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Fin des aides européennes pour 2015 et grosses incertitudes pour l'avenir: la fédération Pastorale de l'Ariège tire la sonnette d'alarme

© midinews 2014

Vendredi dernier plus d’une centaine de personnes étaient présentes à Soulan (canton de Massat) pour participer à l’assemblée générale de la fédération pastorale de l’Ariège: les traditionnels comptes rendus administratifs, rapports moraux et autres bilans financiers ont été ponctués de visites d’AFP et de rencontre avec les éleveurs.
Une assemblée générale sur fond de morosité
Il a beaucoup été question de la fin des aides de la politique agricole commune (PAC). On l’annonçait déjà depuis quelque temps sans vraiment vouloir complètement y croire.

Les choses sont désormais actées, 2015 sera une année blanche et la fédération pastorale de l’Ariège ne pourra pas compter sur les aides FEADER de l’Europe qui lui permettait jusqu’à présent dans le cadre du plan de soutient à l’économie montagnarde (PSEM) de réaliser des réaliser des diagnostics, d’accompagner la création des AFP (association foncière pastorale), de financer l’installation des bergers et les pâtres sur les estives, de réaliser des travaux (construction de cabanes pastorales) ou de monter des programmes d’envergure tels que E-pasto.

«Le programme de soutien à l’économie de montagne, qui était cofinancé par l’Union européenne, permet le fonctionnement de la Fédération. Si le pastoralisme s’arrête, c’est la fin de nos territoires»

C’est en ces termes résumés que Claude Carrière, président de la Fédération pastorale de l’Ariège a dressé le tableau.

«En 2015 il faudra se passer des aides de l’Europe dans le cadre du FEADER, nous allons vers une année blanche et nous avons de grosses incertitudes jusqu’en 2020.

L’État va nous aider uniquement à payer les bergers et les pâtres en estive et de sauver ainsi 86 emplois, mais nous devons réduire considérablement la voilure
», s’inquiète Jean-François Rumens le directeur de la structure qui s’interroge sur le sors des entreprises locales (dont la plupart se sont créées pour effectuer ces travaux bien spécifiques en montagne) réalisant débroussaillage, installation de clôtures, parc de contention, réhabilitation de cabanes ou de sites pastoraux… une économie non négligeable pour ces vallées.

Une inquiétude dont s’est fait l’écho Claude Carrière dans son rapport moral (et qu’il aurait aimé partager avec les responsables de la DRAF, du BATA, les conseillers régionaux ou encore avec Éric Andrieu député européen qui tous se sont fait excuser).

«Nous avons connu de belles et de grandes avancées par le passé, où toujours la spécificité montagne et pastorale, au sens du pastoralisme collectif, a été reconnue et prise en compte. Les choses changent, il va falloir nous adapter, et de mon point de vue c’est plus une mutation qu’une adaptation».

Et de rappeler le fondement même de la loi montagne dont on fêtera le 30e anniversaire au mois de janvier prochain: «cette loi reconnaissait une spécificité le pastoralisme collectif, un droit à la différence, la nécessité d’adapter les dispositions générales aux particularités de près de 25 % du territoire national sur lequel vivent 5 millions d’habitants. Cette loi a permis des outils collectifs, GP, les AFP et les conventions pluriannuelles pour permettre l’aménagement du territoire montagnard.

Aujourd’hui on nous parle de rapatrier, d’attribuer ces hectares, ces surfaces collectives aux éleveurs, aux exploitants individuels pour mobiliser des aides DPB strictement individuelles. Avec une telle philosophie, nous allons vers une nouvelle approche de l’estive, de la transhumance dans ces territoires. Après tout, la profession agricole (majoritaire) l’a voulu ainsi… selon moi c’est une aberration !
»

2015 sera une année particulière. Si le président Carrière (qui prépare aussi sa succession pour 2015) a renouvelé sa confiance aux partenaires historiques de son association (Conseil général, DDT…), il demeure néanmoins très inquiet sur son avenir: «que fait-on durant cette année, quel dimensionnement de l’activité avec zéro travaux, zéro cabanes, zéro diagnostics… et au-delà, quelles perspectives pour la Fédération, quelle conduite à tenir, quel dimensionnement des équipes ?»
Des mesures qui ne sont pas eurocompatibles
Pour la seule année 2013, plus de 40 dossiers d’améliorations pastorales ont été traités, depuis quatorze ans le soutien à l’emploi pour le gardiennage a permis d’éviter la désertification des montagnes ariégeoises, déjà plus de 22 cabanes pastorales (de 150 à 200 000 €) ont été financées et chaque année 1,5 M€ de travaux sont programmés.

Avec les nouvelles mesures de la PAC, la FP09 devra diviser ce dernier financement par deux et réduire considérablement ses ambitions: «la seule certitude que nous ayons c’est qu’en 2015 l’État sauve les bergers, poursuit Jean-François Rumens. Ce que nous savons aussi c’est que nos mesures ne sont pas eurocompatibles !» Le mot est lâché. 

Mais pourtant l’Europe c’est aussi l’aide à l’agriculture. L’ICHN valorisée permet de compenser le handicap en zone de montagne. Cette nouvelle réforme de la PAC est plutôt positive pour l’élevage et les zones difficiles, de plus grâce à Stéphane Le Foll l’Ariège sera dotée d’une dizaine de millions supplémentaires. Les droits à paiement unique (DPU) disparaissent pour laisser la place au droit à paiement de base (DPB), des aides versées au niveau de l’exploitation et non plus au niveau collectif.

Selon le technicien «c’est une politique qui va à l’encontre de la reconnaissance des modes de propriété et de gestion collectifs, de la transhumance et donc de l’esprit même de la loi montagne… l’individuel n’a pas de sens là-haut».

Et du collectif il en a pourtant été question dans la journée avec la visite des exploitations, trois AFP et quatre couples d’agriculteurs ont été installés dans cette zone de montagne grâce à la démarche engagée par la commune en matière de foncier et l’accompagnement en matière de diagnostic et d’installation par la Fédération pastorale de l’Ariège.

Laurence Cabrol | 30/10/2014 - 18:42 | Lu: 50027 fois