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Directive Nitrate: le bras de fer des agriculteurs Ariégeois face aux autorités se poursuit

Les représentants syndicaux FDSEA et JA de l'Ariège lors de la conférence de presse qu'ils ont tenu ce vendredi
© midinews 2014

Dans la soirée du 18 septembre la FDSEA et les JA de l’Ariège ont mené des actions communes sur le territoire en réaction au nouveau zonage imposé par le 5e programme de la Directive Nitrate: ce sont près de 4000 communes supplémentaires qui au niveau national rentrent dans cette liste de zones vulnérables dont 63 communes supplémentaires dans le seul département de l’Ariège.

Cette mobilisation, baptisée «la Nuit du Fumier», initiée au niveau régional, était destinée à faire entendre le mécontentement des agriculteurs face à des restrictions aussi «drastiques qu’incompréhensibles imposées sans concertation parSégolène Royal le 23 juillet dernier»

Des tonnes de fumier ont été déposées à des points stratégiques (ronds-points, entrées de ville, de zones industrielles) les panneaux des communes concernées ont été bâchés et au final une délégation s’est rendue à minuit devant la préfecture pour une action symbolique (voir notre sujet de ce matin)

En début d’après-midi les responsables des syndicats concernés Agnès Ferrand et Jean-François Naudy (FDSEA) Frédéric Marcerou (JA) ont réuni la presse afin d’expliquer les motivations qui ont guidé ces opérations coup de poing.

Haro sur la nouvelle directive nitrate
«Depuis 1992 les décisions concernant la directive nitrate sont prises sans aucune concertation avec le monde agricole : pas de consultation pour les zonages, ni l’établissement de leurs critères alors que les restrictions sont toujours plus importantes: aujourd’hui ce sont 63 communes supplémentaires qui sont impactées, des exploitations familiales de type polycultures élevage sur les coteaux secs.

Les seuils utilisés pour intégrer ces communes dans les zones vulnérables ne sont basés sur aucun fondement par contre le cahier des charges pour ces agriculteurs est très contraignant et engendrerait s’il devait être appliqué des difficultés insurmontables
» explique la présidente de la FDSEA Agnès Ferrand.

Conditions d’épandage durcies (en fonction de la présence de cours d’eau, pentes ou nature des sols), restriction sur le stockage des effluents, période d’interdiction d’épandage du fumier, limitation des quantités d’azotes pouvant être épandues, obligation de couverture des sols en automne, tenue d’un plan prévisionnel de fumure et d’un cahier d’enregistrement des pratiques d’épandage.

Un catalogue à la Prévert dicté par les exigences de l’Union européenne «qui fait bien peu de cas de l’agriculture locale et de ses spécificités»
Que faire de notre fumier?C’est un peu la question que se pose la profession déjà étouffée par les nombreux investissements imposés par ses mesures de mise aux normes des bâtiments de stockage (de l’ordre de 50 000 €) ou l’achat des couverts végétaux (8000 € d’achat de semences): «on nous interdit d’épandre du fumier sur des pentes de 20 %, quand on connait l’Ariège, il y plus de pentes que de plaines. Qui dit moins de fumier dit moins de vaches et par voie de conséquence moins de culture, on va vers une déprise agricole» précise Mikael Marcerou président des JA qui pointe un cahier des charges dramatique pour l’agriculture locale.

L’agronome du groupe, Jean François Naudy membre du bureau de la FDSEA a entamé depuis 2004 une réflexion sur l’agroécologie, des techniques de conservation des sols qu’il met en pratique au quotidien sur son exploitation d’Arvigna (à tel point que le ministre Stéphane Le Foll a demandé à le rencontrer en avril 2013 lors de son passage en Ariège).

Pour lui ce zonage est totalement infondé «alors que jusqu’à présent la directive nitrate concernait les zones où le seuil de nitrate dépassait 50 mg/l, le critère choisi par le gouvernement est de 18 mg/l, un seuil que l’Etat lui-même n’arrive pas à justifier. Sachant que les problèmes d’eutrophisation, extrêmement rares dans le Sud Ouest sont essentiellement dus aux phosphates dont la plupart proviennent des produits ménagers !»

Les agriculteurs ariégeois dénoncent ces mesures guidées sans concertation par «des bureaucrates de Bruxelles».

«Nous refusons de les appliquer, notre chambre consulaire dont la mission est de former les gens à leur application ne le fera pas […], nous continuerons à épandre, car c’est mathématique on ne peut pas garder indéfiniment le fumier sur nos exploitations à part faire abattre nos vaches… mais en définitive c’est peut être l’objet de telles mesures, faire disparaitre notre agriculture… le bras de fer se poursuivra jusqu’à remettre tout à plat. L’Allemagne l’a déjà demandé. Nos voulons un état des lieux (avec un retour précis des mesures déjà en place) et une concertation avec la profession»

Le bras de fer sera long et douloureux, à la mesure des la colère et la détresse des agriculteurs ariégeois
Les représentants de la profession en appellent au bon sens paysan: «nous ne sommes pas contre les performances environnementales, nous sommes tous conscients que l’eau est un enjeu d’avenir planétaire, mais nous dénonçons des mesures législatives incohérentes..C’est un enjeu territorial pas syndical, il en va de notre survie»

Prochaine étape une action régionale qui devrait avoir lieu cet automne à Toulouse et permettre aux agriculteurs de Midi-Pyrénées de faire entendre leur voix auprès du préfet de région, gestionnaire du bassin Adour-Garonne et responsable de ce dossier.

Laurence Cabrol | 19/09/2014 - 18:30 | Lu: 54883 fois