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Foire de la Saint-Matthieu: retour à l'authentique

© midinews 2014

La vie des vallées ariégeoises est rythmée par les saisons: au printemps c’est la montée aux estives, plusieurs jours de marche depuis les villages pour que les moutons ou les vaches arrivent enfin au bout de leur «amontanhadge», sur les gras pâturages.

On dit que les pâtres (les pastous) ou les bergers «font l’orry», c’est-à-dire qu’ils vivent avec leur troupeau en montagne dans ces cabanes traditionnelles en pierre sèche.

Des orrys qui sont d’ailleurs peu à peu réhabilités en conservant l’ossature bois, l’empierrage et le toit végétal mais avec aujourd'hui un minimum de confort moderne pour assurer de bonnes conditions de vie aux pâtres qui restent sur l’estive.

De septembre à octobre on assiste à la descente de l’estive avec ses traditionnelles foires où une partie des bêtes engraissées pendant l’été en montagne sont examinées sous toutes les coutures et commercialisées.

Après la foire d’Ax les Thermes exclusivement dédiée à la race bovine gasconne, la foire de la Saint-Matthieu est la vitrine de la race ovine tarasconnaise.

En effet la majorité des troupeaux passent l’été au-dessus d’Auzat, du barrage du Soulcem, jusqu’à la frontière espagnole puis redescendent sur Vicdessos, le 21 septembre pour une des plus importantes foires de la région.

Instituée officiellement en 1313 par le comte de Foix Roger-Bernard, la foire de Vicdessos accueillait au XIXe siècle, avant l’exode rural, près de 40 000 ovins (à cette époque toutes les familles avaient un troupeau).

La tradition se perpétue malgré les problèmes liés au pastoralisme dans les montagnes ariégeoises, de nombreux acheteurs, reconnaissables à leurs blouses sombres se sont déplacés dès les premières lueurs du jour sur la place des Graviers de Vicdessos. On inspecte, on tâte, on parlemente beaucoup et au final on sort les calculettes.

C'est Autour du plantureux casse-croûte que tous, anciens et jeunes éleveurs se retrouvent et prennent le temps de «brespailler» en parlant du métier ou de l'ouverture de la chasse à l'isard.

Parmi les invités des éleveurs de la vallée, quelques Couserannais qui préparent leur transhumance et la grande foire du 4 octobre à Sentein, sont venus en observateurs, pour prendre le pouls, voir les cours du marché. Parmi eux Fanfan de Betchat, l'œil pétillant derrière ses sourcils broussailleux. Aujourd'hui il a sorti son bâton de néflier preuve qu'il a l'intention d'acheter.

«Cette année la météo n'a pas été fameuse à la montagne  mais ici on a eu un peu de chance, au-dessus de 2000m d'alt nous bénéficions d'un flux d'Espagne», explique Jean-François Denjean du groupement pastoral du Montcalm. Pendant trois mois il garde entre 1200 et 1300 bêtes, des brebis tarasconnaises, la race locale. «C'est une race rustique originaire de la vallée du Soulcem....mais cette année les agneaux ne se vendent pas, regrette Jean-François, ceux qui ont été achetés l'ont été de bonne heure car l'Aïd était beaucoup plus tôt que d'habitude

Les temps sont durs pour les éleveurs mais aucun ne manque à l'appel tant cette foire est authentique et reflète la réalité agro-pastorale des pyrénées ariégeoises: «ici on ne fait pas semblant, on ne verse pas dans le folklore, on est dans la réalité de l'élevage transhumant. Il y a une vrai réalité économique, culturelle et sociale» précise Philippe Lacube, eleveur à Verdun «et bienheureux les touristes qui peuvent assister à pareil événement, plus vrai que ça, ça n'existe pas. Au-delà des difficultés qu'on connaît, il y a cette force humaine que l'on a toujours dans les montagnes pour continuer ce qui est un métier passion. Qu'on laisse travailler ces gens tant leur mérite est grand et leur impact sur ces montagnes important!»
 
Mais le pastoralisme ce n’est pas seulement un retour à la nature pour des citadins en mal d’authenticité, c’est une demande identitaire forte pour les Pyrénées et c’est également l’occasion de transmettre des valeurs, celles du respect de l’homme, de l’animal et du milieu naturel.
Revenir à l’essentiel en somme.

Laurence Cabrol | 22/09/2014 - 18:24 | Lu: 27375 fois