Quand on sort de l’exposition «J’ASIE» présentée dans les salons du Bar «O Crée Louche», à Engomer, par Anthony Jean, on ne sait ce que l’on admire le plus, du sportif, de l’artiste, ou de l’homme.
Quelques chiffres pour définir le sportif: dix sept mille kilomètres parcourus en vélo, pendant près de dix huit mois, chargé de quarante kilos de bagage en moyenne, pour aller de Calcutta à Engomer.
Au départ, l’idée de passer quatre mois en Inde, peut-être parce que ce pays reste, dans l’imaginaire de tout occidental, le symbole de la sagesse, parce que c’est là que l’on peut s’accomplir, se retrouver, voire se construire.
Parti en janvier 2008, Anthony ne rentrera finalement que le dix neuf septembre 2009, après avoir traversé la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, la Chine, la Mongolie, la Russie, la Kazakhstan, l’Ouzbékistan, l’Iran, la Turquie…
Treize pays en tout, au gré des rencontres, des visas obtenus ou refusés, des frontières ouvertes ou fermées… sans autre limite que le plaisir du vagabondage, de la rencontre, de la solitude aussi.
De ce voyage, armé seulement de son appareil photo, Anthony Jean a ramené quelques centaines de photos, dont environ deux cent cinquante «exposables» et trente trois qu’il offre à notre regard dans l’arrière-salle / galerie du célèbre café engomérois.
«Ces photos montrent ces gens, un regard qu’ils veulent bien me donner à cet instant de leur vie, leur monde»
Des portraits principalement, d’enfants surtout, qui reflètent dans leurs yeux toute la richesse du monde, les sentiments les plus forts, la tendresse la plus profonde…
«A travers ces images, je suis le «passeur» de tous les regards et les émotions exprimées par ces visages rencontrés au fil des jours»
S‘il pense tirer un film de cette expérience, véritable voyage initiatique, l’artiste n’envisage pas d’écrire.
Pourquoi le ferait-il d’ailleurs? Tout est dans ces portraits, dans ces visages…
Et puis, il y a l’homme: celui qui vous racontera, le plus simplement du monde, comment il a affronté une tempête de sable au milieu de la steppe, comment il a traversé le Turkestan par moins 18°C, comment il a résisté à une attaque de loups, passé plus de trois mois sans voir un «touriste», rencontré des voyageurs tels que lui, et noué de fabuleuses relations avec des gens qui ne partageaient pas sa langue, simplement par le regard, ou des dessins sur le sable…
Le plus étonnant n’est pas le récit de ces aventures, mais le regard clair, émerveillé, et l’on aurait presque envie de dire, rempli d’une indicible naïveté enfantine qui habite notre globe-trotter solitaire.
«Le vélo, c’est bien parce qu’au delà de l’action de pédaler, il y a aussi (et surtout), la contemplation, la méditation»
Parti, «parce qu’il fallait que je parte», et revenu «parce qu’il fallait que je rentre», Anthony est finalement rentré confronter en Ariège les résultats de cette longue méditation.
«Je suis rentré parce que j’avais envie de mettre en application, dans ma vie, tout ce que m’a apporté ce voyage»
Il ne savait pas ce qu’il allait chercher, là-bas, sur cet autre continent, il ne sait pas ce qu’il a trouvé, mais il veut le faire partager.
Ecoutons-le, cela s’appelle la sérénité: «je crois fermement aujourd’hui que l’être humain est fondamentalement bon, qu’il n’y a que très peu de connards sur cette planète», avant d’avouer, à mi-voix: «je n’ai jamais été aussi seul que maintenant»
L’exposition, ouverte le 6 février, sera visible jusqu’à la fin du mois.
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