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Lavelanet: la laïcité au coeur des débats du service Animation socio-éducatif

© midinews 2015

Ce vendredi matin une trentaine d’éducateurs-animateurs du service socio-éducatif de la mairie de Lavelanet ont participé à une réunion d’information et d’échanges sur le thème de la laïcité.

Un thème aujourd’hui cruellement d’actualité au regard des évènements, mais une rencontre prévue de longue date, animée par la ligue de l’Enseignement et qui fait suite au cycle de formation mis en place par Catherine Sené directrice de ce service en relation avec les élus de la commune.
Un thème décliné dans les espaces éducatifs en direction des parents et des enfants
Comme le rappelle Cathy Sené, la commune accueille sous le vocable « animation socio-éducative » une réalité multiple avec des attentes différenciées : des enfants à partir de deux ans et demi et des jeunes jusqu’à plus de dix-huit ans (avec le point Accueil Jeunesse) à travers des structures d’accueil de loisir telles que les Alae et les centres de loisirs.

«Nous organisons pour l’ensemble de ces salariés des formations trois fois par ans sur des thématiques précises en relation avec le métier. Après les rythmes scolaires et les rythmes biologiques, il nous a semblé important d’aborder la laïcité, indépendamment de l’actualité qui nous a rattrapés malheureusement.

Suite aux élections les élus de la commission jeunesse ont travaillé sur un projet éducatif et la laïcité tout comme la tolérance et la solidarité sont mises en avant, ce sont des valeurs que nous portons au quotidien auprès des enfants.

Mais se pose la question de comment l’appliquer dans nos structures, transmettre ces valeurs aux enfants et aux parents. Sachant que nous avons deux spécificités sur le territoire communal: nous sommes en ZEP (la seule zone d’éducation prioritaire du département) et la typologie de la population est particulière avec des enfants qui vivent des situations qui méritent un accompagnement particulier.

De plus la réforme des rythmes éducatifs se poursuit et implique une évolution profonde au sein de ces métiers. La loi a renforcé le rôle de l’animateur aux côtés des enseignants, mais en parallèle leur champ d’activité est lié aux capacités budgétaires de la commune.

Ici nous avons la chance d’avoir un service important fruit de la volonté des élus (chaque école a son Alae avec un budget équivalent au million d’euros pour le périscolaire. Il faut avoir à l’esprit que l’on vit une évolution dans le secteur de l’animation socioculturel et pour cette raison il est important d’accompagner les animateurs dans les formations qu’elles soient individuelles ou collectives
».
La laïcité un des principes fondateurs de l’école publique et donc de l’action de la Ligue de l’Enseignement
Pour Guy Cirla l’objectif de cette intervention c’est de fixer dans les esprits un certain nombre de définitions, de clarifier les idées et de dresser un rapide historique, car il est commun de faire de la laïcité une spécificité française alors qu’elle n’est spécifique que par la loi de 1905.

Avant tout être laïc, c’est respecter tout chez l’autre et sans rien imposer ce qui perturbe, choque ou soit clivant. Dès le moyen âge le laïc désignait celui qui n’était pas clerc.

C’est donc une tradition en France qui remonte à assez loin dans l’histoire. À cette époque la religion chrétienne était dominante et fondée sur un mot de l’évangile: «rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu». Preuve que la séparation était déjà inscrite dans les textes.

Enfin dès l’époque médiévale, Saint Thomas d’Aquin initie une distinction entre le droit civil du droit canon régissant les institutions religieuses. Mais il faudra attendre que les idées semées par les esprits progressistes des Lumières germent pendant la IIIe République qui donnera le jour à la loi de séparation des églises et de l’Etat.

«Après le volet historique, explique Guy Cirla, nous allons évoquer la complexité de la laïcité sur l’espace privé/public, la tradition, la religion, l’Etat, la famille, le groupe… ce sont des composantes complexes.

Puis au niveau de la pratique, nous travaillerons avec ces gens de terrain sur les problèmes qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur fonction dans les Alae qui ne sont pas tout à fait l’école publique de la République [elles ont une autre législation], ne sont pas non plus tout à fait un espace public et font cependant peser des contraintes particulières sur les intervenants
».

L’objectif de l’intervention de la Ligue c’est de confronter les expériences pour apporter des solutions dans le respect de la loi.

«Un travail important a déjà été réalisé par les coordonnateurs sur la charte de la laïcité, ils l’ont adapté aux lieux spécifiques que sont les Alae, nous allons leur distribuer un petit fascicule réalisé par la Ligue de l’Enseignement sur la laïcité dans les centres de vacance, les centres fermés… c’est à la fois un apport théorique et pratique.

Il est important de réfléchir sur toutes ces notions surtout sur un territoire comme Lavelanet
» poursuit l’intervenant.

Jean-Luc Torrecillias, élu chargé de l’Enfance-Jeunesse, a défini dans le projet éducatif de la ville les grandes lignes : «à présent que nous savons ce que nous voulons pour nos enfants, les directeurs et leurs équipes respectives sont en charge sur chaque structure de décliner ces grandes lignes sur le terrain à travers leur projet pédagogique.

Le projet éducatif porte un certain nombre de valeurs: un travail autour de l’environnement, la citoyenneté, les droits de l’homme, mais il y a un pilier fort celui de la laïcité qui fait également partie du vivre ensemble.

C’est un hasard du calendrier que d’en parler aujourd’hui alors que nous sommes tous Charlie, mais l’actualité prouve qu’il le fallait l’anticiper et qu’il le faudra encore et encore en parler, travailler sur ces questions pour que nos enfants vivent dans une société où la laïcité ne sera pas un vain mot ou quelque chose qu’on piétinera comme ça été le cas mercredi dernier !
»

En terme de chiffre, l’élu ajoute que la municipalité de Lavelanet se donne les moyens pour les jeunes: 900 000 € pour les écoles, 800 000 € pour l’animation, 600 000 € pour la culture… soit un total de plus de 2 M€ sur un budget de 7 M€.

«Dire qu’il n’y a pas de moyen c’est un peu difficile à entendre, mais il faut se poser les vraies questions et dans le contexte actuel [qui n’est pas pire qu’ailleurs je le souligne], les recettes anciennes ne sont plus suffisantes. Il faut donc travailler, réfléchir et proposer autre chose.

Aujourd’hui les équipes vont travailler sur la laïcité et la manière de la mettre en place sur le terrain. J’ose croire que les parents y trouveront un quelconque écho
»

Laurence Cabrol | 09/01/2015 - 18:36 | Lu: 21316 fois