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Foix: une cérémonie de recueillement en hommage aux victimes des crimes racistes et antisémites et en hommage aux Justes de France
23/07/2012 | 18:33
© MidiNews 2012

Depuis 1993, le 22 juillet correspond à une journée nationale de commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver qui eu lieu à Paris les 16 et 17 juillet 1942.

Cyniquement dénommé «Vent Printanier» environ 9 000 hommes des forces de l’ordre de Vichy (policiers, gendarmes et gardes mobiles) ont participé à l’organisation de cette rafle et procèdent à l’arrestation ce jour-là de 12 884 Juifs étrangers ou d’origine étrangère: parmi eux 5 082 femmes et 4 051 enfants de 2 à 16 ans dont 300 nés en France et de nationalité française. 43 convois les acheminant en direction les camps d’internement de triste mémoire de Drancy, Pithiviers ou Beaune-la-Rolande, antichambres d’Auschwitz.

Seulement une vingtaine de rescapés ont revu Paris. Pas un seul des 4 051 enfants.

Dimanche matin a eu lieu à Foix devant le monument de la Résistance, une cérémonie à la fois d’une grande sobriété et d’une intense émotion pour rendre hommage à toutes ces victimes de la solution finale mais également à tous ceux qui dans un sursaut de courage ont permis de sauver les vies de ceux qui étaient menacés. Ces Justes parmi les Nations, au péril de leur vie et de celles de leurs proches, eurent l’audace incroyable de protéger, de cacher, d’aider, de soutenir, d’aimer et de sauver des innocents traqués.

Dans le département de l’Ariège ils sont une douzaine à avoir ainsi incarné l'honneur de la France, les valeurs de justice, de tolérance et d'humanité.

Salvador Pérez, Préfet de l’Ariège a procédé à la lecture du message de Kader Arif, ministre délégué en charge des Anciens Combattants. On y retiendra une volonté affichée de la Nation de ne pas oublier les pages les plus sombres de son histoire: «il y a eu une France de la honte et de l’ignominie. La honte d’une administration et d’une police française se mettant au service de l’idéologie inacceptable.

Il y a eu aussi le sursaut de courage de ceux qui refusaient, de ceux qui sauvèrent un grand nombre de ceux qui étaient menacés […]

Nous devons tirer des leçons de notre propre histoire, il est important et nécessaire aujourd’hui de poursuivre notre devoir de mémoire. Commémorer répond à une double nécessité. Il faut rendre hommage aux disparus et entendre la voix de ces morts sans sépulture.

Mais aussi se faire un devoir de porter au quotidien sa faiblesse, un message de tolérance, de fraternité et d’humanité
»

Un message dans les pas de celui de Jacques Chirac qui fut le premier président de la Vème République à reconnaitre la responsabilité de la France lors de ces «heures noires qui souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à notre tradition», selon ses termes dans son discours fondateur de cette journée de commémoration en 1995.

Et il continue ainsi: «oui, la folie des occupants fut secondée par des français, par l’Etat français»

Georges Naon, vice-président du CRIF Midi-Pyrénées a également pris la parole pour évoquer dans un discours d’une intense émotion cette période de l’histoire.

Rappelons que la communauté Juive de Toulouse est encore sous le choc de l’horreur perpétrée à l’école Ozarah Thorah: «une ignominie que l’on ne peut pas oublier» indiquait en aparté Georges Naon, pour qui il est indispensable de se souvenir, avant de reprendre dans son allocution: «les Justes ont ouvert aux persécutés des chemins de lumière faits de fraternité et d’humanité [...]

La connaissance et la raison contre l’ignorance, l’éducation contre l’endoctrinement et la haine, la tolérance et le respect de l’Autre contre tous les fanatismes et les obscurantismes: voilà le défi que notre démocratie doit relever car le ventre est encore fécond d’où a surgi la Bête Immonde nous dit Bertold Brecht en forme d’avertissement [...]

En ce jour de recueillement et d’hommage nous ne pouvons taire notre inquiétude devant l’émergence d’un antisémitisme nouveau et violent issu des banlieues et alimenté par un islamisme radical frelaté.

Il faut une réponse judiciaire plus forte et plus dissuasive pour punir les déclarations et les délits antisémites. Nous n’acceptons plus aujourd’hui de nous payer de mots, fussent-ils ceux de la solidarité affichée et de l’indignation polie.

Il faut que la justice fasse son travail de façon sereine mais cohérente en sanctionnant les auteurs de ces violences qui mettent en cause les principes fondamentaux de notre pacte républicain [...]

Il n’est pas exagéré de dire que le destin de la liberté et de l’égalité dans notre pays se joue aujourd’hui sur le terrain de la fraternité
»

Avant de finir «unissons nos efforts pour faire barrage à l’intolérance et à la bêtise» et de rendre un hommage appuyé à tous les Justes pour la Nation ou leurs représentants venus des quatre coins du département pour assister à cette cérémonie chargée de sens.

Dans la foule, Marc Sauvaget, fils de déporté et président de l’association des déportés de l’Ariège. Pour lui, 1942 fut sans nul doute l’année la plus sombre de la seconde guerre mondiale et la Shoah, le premier holocauste européen.

S’il se félicite de la reconnaissance de cette journée de mémoire par le président Chirac qui a également reconnu la responsabilité de la France. Aujourd’hui il est là pour entretenir la flamme du souvenir: «au niveau du département de l’Ariège nous avons le musée de la déportation à Varilhes ou le musée de Montégut qui évoque l’histoire du château de la Hille. Il a accueilli à partir de février 1941 jusqu’à la Libération, des enfants confiés à la Croix Rouge Suisse pour les sauver devant la progression de l’armée allemande d’occupation et de la barbarie nazie… oui le rôle des Justes est important !»

Ce qui est arrivé aux Juifs en France il y a 70 ans est bien pire qu’une tragédie. Le poète Paul Eluard disait: «si l’écho de leurs voix faiblit, nous périrons»

A nous tous de porter cet indispensable témoignage de devoir de mémoire.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 23/07/2012 | 18:33 | Lu: 8554 fois