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Une montagne d'émotions: «Rêveries d'en haut»
12/10/2012 | 18:56
© MidiNews 2012 - S. Grochowski

Tranquillement, je tourne la tête vers le torrent qui dévale depuis la Cascade de Nérech.

Les rayons du soleil rehaussent les projections d’eau bondissantes sur un rocher.

Le scintillement qui en résulte me faire sourire et je m’arrête quelques instants.

La dose de bien-être qui m’envahit semble disproportionnée en rapport avec cette vision pourtant presque banale en montagne.

Est-ce la lumière flamboyante de cette belle journée d’octobre qui décuple le plaisir de cet instant? Est-ce le sentiment d’être «là où il faut» qui me procure cette douce émotion?

Déjà plus tôt ce matin-là, sortant sur la terrasse du refuge des Estagnous dans la pénombre du nouveau jour, Betelgeuse et Rigel, Syrius, Procyon, la lune, Jupiter et Vénus donnaient de l’éclat aux sommets saupoudrés de neige.

Il faisait étonnamment doux pour la période et l’absence de vent rendait l’atmosphère câline.

Je restais quelques instants la tête dans les étoiles en observant la trajectoire elliptique de la station spatiale internationale.

La préparation du petit déjeuner pour les randonneurs du refuge me ramenait à des considérations plus terriennes, étant monté la veille pour filer un coup de main aux gardiens des lieux Stéphane et Laurent.

Quelques minutes plus tard, l’apparition des premiers rayons du soleil sur le Pic des Trois Comtes et le Tuc des Hèches m’arrachait une fois de plus à la vaisselle des bols…

Sous la cascade de Nérech, le sentier reprofilé dans l’année par les agents de l’Office National des Forêts autorise une vigilance moins aigue à la descente.

Après la pause face au torrent, mon disque dur neuronal entre en action. C’est très souvent dans ces moments de déambulation montagnarde solitaire que je structure mes pensées, les différents éléments de mon puzzle mental ayant certainement besoin d’effort et de beauté pour se connecter.

Ayant décidé plus jeune de vivre en montagne et grâce à la montagne, je m’interroge régulièrement sur les raisons de ce besoin, quasiment vital, d’être et de vagabonder dans cet univers.

Je repense à ces quelques mots de Michel Sébastien lus dans «Sommets pyrénéens» durant mon enfance le soir loin des montagnes: «tu me demandes pourquoi je monte? Je monte car j’ai l’errance dans la peau. L’envie de marcher et de voir autre chose. Je monte parce qu’en montagne je suis bien. Tout cela est très simple et c’est pour cela que c’est très bien»

Buvant une rasade à la source de la tute de l’ours un peu plus en aval, j’en suis à analyser globalement l’évolution des pratiques de loisirs sportifs à la montagne.

Depuis quelques années, les activités à émotions fortes et faciles d’accès sont en plein boum dans notre société de consommation.

En montagne, le canyoning, les parcours acrobranche, la via ferrata, le rafting et le parapente sont les activités les plus prisées, certainement pour briser un quotidien à la fois ordonné et stressant.

«Se faire un peu peur mais en sécurité et sans trop d’effort», voilà le nouveau slogan de tous les professionnels qui veulent «surfer» sur cette vague à l’image de ce que les stations de ski ont développé l’hiver pour s’adapter à la demande du plus grand nombre: des remontées mécaniques rapides, des pistes larges, des rouges et des noires pâlottes et quelques bosses sécurisées.

Arrivant au petit trot aux passerelles en bois, j’essaie de trouver une place à la randonnée en montagne dans ce paysage, et plus précisément celle que j’aime et que je défends: une parenthèse alternative à notre mode de vie quotidien.

Marcher en montagne, si possible sur plusieurs jours, c’est prendre son temps pour parvenir à sortir de sa bulle et accepter de se mettre à l’écoute de ce que nous dicte la montagne: adaptation, humilité, simplicité… Se replacer au cœur d’un environnement où l’homme n’est pas omniprésent, où le doute et l’inconnu ont leur place, où l’émotion douce berce le temps qui passe.

Bien-sûr, comme tout le monde, j’ai besoin à la fois de contemplation, de méditation et de plaisirs plus primaires qu’offrent les émotions fortes et le dépassement.

Certains jours, il me faut ma dose d’adrénaline et de sueur. Je cours alors la montagne pour me prouver que je suis encore en forme, je gravis quelques falaises ou quelques crêtes pour me sentir vivant.

Et quand je rentre chez moi, les muscles endoloris par l’effort et la tête vidée de son stress, je me sens heureux… ce que recherchent mes contemporains que je caricaturais honteusement plus haut.

Finalement, seuls l’apprentissage au long cours d’un savoir-faire et une connaissance approfondie d’un milieu différencient ma démarche. Le privilège du vagabond.

Dans cette chronique «une montagne d’émotions», je vous propose durant les 12 prochains mois de suivre mes pas et mes réflexions aux quatre vents de mes déambulations: marchant sur et hors sentiers, m’accrochant aux parois et arêtes, glissant en raquettes et à ski dans le grand blanc, à la rencontre de ceux qui vivent et travaillent en altitude, de la faune et la flore de nos montagnes, de lieux envoûtants et surprenants de l’Ariège et d’ailleurs…

Une parenthèse teintée d’effort, de partage et de plénitude montagnarde, pour nous évader, ensemble, quelques instants en direction du monde d’en haut!

Stéphane Grochowski, Accompagnateur en Montagne
www.itinerance-pyrenees.com

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publié le: 12/10/2012 | 18:56 | Lu: 16166 fois