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Les vins biodynamiques, plus qu'un phénomène de mode, une philosophie de la nature

© midinews 2014

L’agriculture biodynamique, plus qu’une technique est selon ses partisans «une philosophie de la nature» condamnant les pratiques intensives.

Une formule qui privilégie l’«équilibre écologique», l’état naturel de cohabitation entre les êtres vivants et leur milieu. Si parfois ces techniques peuvent paraître archaïques (savant dosage de purin d’ortie, de compost, de fumier, d’observation des astres) la formule séduit de plus en plus, en particulier les viticulteurs (300 vignobles sont labellisés).

Ce n’est pas la révolution agronomique de ces dernières années ni un prolongement des progrès scientifiques ou technologiques. La biodynamie est née dans les années 20, date à laquelle Rudolf Steiner, scientifique et philosophe autrichien, entreprend un vaste programme de formation des agriculteurs faisant suite à des années d’observations et d’expérimentations.

Cette philosophie repose sur le fait que chaque exploitation agricole de l’époque est considérée comme une forme d’organisme vivant qui a pour objectif de devenir autosuffisant. Basée sur le respect de la faune et de la flore, cette pratique vise à régénérer les paysages et préserver la fertilité des sols pour produire une alimentation saine.

Steiner n’avait pas forcément pensé à la viticulture dans ses travaux, car à l’avant-guerre, la majorité des exploitations vivait en polyculture, mais force est de constater qu’aujourd’hui les plus grands domaines viticoles se sont convertis à la biodynamie et en sont devenus de véritables ambassadeurs tels que la Romanée-Conti (2007), le château Pontet-Canet à Pauillac ou encore en Alsace les domaines Zind-Humbrecht, Deiss et Ostertag qui font figure de référence en la matière.
La biodynamie en Ariège
Nicolas a ouvert il y a près de deux ans Le Comptoir gourmand à Mirepoix. Il s’est orienté résolument vers l’épicerie fine, la cave à vin, mais pas n’importe lesquels, des vins de terroir à forte personnalité, pour la plupart des vins bios (70 %) ou en biodynamie et un peu de restauration, du fait maison.

Grand connaisseur de vin il a participé au début des années 2000 à la création d’un domaine dans le Narbonnais: 440 ha de garrigue agressive plantée de chênes kermès et de ronces ou proliféraient serpents, scorpion (voire même des varans de la Clape, une espèce endémique fruit de légendes épiques) lièvres et perdrix rouges qu’il a réussi à domestiquer.

«Nous avons replanté de l’olivier et sur 30 ha de la vigne, sur le modèle des anciens avec de petites parcelles en terrasses. Il faut être très intuitif, savoir pourquoi on mettra ici du Grenache et là du Syrah. Après trois de conversion le domaine a été labellisé bio, mais par curiosité je me suis intéressé à Steiner et aux interactions entre les plantes, la terre et le cosmos.

Quand on est un peu observateur, on se rend compte que le désherbage chimique (quasi systématique en conventionnel) fait changer la couleur du sol, disparaître les espèces vivantes. Le Bio et plus tard la biodynamie m’ont alors paru une évidence
».
Différentes approches
Cette agriculture propre qui n’hésite pas à employer le terme « cosmique » se fait pointer du doigt par les poids lourds de l’agrochimie qui parlent davantage de «secte à lubie ésotérique».

Pour Dominique Forget, directeur de l’unité expérimentale viticole de l’Institut National de la Recherche agronomique (INRA) de Bordeaux la biodynamie permet au contraire d’envisager une agriculture pérenne: «cette approche positionne l’homme au centre de ses productions agricoles en limitant l’impact environnemental de son activité.

Deux ambitions très importantes pour aller vers une agriculture durable
». Selon lui si cette méthode n’est pas comprise par certains c’est qu’elle fait appel au-delà du bon sens paysan à des champs de connaissance que la science n’explose pas comme l’incidence des planètes: «Cette pratique veut remettre l’Homme et la nature au cœur de nos sociétés et il me semble que ce n’est pas une priorité pour la majorité de nos concitoyens.

Il faudrait que beaucoup de gens hantent leur façon de raisonner et d’appréhender le réel, pour que la biodynamie puisse se développer plus rapidement
».
La biodynamie, plus belle la vigne
La biodynamie prend en compte les rythmes lunaires et planétaires en se basant sur le «rythme sidéral» (cycle de 27,3 jours qui sépare le passage successif de la lune devant le même groupe d’étoiles) et les plantes sont définies selon leur nature, comme feuille, fruit, fleur ou racine, certains jours étant plus favorables à la taille et aux soins pour chacune d’elles.

Côté traitement si la viticulture conventionnelle utilise fongicides et insecticides, en culture biologique, seule l’utilisation de soufre et de sulfate de cuivre est possible. Quant à la culture biodynamique, elle remplace les intrants de synthèse par des préparations thérapeutiques sur le principe de l’homéopathie (préparations à base d’Achille, millefeuille, camomille, ortie, silice pour renforcer naturellement le système immunitaire de la vigne).

Mais parmi les grands classiques dans ses préparations, celle à base de bouse de vache et de corne (dite préparation 500): «on utilise une corne de vache ayant déjà vêlé, elle est emplie de bouse et enfouie à l’équinoxe d’automne dans un terrain fertile où elle capte les forces de vitalisation puis cette corne est pulvérisée sur la vigne, elle soigne le sol et favorise son activité microbienne.

On revient directement à l’Ariège avec la corne. C’est monsieur Fouet de Léran qui a longtemps fourni les agriculteurs en biodynamie pour la qualité de ses produits
» poursuit Nicolas.   
La biodynamie, l’esprit du vin
Nicolas considère que le vin en biodynamie peut offrir le goût du lieu, le fameux terroir.

«C’est le goût généré par la géologie du sol ou la vigne à poussé et par le microclimat dont elle bénéficie. La vigne se nourrit par les racines et les feuilles. Il faut savoir que quand on est à 1,5 km de la mer, l’humidité arrose naturellement les feuillages.

Partant de là, chaque plante ou élément est utilisé pour une raison particulière: par exemple la prêle pour sa teneur en silice, la bouse de vache comme engrais... bref des recettes de bon sens, un rapport privilégié avec la terre et les éléments que l’on prend le temps d’écouter
». Et le consommateur dans tout cela?

Selon Nicolas «le consommateur averti est fan de ces produits, car il en comprend les bienfaits. J’ai une cliente américaine qui vient régulièrement s’approvisionner ici, mais elle n'est pas la seule». Quant au profane il reconnaît l’équilibre, la minéralise et surtout la digestibilité de ce vin issu d’une viticulture propre sans résidus ni pesticides.   


La biodynamie, la vigne et le vin

Dès le début des années 1920, un certain nombre d’agriculteurs préoccupé par l’état de déclin dans lequel se trouvaient les productions agricoles demandent conseil à Rudolf Steiner (1861-1925) philosophe et scientifique autrichien qui organise une série de conférences aux agriculteurs, données en 1924 sous le nom de «cours aux agriculteurs».

Au niveau français le mouvement se développe plus tardivement sous l’impulsion de Claude Monziès, Xavier Florin, Nicolas Joly ou Pierre Masson. Des associations naissent à la fin des années 1950, le syndicat d’agriculture bio dynamique puis l’association Demeter et la marque éponyme voit le jour en 1978 enfin en 1996 se crée une association viticole, le syndicat international des vignerons en culture bio dynamique, avec le label Biodyvin.

Qu’est-ce que la biodynamie?

Elle recherche l’équilibre et considère l’agriculture comme un élément d’un système dans lequel tous les éléments sont interdépendants les uns des autres. Elle s’inspire des cycles du soleil et de la lune. Elle s’efforce donc de canaliser les différentes énergies que reçoit la culture. Rudolf Steiner, s’inspirant de l’anthroposophie courant de pensée et de spiritualité mettant l’homme et la nature au cœur de nos sociétés, a donné les orientations fondamentales de la biodynamie.

La terre et ses substances sont pour lui «inséparables de son environnement cosmique» et il a évoqué les différences entre les planètes proches et éloignées. Celles qui sont proches (influences à base de calcaire) auront une influence sur la multiplication des végétaux, les planètes éloignées (influence à base de silice) montreront, quant à elles un effet sur la «plante nourricière» c’est-a-dire sur son «devoir» de nourrir l’homme.

On voit donc une part que ce monde vivant est en interférence constante avec ce qui se passe à la surface du sol et d’autre part qu’avec ces micro-organismes, le sol s’exprime dans les racines et plus tard dans le fruit, chaque fois de manière différente.

La biodynamie, par la connaissance et l’observation des substances, des rythmes (photosynthèse, lumière, chaleur), des forces (solaires, cosmos) va donc être le pilier de cette «nouvelle» agriculture.

Extrait de la biodynamie, la vigne, le vin par Aurore Messal aux éditions Féret

Quelques chiffres les surfaces cultivées en France
Vins conventionnels: 721 652 ha
Vins biologiques: 64 801 ha
Vins biodynamiques: 1960 ha vins naturels : 287 ha
Additifs contenus dans les différents types de vins
Vins conventionnels, 47 additifs dont: carboxymethylcellulose (épaississant), enzymes, ferrocyanure de potassium (anti-agglomerant), polyvinylpolypyrrolidone ou PVPP, un polymère utilise pour «coller» le vin...

Vins biologiques, 35 additifs dont: acides (citrique, tartrique, L-ascorbique, lactique...) bactéries lactiques, caséine, collé de poisson, gélatine, gomme arabique, morceaux de bois de chêne, tanins, levures, saccharose...

Vins biodynamiques, 7 additifs dont: albumine, soufre, saccharose, charbon œnologique...

Vins naturels, 1 additif: l’anhydride sulfureux (E220) le seul dont la mention soit obligatoire sur l’emballage.
Laurence Cabrol | 24/12/2014 - 17:07 | Lu: 41358 fois