e directive nitrate à été déployée.
«Nous voulons faire entendre notre mécontentement, précise Agnès Ferran, présidente de la FDSEA. Avec ces nouvelles mesures, la quasi-totalité des exploitations en polyculture-élevage des coteaux est en péril. Nous ne sommes pas contre la performance environnementale des exploitations, nous voulons tout simplement un zonage fondé sur des données scientifiques et agronomiques»
Tracteurs, épandeurs, remorques de fumiers, une noria bien organisée par secteur sur tout le département, des slogans percutants et des agriculteurs très motivés. Ce jeudi la manifestation était plutôt bon enfant, un peu de fumier, de la paille à la porte de la préfecture et sur les grilles de la sous-préfecture, mais s’ils ne se font pas entendre les participants à cette «nuit du fumier» ont promis que leurs actions pourraient se durcir à l’avenir.
| Liste des communes proposées au nouveau zonage La directive «nitrates» de 1991 oblige chaque État membre de l’Union européenne à délimiter des «zones vulnérables» aux nitrates, c’est-à-dire les zones où les eaux sont polluées ou susceptibles de l’être par les nitrates d’origine agricole. Elle prévoit une surveillance des eaux superficielles et souterraines tous les 4 ans. Des programmes d’actions sont mis en place pour prévenir toute pollution. La nouvelle carte de révision des zones vulnérables sur le bassin Adour-Garonne a été rendue publique par la ministre de l’Écologie fin juillet. La nouvelle extension de la zone vulnérable concerne 3 900 communes au niveau national soit 4000 de plus que dans le plan déjà existant. Le département de l’Ariège est lui aussi impacté, il voit sa liste de communes classées en zone vulnérable passer de 37 à 63 (100 communes au total). En voici la liste: Aigues Juntes, Aigues-Vives, Artigat, Artix, la Bastide de Bousignac, La Bastide de Sérou, Baulou, Bénagues, Besset, Bézac, Cadarcet, Calzan, Carla-Bayle, casteras, Castex, Cazeaux, Coussa, Dalou, Dun, Durfort, Esclagne, Escosse, Esplas, La Fossat, Gabre, Gudas, l’Herm, Lagarde, Lanoux, Laroque d’Olmes, Léran, Lescousse, Limbrassac, Loubens, Madière, Malléon, Mas d’Azil, Mirepoix, Monesple, Montégut-Plantaurel, Pailhès, Regat, Roquefort-les Cascades, Sabarat, saint Amans, Saint Bauzeil, saint Félix de Rieutord, Sainte Foi, Saint Julien de Gras Capou, Saint martin d’Oydes, saint Michel, saint Quentin la tour, saint Victor Rouzaud, Segura, Sieuras, Suzan, Tabre, Troye d’Ariège, Unzent, Ventenanc, Villeneuve du Latou, sainte Suzanne. Alors que l’on parle de 5e directive nitrate, la France a été condamnée par la Cour Européenne de Justice pour le contenu de son 4e programme (2009-2011) jugé «pas assez contraignant». Les agriculteurs ariégeois redoutent une fois de plus que pour satisfaire l’Europe les contraintes présentées dans ce 5e programme d’action soient encore durcies. L’application de ces mesures dans les nouvelles communes est prévue pour septembre 2015 |
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