accueil  |  ariège   |  france

Le ministère de l'Agriculture annonce aux apiculteurs ariégeois d'importants financements pour les deux ans à venir

© midinews 2014

L’hiver dernier c’est une véritable catastrophe sanitaire et économique qui a touché les apiculteurs ariégeois, constitués en collectif afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics.

Leur détresse a été entendue jusque sous les ors de la République puisque dès le 26 février, une mission conduite par Alain Fauconnier, sénateur de l’Aveyron, président du comité stratégique de l’agriculture et François Gerster, inspecteur général de la santé publique vétérinaire, coordonnateur ministériel du plan de développement durable de l’apiculture, sont venus au chevet de ces agriculteurs sans terre (ou presque) mais dont l’activité permet la pollinisation de 80 % des cultures agricoles.

Des solutions à la hauteur de leurs attentes
La situation était préoccupante et les attentes des apiculteurs à la hauteur de leur désarroi d’avoir assisté impuissants à la disparition de leur outil de travail. Suite à cette rencontre deux axes ont été dégagés  comme le résume Nathalie Marthien préfet de l’Ariège. «Il fallait d’abord voir quelles aides on pouvait apporter à ces apiculteurs pour les accompagner dans la reconstitution de leurs essaims avant de mettre en place une étude pour essayer de déterminer les causes de la mortalité anormale de leurs cheptels»

Une troisième piste de travail concernait la mise en place d’un protocole de surveillance sur une sélection d’exploitations, tous les frais d’enquête, d’étude étant pris en charge par des fonds d’Etat. L’inspecteur général avait promis de revenir dans l’Ariège faire le bilan de ces premières mesures impulsées dès le printemps 2014.

C’est désormais chose faite. Ce lundi après un passage dans les Pyrénées orientales (qui rencontre les mêmes problèmes) la délégation du  Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt (MAAF) et les experts scientifiques apicoles sont arrivés aux alentours de 16h30 à la préfecture de Foix où une trentaine d’apiculteurs les ont accueillis.

«Nous attendons des prises de position claires sur les choses à faire pour trouver les causes de la mortalité de nos abeilles et prendre des dispositions efficaces qui nous garantiraient la possibilité de continuer d’exercer notre métier de manière plus sereine, indique Céline, la porte-parole du collectif.

On nous a parlé d’une enquête, nous ignorons si elle a été réellement faite ou pas. On attend qu’un nouveau protocole de surveillance des colonies soit mis en œuvre dans le cas où il y aurait de nouvelles mortalités, car ce qui compte pour nous c’est de trouver la cause de notre problème
»

A l’époque les services de l’Etat avaient évoqué des solutions au cas par cas. Aujourd’hui on en est loin : «On nous a proposé des prêts bonifiés qui ne correspondent pas à nos attentes ni à nos besoins, surtout pour les jeunes apiculteurs sinistrés qui n’ont pas les moyens de s’endetter davantage pour se procurer un nouveau cheptel et repartir sur un nouvel outil de production. Nous demandons une indemnisation avec une aide directe des apiculteurs sinistrés»

C’est la peur au ventre que les apiculteurs ariégeois envisagent ce nouvel hiver : «Nous avons fait au mieux pour remonter nos cheptels en essayant de produire malgré des conditions météo pas toujours favorables. Nous avons hiverné des colonies magnifiques (de beaux couvins, de belles réserves de miel) mais on espère ne pas revivre la catastrophe de l’hiver dernier»

Si François Gerster n’a pas souhaité rencontrer la presse locale, Nathalie Marthien a été plus loquace: «Je suis consciente que les apiculteurs ne sont pas complètement satisfaits des mesures mises en place à la suite de cette mission. Les prêts bonifiés n’étaient pas adaptés à leurs besoins […] nous avons mis en place un projet de protocole qui n’a pas été complètement finalisé, car toutes ces études, il faut en convenir ont démarré un peu tard et n’ont pas donné les résultats escomptés.

Pour autant nous avons pu réaliser quelques analyses au printemps dernier (financées par la DDCSPP à hauteur de 30 000 €) dont les résultats seront présentés lors de cette rencontre avec la délégation
»

Résultats des analyses et annonces faites ce jour par François Gerster et la mission du MAAF
Que faut-il retenir de ces investigations conduites chez 52 apiculteurs (parmi les 58 ayant déclaré des pertes de cheptel) et dans 25 élevages de proximité des ruchers touchés, afin d’examiner l’hypothèse soulevée par les apiculteurs selon laquelle une éventuelle exposition des colonies aux substances chimiques utilisées en élevage aurait pour corolaire cette mortalité des abeilles.

«Cette enquête a permis de mettre en évidence la présence d’agents pathogènes ainsi que des substances chimiques connues pour des usages divers (utilisation phytosanitaire, usage sanitaire et biocides en élevage, usages apicoles) dans les matrices analysées (abeilles, miel, pain d’abeille, jus de fumier). Les résultats d’analyses ne permettent pas, en l’état, de conclure à une origine commune et unifactorielle pour l’ensemble des départements touchés. […]

La délégation a indiqué qu’une instruction aux services viendrait désormais renforcer le protocole d’enquête précédemment en place pour prendre en compte des mortalités hivernales et ce dès cet hiver […] par ailleurs un protocole de surveillance spécifique financé par la DGAL serait mis en place par l’ITSAP avec la collaboration de l’ANSES et de l’INRA afin de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse d’une exposition des abeilles aux substances antiparasitaires et biocides utilisées en élevage.

Cette surveillance sera effectuée dans les zones ciblées dès l’hiver 2014-2015 et sur deux saisons […] Enfin une réflexion est engagée en concertation avec la filière apicole sur la mise en place d’un dispositif d’aide de crise mieux adapté à l’activité apicole
»

Pour résumer, il y a plusieurs facteurs de surmortalité des abeilles et un protocole de surveillance spécifique financé par l’Etat sera mis en place afin de poursuivre les études.

Pour le préfet de l’Ariège, l’annonce de cette importante étude sur les deux ans à venir accompagnée de financements tout aussi importants, devraient permettre d’avoir des résultats convainquants sur la cause de la mortalité des abeilles en Ariège.


Position des apiculteurs à la sortie de cette réunion
Loin d’être totalement rassérénés, le collectif des apiculteurs ariégeois a cependant entendu les arguments de la délégation du ministère.  Virginie ne comprend pas pourquoi la diffusion des résultats n’était pas ouverte à tous les apiculteurs.

«On est un peu resté sur notre faim pour les indemnités, on nous a bien annoncé un groupe de travail et une étude qui arrive un peu tard. On n’ose imaginer le même épisode hivernal que l’an passé. Quant au protocole (annoncé dès le mois de décembre) on attend de voir s’il est réalisable. Oui beaucoup de questions restent sans réponse, ou dans l’expectative. Par contre cette fois-ci on leur a demandé des échéances précises, on espère qu’ils vont tenir leurs engagements»

Pour Sylvie de nature plus optimiste il y a eu de réelles avancées: «Le ministre est sensible aux difficultés des apiculteurs, il a pris la mesure de nos problèmes. Concernant le résultat des analyses, on retrouve une molécule qui peut être utilisés pour l’apiculture et l’élevage. Il y a une réelle volonté de comprendre ce qui se passe et d’approfondir les recherches, on nous a même parlé de la mise en place d’un observatoire.

Quant aux aides économiques, il y a une réelle proposition de travailler ensemble autour d’une table. La directrice de la DDSCPP a la volonté de nous rencontrer le plus rapidement possible et souhaite approfondir les choses. Nous essayons de comprendre sans remettre en cause le travail des éleveurs ou de qui que ce soit.

Les mesures seront applicables d’ici le mois de janvier. Selon moi cette réunion a permis d’avancer même si à 19h tout le monde est pressé de prendre l’avion, on a pu échanger sur du concret
»

Laurence Cabrol | 17/11/2014 - 19:34 | Lu: 49851 fois