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Foix: la Confédération paysanne dénonce la discorde qui règne dans le monde agricole en Ariège

© midinews 2014

Quand ça va mal, on a plutôt tendance, au sein d’une même famille, d’une même profession, à se serrer les coudes… mais ça, c’était avant.

À l’époque où même si l’on n’avait pas les mêmes idées on partageait les mêmes valeurs. Aujourd’hui dans le monde paysan, socle de nos sociétés rurales, on ne se comprend plus, on ne s’écoute plus, et pire encore on se méprise.

Pour preuve mercredi dernier la porte des bureaux de la Confédération paysanne de l’Ariège a été forcée et un présent, une pleine poubelle de fumier, déposé à l’entrée. De quoi raviver de vieilles querelles, surtout que le syndicat majoritaire (FDSEA-JA 09) partage les locaux du premier étage de ce bâtiment et que la veille (mardi soir) il tenait un bureau syndical.

Outre le fait d’avoir déposé une plainte auprès du commissariat, la Conf a décidé de se faire l’écho de ce malaise auprès de la presse locale, mais surtout de réaffirmer ses orientations au lendemain de la session de la Chambre d’agriculture.
Une ambiance détestable
Sébastien Wyon, David Eychenne et Bertrand Thery ont pris la parole tour à tour. «Nous avons toujours pensé que la session de la chambre était un lieu de discussion pour faire avancer l’agriculture, mais ce n’est pas le cas, regrette David Eychenne.

Le 28 novembre dernier au cours de cette session nos élus ont interpellé le préfet sur le coût pour les contribuables des actions récentes du syndicat majoritaire (fumier sur la voie publique), sur l’impunité de ses auteurs et sur la différence de traitement manifeste selon que l’on soit affilié à la MSA ou simple militant qui déboulonne à visage découvert une pièce de la salle de traite de la ferme aux 1000 vaches… cette fois la Confédération a obtenu une réponse.

Des individus ont courageusement répondu quelques jours plus tard. Une réponse à la hauteur de leurs idées, sous forme d’un tas de fumier devant nos locaux, affublé d’une pancarte qui nous était visiblement destinée: ce n’est pas le contribuable qui va payer c’est toi (la Conf) qui va nettoyer!

Mauvais calcul, visiblement après renseignement pris auprès du directeur de la chambre d’agriculture c’est la chambre consulaire qui a pris en charge le nettoyage des locaux. Ce n’est donc pas l’ensemble des contribuables, mais l’ensemble des paysans ariégeois !
»

Revenant sur la porte du local forcée pendant la nuit: «il n’y a pas grand-chose dans nos bureaux, la seule richesse repose sur la ténacité et le courage de nos militants.

Nous sommes toujours dans l’action symbolique, au grand jour comme pour le déménagement du point Info Installation, sans troubler l’ordre public… j’espère que la Justice sera aussi rapide pour trouver les responsables de cette exaction que pour condamner les auteurs des incidents de la ferme aux 1000 vaches
».
Revenant sur le fond: la directive nitrate
«Depuis 20 ans l’État refuse toute évolution en la matière, aujourd’hui l’Europe demande des comptes et impose une nouvelle réglementation. Selon nous cela ne va pas dans le bon sens, développe Sébastien Wyon, car ces nouvelles mesures n’améliorent pas la qualité de l’eau et imposent aux éleveurs des entraves supplémentaires dans leur mode de travail.

Il y a trois ans nous avons été conviés aux réunions sur les zones vulnérables, nous avons fait des propositions (la pollution vient des grosses structures comme la ferme des 1000 vaches ou des grands bassins céréaliers). Nous avons fait des propositions qui n’ont pas été retenues.

Le nouveau zonage n’est pas du tout adapté ni à notre mode de production ni à la problématique de notre département, il faut analyser les vraies rivières comme l’Arize ou la Salat.

Nous avons rendez-vous jeudi avec nos députés pour faire remonter nos propositions au ministère et nous comptons également rencontrer prochainement Henri Nayrou
».
La réforme de la PAC
«Sous le vocable d’un rééquilibrage des aides, il s’agit d’une redistribution des aides des céréaliers vers les éleveurs. Cela fait 30 ans que la Confédération paysanne le demande, on ne peut que s’en féliciter en Ariège», note David Eychenne qui souligne cependant que les éleveurs des zones de coteaux qui valorisent de petites surfaces ne vont peut-être pas s’y retrouver.

«On voit que la FDSEA perd des aides au profit des éleveurs de montagne… 2013-2014 étant une année référence, certains cadres de la Chambre d’Agriculture se prennent subitement de passion pour l’élevage de montagne, notamment pour le cheval de Mérens !»

Le porte-parole de la Conf' regrette qu’on reproche à son syndicat de ne «pas défendre les paysans».

«Au regard de ce qui s’est passé mercredi dernier j’ai à présent beaucoup de difficulté à aller discuter avec les autres centrales syndicales qui sèment la discorde dans le monde paysan.

J’estime que quand on se mobilise contre la ferme aux 1000 vaches à Amines on se bat pour les producteurs laitiers ariégeois. Nous défendons l’agriculture paysanne, les exploitations vertueuses avec un nombre d’animaux adaptés à leur superficie permettant d’absorber les effluents et éviter ainsi de les déposer devant nos bureaux
».
Les Apiculteurs
Bien que proche du collectif d’apiculteurs de l’Ariège, c’est au nom de la Confédération paysanne que Bertrand Thery a pris la parole.

Revenant sur le compte rendu de la réunion en préfecture en présence de François Gester le 17 novembre dernier: «1952 ruches ont été impactées, soit 75 % des ruches pour 31 déclarants  (beaucoup n’ont pas déclaré leurs pertes) Les analyses effectuées ont montré l’existence de différentes substances pathogènes ainsi que des substances chimiques sur les abeilles, le miel, le jus de fumiers si bien qu’au final on ne peut pas conclure à une cause de mortalité précise.

Une nouvelle étude sera mise en place en 2015 pour deux ans, nous regrettons qu’elle n’ait pas été décidée plus tôt.

Par contre la mortalité des abeilles pendant la période hivernale devrait être prise en compte cette fois
».

L’apiculteur de la vallée de la Barguillère dénonce des seuils de détection trop élevés « il faut mener une étude reliant les mondes de l’apiculture et de l’élevage, réfléchir à des méthodes alternatives».

Concernant les indemnisations, «elles ne sont pas correctes. Nous avions demandé une avance de trésorerie pour les jeunes apiculteurs on leur a proposé un prêt à taux zéro alors qu’ils ont tout perdu».

C’est unanimement que les membres de la Confédération paysanne ont dénoncé les propos tenus à l’encontre des éleveurs. «On ne veut pas dénoncer la manière de travailler des éleveurs, mais de grâce qu’on ne remette pas en cause les pratiques des apiculteurs, il ne faut pas monter les uns contre les autres, mais au contraire travailler de concert pour essayer de trouver des solutions.

On ne demande qu’à pouvoir collaborer avec le GDS ou la FDSEA, mais en Ariège cela semble un peu compliqué. Chez nos voisins des Pyrénées Orientales la Chambre d’Agriculture travaille avec les apiculteurs preuve part l’exemple que c’est possible. L’État doit jouer le rôle d’arbitre ou de facilitateur… Comment créer du lien si l’on jette l’opprobre les uns sur les autres
».

Laurence Cabrol | 08/12/2014 - 19:20 | Lu: 30717 fois